|
Au balancier du Monde…..
…..Au balancier du Monde et des Histoires humaines, au balancier du Temps,
Naissent et luisent, un temps, tournent et disparaissent les rondes de la Chair
Et du Vivant, le flamboiement des Jours, l’ombre épaisse des Nuits, le secret
Des Saisons, l’entièreté recommencée du Monde, les nouveaux Figurants qui
Viennent et s’éloignent, au balancier du Temps, dansent et s’enlacent et se
Déchirent les masques du Tragique, pétrifiés de livide, bouche noire et béante,
Les ombres bariolées du Hasard, le frégolisme aveugle de la Chance, dansent
Et s’enlacent et se dissolvent les orgies dionysiaques pour étourdir l’Angoisse,
Au balancier du Temps et les déguisements nombreux de l’Espérance pour
Nous consoler du Fini, la Douceur à nulle autre pareille des alcôves d’Amour,
L’aigreur des lendemains et les cœurs calcinés, voici les Amours et les Meurtres,
Les berceaux et les tombes, l’infirmité grotesque du Vieillir, au balancier des
Vies, le Pouvoir et la Loi nés de la Peur pour endiguer la Peur, statues de
Pierre à voix d’oracle et de caverne, voici l’Ingouvernable, au balancier du
Monde, le Fléau tournoyant de l’Inachèvement…..
Formes de Vie, formes du Temps, en gésine, en genèse et en vacillement et
Les périodes et les Epoques sous le sceau ébréché d’improbables Hégémonies,
Œuvres et langues fissurées, fugitives, brèches et failles du Devenir et de
L’Institué, interstices et bondes de puissances nouvelles, justes et injustes
Naissances, juvénile, arrogante Vigueur qu’évinceront, justes et injustes,
D’autres Genèses, d’autres Formes, d’autres Vigueurs…..
J’ai envié parfois, de guerre lasse, oui, je l’avoue, l’insensibilité des Morts
Et j’ai rêvé souvent, péché contre la Chair, n’avoir pas eu à naître, échappé au
Vivant pour ne commettre pas le Mal inéluctable, pour ne connaître pas les
Souffrances du Corps ni les fièvres mentales, ni l’usure ni les altérations ni
Les effondrements du Temps ni le naufrage de chaque vie. Je vénérais le Rien,
Le silence absolu de la tombe, le vent aux sables du désert, le mutisme des
Dunes. J’aimais la disparition des Attentes, l’effacement des Espérances, les
Promesses abolies et le retour à l’Immobilité. J’aimais les Inerties! Et je me
Délectais de la morosité des Jours, de l’éternel retour du même. J’adorais le
Songe des civilisations disparues, l’enfui, le révolu, les représentations de la
Mélancolie au Soleil Noir, au visage penché. Je laissais glisser mon esprit vers
Les plaines du Non-Agir, la pénombre du Non-Savoir, les gouffres paradoxaux
Du Non-Vouloir. J’entrevoyais l’absence de Destin comme bonheur, l’ultime
Dilection du Monde. Et j’ai rêvé des Douceurs non pareilles, des Tendresses
Alanguies, lentes caresses, sommeils profonds aux fougères des forêts, au
Velours des terriers, fourrures animales, haleines chaudes et maternelles, Ô
Hibernations bienheureuses, infinies. Terre sans mal, Corps lové, un éternel
Présent, un éternel Oubli…..
Au balancier du Monde et des Histoires humaines, nous sommes nés! Plusieurs!
Le Temps se signifie en chair d’un triple Eclat. Le Nombre oblige à composer, il
Faut danser avec les Autres! Les Regards nous débusquent de refuges précaires…..
|