Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le samedi 29 décembre 2012, à 08:24 Cher Jacques,
Comment ai-je fait pour ne pas aller plus tôt chez toi, lire ta poésie ? Pléthore de poètes sur le site, que l'on ne peut tous lire ! Mais c'est aujourd'hui chose faite et je ne le regrette pas. Aujourd'hui, ce n'est pas CE poème que je vais commenter, mais ta poésie en général, car je suis allé lire, dans un premier temps, plusieurs de tes poèmes. Loin des sentiers "classicisants", tu as fait le choix d'une écriture un peu en dehors des sentiers battus. Elle en ressort, à la fois très originale et très percutante. Le professeur de Lettres que tu es, a bien compris que le verbe a mille facettes, que de toute façon, le verbe sera toujours "au centre de l'Idée" et que l'assemblage des mots nous offre un paysage verbal qui peut être si différent tout en étant le même, comme à travers le prisme sans cesse renouvelé d'un kaléidoscope. J'aurai donc grand plaisir à faire désormais une modeste exégèse de tes poèmes, tous plein de sens.
L'autre raison de cette agréable découverte, ami poète, est la suivante :
Dans ton profil, que je suis allé lire, tu écris "j'aimerais nouer un dialogue avec tous ceux que cette proximité passionne et interroge". Et, au rang de cette proximité que tu évoques, j'y croise des hommes que j'admire. Heidegger : remarquable philosophe (il faut faire abstraction des attraits idéologiques qu'on lui a prêté). Heidegger qui s'est souvent interrogé sur le "qu'appelle-t-on penser ?" et qui m'a toujours fait dire en écho (surtout dans le monde où nous vivons) : "il faut un pensable qui donne à penser). Novalis et son romantisme bien particulier, ciselé. Et Rainer Maria Rilke, et sa délicatesse littéraire et poétique (il écrivait le français à la perfection et ses poèmes "en français" sont pleins de beauté). Quant à René Char, il est inclassable parfois, stupéfiant....mais tout le monde l'aime !
Il va sans dire que c'est avec une grande joie que j'aurai matière à échanger avec toi là-dessus.
Pour ma part, mettant à part, hors catégorie, ce génie littéraire qu'est Victor Hugo, je voue une admiration sans borne pour l'écriture d'un Chateaubriand ou d'un Stendhal. Mais, j'en oublie d'autres (......mais certainement pas Amélie Nothond, Musso ou Levy, dans le tas, ah ça non !!!!). Je te fais mes amitiés, mon cher Jacques et te dis "au plaisir de te lire". Philip. |
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avenance le mardi 01 janvier 2013, à 01:45 Bonsoir, Philip, merci de tout coeur pour ce long commentaire très dense et très riche qui mériterait une longue réponse détaillée. Je m'en tiendrai à quelques thèmes qui me paraissent importants.
Tout d'abord, la relation, le rapport entre pensée et poésie: le danger, bien évidemment, serait d'illustrer simplement en langage poétique des thèses ou des théories philosophiques; il faut probablement pour éviter cet écueil chercher un lien plus profond, plus originaire entre le pensable et le poétique et pour cela les reconduire à la puissance silencieuse et première de l'Être, à l'énigme de l'ébruitement secret de la Parole dont la mélodie se déploie et se cache dans toute langue, à la Nuit lumineuse ou la Lumière nocturne des Origines et de notre séjour sur cette terre. (Tous ces termes, bien sûr, peuvent faire l'objet d'une approche philosophique ou d'une entente poétique.) En ce sens, l'unité profonde de la pensée et de la poésie serait la Vérité (au sens "d'apparition") de la Donation énigmatique de l'Être.....Voilà pourquoi, je crois, tous les grands penseurs et tous les grands poètes nous donnent à penser et à entendre l'étonnement d'être au monde et d'avoir à disparaître.
Tu as raison de citer l'ouvrage de Heidegger:"Qu'appelle-t-on penser?". C'est un véritable poème! Mais la langue allemande offre la possibilité d'une deuxième traduction peut-être encore plus méditante et plus poétique:" Qu'est-ce qui appelle la Pensée?". En ce sens, la Pensée serait appelée par l'Être à dire son adresse et son envoi, sa mystérieuse Donation et la poésie serait une réponse, un "Dire en écho" selon la belle expression que tu emploies.....
Enfin, il faudrait pouvoir unir difficulté (car rien n'est plus difficile que la simplicité apparente de l'Être) et clarté. J'avoue que beaucoup de mes textes paraissent compliqués et maladroits, méandreux mais je ne désespère pas d'atteindre la clarté du Simple!
