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l'auberge de Meung (scène 3)

le jeudi 25 octobre 2012, à 19:25. Posté par Pierre


    Scène 3 : les mêmes, assis autour d'une table,l'aubergiste

    Lagardère
    Pardonnez, s'il vous plaît, ma curiosité,
    Mais votre nom, Portau, réveille souvenance
    Car mon père, autrefois, me l'a souvent cité
    Au cours des beaux récits qui berçaient mon enfance.
    C'est le nom d'un soldat qui n'avait peur de rien
    Et qui, face au danger, fut toujours volontaire.
    Portau
    Capédédiou, Monsieur, vous le dites fort bien !
    Lagardère
    C'était, à ce qu'on dit, un vaillant mousquetaire.
    Et je regrette fort de ne l'avoir connu.
    Portau
    Cet homme là, Monsieur, mordioux,c'était mon père.
    Il eut un autre nom, l'avez-vous retenu ?
    Bergerac
    Porthos !
    Portau
    ................Capédédiou ! C'était son nom de guerre.
    On savait s'amuser, Messieurs, aux temps jadis !
    Car pour servir le Roy - sans oublier la Reine -
    Il bravait les dangers avec ses trois amis ;
    Il est vrai qu'aucun d'eux ne ménageait sa peine.
    Lagardère
    A propos, savez-vous que dans ce cabaret
    Sieur de Batz d'Artagnan venant de Castelmore
    En route pour Paris, fit son premier arrêt ;
    Portau
    Les gens de Rochefort s'en souviennent encore !
    Bergerac
    Il cela le cachot de Nicolas Fouquet
    Parce qu'un bon soldat fait ce qu'on lui commande ;
    Lagardère
    En l'an soixante-treize, à cause d'un mousquet,
    Il a trouvé la mort, à Maastricht, en Hollande.
    Bergerac
    Hollande ! Vilain mot ! Sangbleu ! Qui le retient ?
    Il paraît assez bon pour nommer un fromage
    Mais à notre pays nullement ne convient !
    Ah ! Messieurs, prenons garde, il peut causer dommage !
    Portau
    Vous avez bien parlé, cadédiou, Bergerac,
    Un officier français tué par des Bataves !
    Allons, mes bons amis, je le dis tout à trac :
    Buvons à la santé de ce brave des braves.
    Démons de Hollandais ! J'ai combattu contre eux,
    Avec Pierre Le Moyne, en la Nouvelle France ;
    Là, nous fûmes conduits par ce chef valeureux
    Jusqu'à Mobile afin d'assurer sa défense.
    Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort,
    - Cela n'est pas de moi mais de Pierre Corneille -
    Nous nous vîmes cent mille en arrivant au port.
    Ah ! Ce mot de Rodrigue ! Une pure merveille !
    Lagardère
    Pardon, mon cher Portau, mais soit dit en passant,
    Et cela sans vouloir faire la moindre offense,
    Corneille avait écrit trois mille et non pas cent.
    Portau
    En êtes-vous certain ? C'est peu de différence.
    Il eût certes dit cent s'il eût été Gascon !
    Mordioux ! Tout est plus grand, là-bas en Amérique.
    Bergerac
    A ce compte on dira bientôt à Tarascon
    Qu'un seul homme a tué tous les lions d'Afrique !
    Portau
    (se levant)
    Capédiou !
    Lagardère
    ..................de Bracieux, montrez-vous beau joueur !
    Bergerac ne veut point vous faire moquerie,
    Vous avez de l'esprit, riez donc de bon cœur
    Comme nous tous ici de la plaisanterie.
    (se tournant vers Bergerac et réfléchissant)
    Bergerac… Bergerac… Voyons, il me souvient
    D'un certain Cyrano - si ma mémoire est bonne -
    Qui fut un grand ami du comte de Servient.
    Ne seriez-vous aussi de la terre gasconne ?
    Bergerac
    Non, je suis de Paris… enfin… de Saint Forget,
    Il me semble d'ailleurs vous l'avoir dit d'entrée.
    De notre capitale, on est à moins d'un jet,
    Bergerac est un pré sis en cette contrée
    Que vous devez confondre avec quelque autre bien.
    Par contre, il est exact que mon illustre ancêtre
    S'appelait Cyrano Hercule Savinien,
    Fut cadet de Gascogne… et c'est cela peut-être
    Qui fournit la raison de cette confusion ;
    Il n'était pas Gascon, c'est là chose certaine !
    Quant à monsieur Servient…
    Lagardère
    ...............................................Laissons cette assertion
    En fait sans importance et buvons à la Reine !
    Portau
    Aubergiste, mordioux, va vite nous chercher
    Ton meilleur muscadet qui vieillit dans ta cave !
    Ah , mon cher Bergerac, je ne puis m'empêcher
    (il hésite)
    De vous interroger… votre aïeul…
    Bergerac
    .......................................................Est-ce grave ?
    Portau
    (de plus en plus hésitant)
    J'aimerais… comment dire… avait-il un long…
    Bergerac
    .....................................................................…Nez ?
    Ce n'était point, monsieur, l'ignoble péninsule
    Que nous dit le ragot dont vous vous souvenez,
    Et lui donner crédit est par trop ridicule.
    Portau
    Mais pourtant, il me semble avoir entendu dire…
    Bergerac
    Ca prouve seulement que vous n'êtes point sourd !
    Portau
    (mettant la main sur la garde de son épée)
    Mordioux !
    Lagardère
    (s'adressant au public)
    ...................Je dois intervenir pour éviter le pire
    Et changer de sujet avant qu'il tourne court.
    (il reprend à voix haute)
    J'ai toujours dit qu'écrire est vraiment un noble art,
    Il faut être un génie ; oui, mais n'allez pas croire
    La moitié, ni le tiers, et même pas le quart
    De ce qu'un écrivain raconte en son histoire.
    Ainsi, moi, par exemple, vous m'appelez à tort
    Le petit Parisien ; partant on vous abuse
    Car en réalité, je suis enfant du nord :
    Je naquis à Maubeuge, au pays de Mabuse.
    Ah ! Le nord, ses corons, son charbon, ses terrils,
    Et puis, si vous saviez… Maubeuge au clair de lune !
    (au public)
    Je suis un visionnaire !
    (il continue)
    ............................................il est vrai que Paris
    Est la ville où je vins pour y chercher fortune.
    Donc, à propos du nez, on a pu faire erreur
    Puisqu'il n'est pas prouvé…
    Bergerac
    ...........................................…Sortant de votre bouche
    Ce mot me réconforte et me va droit au cœur,
    La fin de votre envoi, croyez le bien, me touche.

