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TERRE

le vendredi 16 novembre 2012, à 19:56. Posté par didier



    Dans la pénombre des coulisses fagotées nous parviennent par éclats la rumeur, les rires et les silences du public tapi, ombre mouvante prête à fondre dans la brèche silencieuse du trou, terrible abysse du comédien sans mémoire..... C’est dans cette jungle obscure, éclairée par les rais de lumière qui percent le décor que je devine ton corps tendu penché comme pour ne rien manquer de la scène allumée, asile en lumière.

    De l’autre côté, chargé de toutes les histoires du monde le plancher craque sous les pas mal assurés des comédiens en herbe. Échardes de nos chorégraphies malhabiles les lattes disjointes transpirent nos émotions frileuses, plient nos espoirs et suintent nos peurs tandis que dans notre cachette où mes yeux dessinent ta silhouette, calligraphient tes courbes, tu balances à l’arrière ta main, arène de mes désirs.

    Je voudrais que les temps s’arrêtent, le temps des autres, le temps que nos mains se racontent… Mais en un éclair et brisée par la fulgurance de ton élan ma musique silencieuse noircit ses portées de mille vacarmes qui nous soufflent sur scène, voix fortes… nous nous répliquons.

    Une heure durant nous sommes amants. Ballet d’auteur, joutes artistiques nous mettent en scène, nous nous aimons.

    RIDEAU ! … rideau sur scène… couperet de nos vies qui reprennent leur fil de l’eau… ni les mêmes fleuves, ni les mêmes mers… chacun sa Terre.

    Le spectacle est terminé.

    La salle vide bruisse encore des énergies d’espoirs qui animent les comédiens éreintés. Les verres sont amis, les voix fortes projettent des paroles sans histoires, personne n’écoute, puis dans un ultime salut les corps fatigués s’étreignent enfin.

    Ce treizième soir du douzième mois de cette année nous ne faillîmes pas au rite de cette ultime étreinte.

    Un instant mes sens aiguisés perçurent au creux de ton épaule la chaude ivresse parfumée qu’exhalait ton corps… brasier d’amour.

    Et puis plus RIEN…. Et puis TOUT … un étourdiment d’émotions toutes plus fortes les unes que les autres ! Comment écrire ce qui ne fut qu’un immense cri poussé par tout mon être, terrible cri, exclamation sans voix, soupir d’une âme en paix…. TERRE !


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