Nous partageons, je pense, bien des idées et des passions littéraires communes. C'est un grand plaisir de t'avoir lu. A mon tour de découvrir tes poèmes!
Amitiés. Jacques. |
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domidom le jeudi 03 janvier 2013, à 15:43 J'aime beaucoup ce texte, des questionnements, des allusions.....
( la pensée, notre pensée, serait selon toi, une sorte d'écho), j'aime bien l'idée et je te suis dans ton cheminement....
Au fond, que sommes-nous réellement???
Nous ne le savons même pas...
D'où venons-nous, quelles sont nos véritables racines, tous ces grands chercheurs ne nous donnent que des probabilités, mais qui détient la vérité...
Le rapport entre la pensée et la poésie est je pense incontournable, nous vivons dans le domaine de l'étrange, nous avançons comme des ombres, la lumière est notre guide, cette lumière, chacun de nous aimerait en découvrir les mystères....
En résumé, nous ne sommes qu'une masse de chair vouée à la pourriture, après la mort, de nous, il ne restera rien....
Tes textes sont effectivement très compliqués, mais jamais anodins...
Je te souhaite une bonne année 2013 mon cher Avenance.......
Au plaisir de te lire....
Domie...
http://www.mespoemes.net/domidom |
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avenance le jeudi 03 janvier 2013, à 22:33 Bonsoir, Domie, merci de tout coeur pour tes lectures, tes commentaires et tes voeux de bonne année! A mon tour de te souhaiter une bonne et heureuse année 2013, riche en rencontres, en découvertes littéraires et surtout en poèmes.
La Pensée, un écho? Oui sans doute, un écho et une trace puisque nous ne faisons que répondre à un "appel" déjà et toujours lancé par l'Être avant nous, puisque nous sommes toujours en retard sur l'origine et puisque nous venons toujours après l'Envoi initial. La Parole en ce sens ne serait qu'une réponse en écho à un Dire originel toujours voilé, toujours dissimulé riche et prodigue en signes à interpréter, à déchiffrer, difficiles ou impossibles à lire et c'est pourquoi nous avons à parler sans cesse.....
Que nous ne sachions pas ce que nous sommes et surtout qui nous sommes, c'est cette indétermination, ce non-savoir qui probablement nous fondent en tant qu'humains mais aussi en tant que porteurs d'une "inhumanité" foncière au sens où nous venons de plus loin que l'humain, de l'élan vital anonyme qui à l'origine n'a rien d'humain. La seule dignité que nous pouvons revendiquer parmi tous les êtres vivants est celle de pouvoir nous poser ces questions d'origine, d'identité et de devenir......
La lumière nous guide, dis-tu, j'en suis moins sûr! Il est probable que la Lumière totale et permanente nous serait insupportable et c'est pourquoi je parle souvent de "Pénombre" car elle seule nous protège et nous permet de vivre notre temps de vie imparti. Il est possible que l'Être prenne sa source dans une Nuit plus ancienne et plus profonde que toute lumière, plus douce, plus maternelle également......
De la chair qui est la nôtre, il ne restera rien certes mais c'est peut-être la condition pour qu'il y ait du nouveau!"Si la grain ne meurt.....".
Nous sommes alors véritablement dans l'Etrange (étrangers) et seule peut-être une amicalité peut nous sauver de la Violence et de la dévastation.
Amitiés. A bientôt. Avenance. |
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domidom le vendredi 04 janvier 2013, à 13:36 (Nous sauver de la violence et de la dévastation)....
Que Dieu t'entende mon cher ami...
Amitiés....
Domie...
.p://www.mespoemes.net/domidom |
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Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le samedi 05 janvier 2013, à 18:47 Merci de m'avoir répondu, cher Jacques, et d'avoir engagé le dialogue....par l'amorce d'une profonde réflexion d'ordre philosophique "primordial" et même métaphysique. Dès lundi, je disposerai de plus de temps pour, à la fois reprendre ces échanges passionnants et aussi relire (et méditer dans le détail) tes poèmes.
Si tu souhaites lire mes écrits, je me permettrai bien immodestement de te renvoyer "méthodologiquement" à certains de mes poèmes et proses, afin que tu me découvres mieux. En effet, mes derniers écrits sont emprunts de tristesse et parfois biens naïfs, sans trop d'intérêt. De même, j'ai écrit et posté plusieurs exercices de styles, dont certains - moi qui vénère Chateaubriand et Stendhal - sont aux antipodes. Mais, je le répète ce sont des exercices de style.