    L'aubergiste entre et s'approche de Lagardère

    L'aubergiste
    (à voix basse)
    Le porteur de ce mot vous attend à côté.
    (l'aubergiste sort de scène)
    Lagardère
    (il lit le billet puis se tournant vers ses compagnons)
    Pour un très court instant, souffrez que je m'absente,
    Une dame céans me veut en aparté
    Et, qui plus est, notre hôte a dit qu'elle est charmante.

    Lagardère sort et le rideau tombe

    (à suivre)

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commentaires ( 3 ) (Ajouter un commentaire)
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le lundi 29 octobre 2012, à 14:43
Ah, Pieter, le régal continue ! Si, l'on regarde les dates, et dire que depuis ton "maillet", tu n'avais presque rien écrit pendant presque un an !!!! L'air marin de la Nordzee à Oostende semble t'avoir fait beaucouP de bien n'est-ce pas ? Ca nettoie les neurones en profondeur !!
Tiens, ça me donne une idée : imaginer une petite nouvelle où des héros populaires débarquent chez nos amis "d'outre-Quiévrain" comme on dit pour désigner les belges. Ah, ils vont bien festoyer ces d'Artagnan et compagnie autour de pintes de bière et de oude geniever, de plats fumant de carbonade; de groen paling....
Rabelais au pays de Tintin. Mais à toi l'honneur, qu'il vous plaise monseigneur, de transporter votre héros en terre walonne ou flamande.
Amitiés, Pierre, et encore B-R-A-V-O ! Philip.

nemo le mardi 30 octobre 2012, à 10:56
Eh, oui, Philip. Quelques jours au vent du nord m'ont fait le plus grand bien. De zee, de strand, het bier... en de mosselen zijn heerlijk dit jaar (bon, pour les non-néerlandophones : la mer, la plage, la bière et les moules qui sont délicieuses cette année).
Merci pour ton enthousiasme. Je crois qu'il faudra attendre un peu pour la suite.
Amicalement,
Pierre.
----
http://www.mespoemes.net/nemo

rejane le jeudi 01 novembre 2012, à 23:05
Un charme désuet pour cette pièce de théâtre poétique, et je vois avec plaisir l'arrivée d'un personnage féminin, il était temps !!! :) Je postule pour le rôle !!! :D

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http://www.mespoemes.net/rejane

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