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MERCI DEMON
(Référence au poème ‘’Thank You Satan’’ de Léo Ferré)
Pour ces cailloux que tu sèmes
Dans les godasses timides
De l’amoureux fou qui aime
En rêves d’espoir avide,
Comme un poète lunaire
En deuil d’inspiration
Au règne de l’éphémère
Survivant de mutilation :
Merci Démon.
Pour le voile dont tu entoiles
Pudique, le vol des banquiers
Véreux, dans l’ombre se poilent
Vautrés au linceul des ruinés,
Sur le trône de leurs profits.
Pour le clodo ancré au quai
Des trottoirs de la nostalgie
Evadé des agents du guet :
Merci Démon.
Pour ce midi que tu crames
Dans des plumards de grand hasard,
Mettant au bucher les âmes
Et les prémisses du vieillard,
Ce minuit que tu libères
Au cœur des adolescentes,
Un désir qui s’envoie en l’air
Aux aurores évanescentes :
Merci Démon.
Pour cet espoir que tu fardes
De poudre aux yeux écarquillés
Sur les lumières blafardes
Des nuits d’ennui illuminées,
Ce mécréant sous ton aile
Nue, fuyant l’apocalypse
De tuerie universelle
De la vie, l’ultime éclipse :
Merci Démon.
Pour ce pouvoir que tu laisses
Aux mains de despotes
Baptisés lors de grands messes
De démocratie dévote,
Cet amour que tu habilles
De lumière d’indécence,
Nuit où la liberté brille
De mille feux par absence :
Merci Démon.
Pour cette mer qui mouille
Son jupon ourlé de franges
D’écume de mort, magouille
D’or noir irisé d’étranges
Fanges de deuil d’un navire
Mort à l’écueil de puissance
Financière qui chavire
Aux vagues d’insouciance :
Merci Démon.
Pour le veuf dont tu gardes
L’épouse pour ton seul plaisir,
Le laissant sous bonne garde
Des haillons de peines à jouir,
Pour le sans emploi qui danse
Devant le buffet étripé
Des vapeurs de décadence,
S’envole pour l’éternité :
Merci Démon.
Pour les guirlandes qu’agitent
Les vents retroussant les robes
Des femmes en bouton qui gitent
Sous les regards qui les gobent,
Pour l’instant présent suspendu
Entre passé et le futur,
La dent dans le fruit défendu,
La mort au fur et à mesure :
Merci Démon.
Pour l’oiseau que tu remplumes
De rémiges à l’encre bleue
Pour un pierrot la lune
Qui rêve de volutes de feu,
Pour l’orphelin les yeux au ciel
Cherchant ce père parti trop tôt,
Redonner le bon goût de miel
En tuant le chagrin trop gros :
Merci Démon.texte
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