Pour en revenir à tes réflexions, ta conception de la "Donation de l'Etre" est particulièrement intéressante, y compris dans ce qu'elle recèle de métaphysique. Je ne pensais pas que nos échanges allaient s'orienter sur le terrain de la philosophie, mais rester sur la littérature et la poésie. Mais la réflexion est tentante. Je pourrais ainsi croiser tes réflexions, en élargissant le champ, à ce que l'on appelle "les philosophies de la suspicion". Cela implique notamment une relecture de Nieztsche. Tu évoques la Vérité. Elle passe par le Doute ("si tu veux croire, commence par douter !"). Tu évoque la "clarté du Simple". Le Simple, dans son acception première n'est-il pas la Raison. Je suis philosophiquement et socialement pour le primat de la Raison. Mais je me rends compte que les choses ne sont pas si......simples. D'autant que le Clair et l'Obscur que tu évoques dans ton poème, se côtoient, alternent. Nous nous devons ainsi, jusqu'à notre dernier souffle d'être des Cherchants, jusqu'à trouver la Lumière, ce qui implique de dépasser cette sorte d'évidence socratique que sera le constat du "Je sais que je ne sais rien".
Enfin, pour en revenir à la poésie, et c'est sous cet angle que je jette un regard sur ta poésie, parce que c'est un langage spécifique qui dans la forme astreint à canaliser pensée/émotion, je ne peux - passionné de psychanalyse que je suis - que voir dans chaque poème, à l'instar de la méthodologie freudienne sur le rêve, un contenu "manifeste" (le poème en lui-même) mais surtout un autre contenu, le contenu "latent". Superbe terrain d'observation et de réflexion que tes poèmes, cher Jacques, de par leur contenu d'une incroyable richesse.
Bonne continuation à toi, et à bientôt pour de nouveaux échanges. Amitiés. Philip. |
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avenance le dimanche 13 janvier 2013, à 11:51 Bonjour, Philip, merci pour tes belles réflexions philosophiques et poétiques qui promettent de beaux échanges lorsque j'aurai découvert tes propres textes....
Je commence par la fin: moi aussi, je suis passionné de psychanalyse car c'est un domaine qui tente de traverser la science, la philosophie et la littérature et qui se donne pour objet de sonder les profondeurs du corps, de la psyché et des oeuvres. Contenu manifeste et contenu latent bien sûr offrent un prodigieux terrain d'observation pour faire apparaître, si tant est que cela soit possible, les émotions primordiales et les diverses couches géologiques qui sédimentent notre "être-au-monde" en tant que Vivants-Parlants-Mourants....Pour ma part, je mettrai l'accent sur l'aspect fictionnel de nos mondes intérieurs faits de désirs insatisfaits, d'anticipations fébriles, d'attente et d'oubli, de personnages fabuleux à la mesure ou à la démesure de nos extases et de notre détresse 'Hilflosigkeit), terme que Freud emploie très souvent pour penser notre impuissance natale et native d'êtres retardés et inachevés que nos fantasmes, notre Parole, nos chants, nos musiques, nos signes écrits viendront suppléer et compenser.
Je mettrai également l'accent sur la notion de "Perte" comme si nous avions perdu, en naissant, le silence et la plénitude amniotiques, cette Chose perdue" dont parle Lacan. "Il n'y a d'autres paradis que les paradis perdus" écrit Borges et c'est parce que nous ne les retrouvons jamais dans le Réel que nous sommes contraints, me semble-t-il, de peupler notre univers imaginaire et symbolique de "Personnages" selon notre "coeur" et selon nos désirs à jamais impossibles à combler.....En ce sens, la psychanalyse nous "reconduirait" à cette Absence première et définitive, à cette perte originelle, à cette "Faille" que toute Parole tenterait de suturer.
Enfin, je suis très sensible à cette notion de "Béance" que la psychanalyse mais aussi la philosophie développent pour désigner la condition d'être humain, voué ou condamné à l'Ouverture, à l'exploration des Possibles et des Lointains: nous serions, comme tu le dis si bien, des Cherchants, on porrait presque dire des " Naissants-Vivants-Parlants-Cherchants-Mourants"!
Je remonte le cours de ton message: tu évoques la Raison comme idéal et comme but: nous sommes d'accord là-dessus mais je pense à une Raison élargie au domaine de la fiction et des rêves, une Raison qui s'ouvre à l'Inconscient et à l'Insu......
Encore merci pour tes réflexions très stimulantes. Je vais me mettre à la lecture de tes poèmes et de tes proses.
Amitiés. A Bientôt. Jacques.
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