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Le phare

le mercredi 14 novembre 2012, à 19:08. Posté par Pierre


    Au large d'Ouessant, entre l'onde et l'éther, le phare rassure l'homme du seul fait d'être là, accroché au rocher qui affleure la mer.
    Minuscule aiguillon se dressant vers le ciel, il est pour le marin l’ami providentiel, le gardien immobile.
    Son feu échelonné, baigné par le mercure, bat d'un pouls régulier, lançant par intervalles le lait de ses éclats à mille candelas.
    L'océan qui l'entoure l'enveloppe de brume ; il étale à ses pieds d'épais tapis d'écume.

    Tout là-haut Ganaël, sur son chemin de ronde, regarde sans la voir l'eau profonde qui gronde.
    Il sait la vague immense comme une cathédrale, les abysses sans fond que gouverne Neptune et les lames de fond qui sont souvent fatales.
    Firmament sans étoiles, obscurité sans lune, l'horizon a fondu s'unissant à la mer : on dirait qu'une seiche a encré l'univers.
    Le phare lui a conté, pendant ses nuits de veille, des récits de marins, des fables fantastiques : le doux chant des sirènes, à nul autre pareil, et les trois caravelles cinglant vers l'Amérique.
    Quand parfois il s'accorde un moment de repos, il songe aux temps anciens, quand de vaillants corsaires, sortis de Saint Malo, les Surcouf, les Jean Bart, partaient sus à l'Anglois, toutes voiles dehors, hissant pavillon haut, montant à l'abordage pour l'honneur de leur Roy.
    Mais ses rêves souvent le portent vers la terre, là-bas où sont restés sa femme et ses enfants.
    Ils lui manquent beaucoup. Que font-ils à l'instant ?
    Est-ce qu'elle pense à lui ? Songent-ils à leur père ?
    Alors pour oublier que l'absence fait mal, il reprend son travail et remonte au fanal.
    L'océan qui l'entoure l'enveloppe de brume ; il étale à ses pieds d'épais tapis d'écume.
    Son feu échelonné, baigné par le mercure, bat d'un pouls régulier, lançant par intervalles le lait de ses éclats, à mille candelas.
    Minuscule aiguillon se dressant vers le ciel, il est pour le marin l’ami providentiel, le gardien immobile.
    Accroché au rocher qui affleure la mer, au large d'Ouessant, entre l'onde et l'éther, l’homme rassure l'homme du seul fait d'être là.

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commentaires ( 8 ) (Ajouter un commentaire)
rejane le mercredi 14 novembre 2012, à 21:17
La boucle est bouclée, jolie façon de raconter la solitude du marin, présente aussi chez le gardien de phare, seul au milieu de nulle part. La prose se prête bien à cette description poétique d'un univers aussi vaste que l'océan.

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http://www.mespoemes.net/rejane

Loïc le jeudi 15 novembre 2012, à 14:24
Jolie vignette où la vie du héros se mêle à la contemplation métaphysique ; un peu de Haut, un peu de Bas, hein ?

Amitiés Pierre !

http://www.mespoemes.net/cellox

belespoirs le jeudi 15 novembre 2012, à 17:56
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http://www.mespoemes.net/belespoirs
un très joli texte sur le marin et l'océan j'aime beaucoup tout ce qui touche l'océan , les bateaux les marins !!! j'ai d’ailleurs postés plusieurs poème sur cet univers merveilleux et j'ai été ravie de lire votre page si bien écrite merci de ce merveilleux partage
Amitiés

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 16 novembre 2012, à 07:34
Dag, Pieter. Bonjour mon cher Pierre. Ah, j'allais dire "voilà un poème sur la mer et les marins qui va faire plaisir à Belespoirs", mais elle m'a devancé. Un très beau récit en prose de ce milieu maritime qui fascine. Puissance de l'onde, de l'océan impétueux et gigantesque devant lequel nous sommes à la fois fasciné, contemplatif, impuissant. Et les lighthouses de l'Homme ne sont que de minuscules petites flammes, à peine perceptibles mais qui pourtant guident le marin.
Je me faisais la réflexion, que sur les côtes de ta Belgique, il y a, à proprement parler, aucun phare de De Panne à Knokke Heist. Et entre les deux, juste un petit Pier à Blankenberge et la laideur industrielle de Zeebrugge. Le bord de mer d'Oostend est bien laid, pour l'heure avec ses sculptures d'art moderne. Tot ziens. Amitiés, Pierre. Philip.

nemo le samedi 17 novembre 2012, à 10:10
@ Réjane et Loïc : merci d'être passés me lire.
@ Belespoirs : si cette lecture t'a apporté quelques minutes de plaisir, mon travail n'a pas été vain. J'aime aussi énormément la mer. J'ai dans mes tiroirs quelques textes anciens qui en parlent. Si tu veux m'envoyer un mail, je te les ferai parvenir.
Merci de ta visite.
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http://www.mespoemes.net/nemo

nemo le samedi 17 novembre 2012, à 10:12
@ Philip,
Oui, c'est vrai que nous n'avons pas de beau et grand phare sur notre côte, mais il n'y a pas non plus d'écueils et le Channel est si étroit que ce serait un luxe bien inutile.
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http://www.mespoemes.net/nemo

bluegirl le lundi 19 novembre 2012, à 21:18

j'ai aimé te lire, et particulièrement:
"Firmament sans étoiles, obscurité sans lune, l'horizon a fondu s'unissant à la mer : on dirait qu'une seiche a encré l'univers."

poétiquement, bluegirl

nemo le mardi 20 novembre 2012, à 22:51
Merci de ta visite, Bluegirl, reviens quand tu veux, mes poèmes te sont grand ouverts.
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http://www.mespoemes.net/nemo

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