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L’échafaud est dressé sur la Place de Grève ; il attend patiemment que vienne l’abreuver le sang de sa victime.
La foule est en liesse ; aujourd'hui c'est la fête, chacun veut être là quand tombera la tête. Et déjà on acclame le bourreau, ce héros qui vengera le crime. Chacun se réjouit de l’horreur du spectacle. Les mères ont avancé leurs gosses au premier rang pour qu’il ne manquent rien quand coulera le sang.
Sur le pavé mouillé le condamné avance, les poignets ligotés, la chemise entr’ouverte. Jehan regarde, hébété, la populace en transe, entouré de soldats qui le mènent à sa perte.
Il est beau, il est jeune. Est-ce lui le coupable ? Il n'a pourtant pas l'air d'être si redoutable.
Il a tué, dit-on, dans un accès de rage, Jeannette, son amour, que l’on disait volage. Pourtant, depuis le jour où il perdit sa mie, il est devenu fou, n'a plus goût à la vie.
Un procès fut instruit avec le plus grand soin. La cour, comme il se doit, fit appel à témoin : un aveugle l'a vu, un sourd l'a entendu ... Et jamais le jeune homme ne s'en est défendu.
Lors, pour juger l’affaire, les jurés délibèrent. Mais pas le moindre doute, le crime est avéré : il sera condamné.
Jehan se met à genoux, calmement, il sourit car Jeanette déjà - il la voit - vient vers lui. L’exécuteur l’incline au-dessus du billot, lui déchire le col, écarte ses cheveux. Il s'éloigne d'un pas et regarde les cieux.
Le silence se fait, plus un bruit, plus un mot, lentement le bourreau lève son bras puissant, puis brusquement la hache coupe l'air en sifflant juste avant qu’on entende le bruit horrible et sourd d'une bûche qu'on fend.
Sur l'estrade pourtant le juge en robe sang sait, lui, qu'il vient de voir mourir un innocent. Pas besoin de témoins, de procès, ni d'enquête, pour qu'il sache que Jehan n'a pas tué Jeannette.
Depuis leur tendre enfance, Jehan et lui sont amis. Jehan était un brave homme, n'avait pas d'ennemis. Jeannette, la pauvrette, était une fille honnête ; un homme la voulait, mais devant son refus, il l'a battue à mort. Personne ne l'a vu !
Le juge sait trop bien que justice n'est pas faite et qu'une grave erreur a eu lieu ce matin. Il connaît le coupable ... car c'est lui l'assassin.
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