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Le souffle du printemps fait naître le narcisse
Qui tache le sous-bois de sa pâle couleur ;
Le miroir d’un étang, tout frémissant, se plisse,
Caressé par vent qui se fait cajoleur ;
La neige, sous l’effet de la douce chaleur
D’un soleil qui, gaillard, lutine la nature,
Se coule dans l’humus, l’abreuve d’une eau pure ;
Sur les branches du saule, éclatent les bourgeons ;
Et l’on peut, tout là-haut, cachés dans la ramure,
Entendre, tendrement, roucouler deux pigeons.
Engoncé, sur sa perche, un rouge-gorge lisse
Ses plumes avec soin pendant qu’avec ardeur,
Un rat des champs replet, aidé par un complice,
Emporte dans son nid l’une ou l’autre primeur
Qui fera leur régal autant que leur grosseur ;
Sortant de son terrier, un lapin s’aventure,
Attiré par le chant du ruisseau qui murmure ;
Une bergeronnette, au beau milieu des joncs,
Lance son gazouillis et l’on peut, je le jure,
Entendre, tendrement, roucouler deux pigeons.
Un renard affamé, sournoisement, se glisse,
Dans la cour d’une ferme… où l’attend un veilleur !
Mais Goupil est futé, trop pour que le chien puisse
Attraper dans ses crocs notre Maître Voleur ;
Le péril écarté, Chanteclair, grand hâbleur,
Tient discours et prétend, avec désinvolture,
Qu’il a mis le Compère en fuite, à toute allure ;
Ce coq voudrait nous faire avaler des goujons !
Et pendant sa harangue, on peut, sur la toiture,
Entendre, tendrement, roucouler deux pigeons.
Ô Prince bienfaisant, je prends à bon augure
Ton retour ; puisses-tu nous rendre avec usure
Le grain que nous semons et que nous engrangeons
Afin que nous puissions, dans la saison future,
Entendre, tendrement, roucouler deux pigeons.

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