|
POEME POUR ENTENDRE RUBINSTEIN
Il jouait, se doigts étaient blancs;
Ses doigts longs, effilés couraient comme le vent de l’automne;
Ses doigts roses sur le clavier blanc
Blêmissaient, rougissaient, invisibles dans l’ombre;
L’homme est noir, les cheveux sont d’argent;
L’être volontaire ploie sur sa main gauche,
S’agrippe à la droite dans la souplesse d’un vol;
Il jouait, ses doigts étaient blêmes
Comme la mort qu’ils défiaient :
Était-ce u dieu, était-ce un homme,
Était-ce une âme qu’ils nous donnaient?
C’est un être anguleux comme Cocteau
Ce sont des yeux clairs et vifs,
Ce sont des pans de vêtement qui glissent,
Deux boutons d’or qui emprisonnent des poignets durs
Dans des manches de percaline lisse;
Il jouait, ses doigts n’avaient plus de couleur,
Ses doigts s’effritaient, devenaient fluides;
On aurait dit deux mains qui sentaient
On aurait dit une impression de musique :
Debussy, comme un fantôme, planait;
Je le voyais ce grand, cet immense
Ce Rubinstein qui frappait la musique avec des poings,
Je nous voyais qui regardions la rampe radieuse
Le Pleyel sonnait comme un tambour de paix :
En marche dure nous sortions.
La terre était lointaine.
|