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Voilà-ti-pas que le printemps
a débarqué tout frais , tout rose ,
avec plein d' cadeaux, mille choses,
joli comme un coeur de vingt ans.
Il a tout rajeuni partout,
il a même lavé les pierres,
a mis du soleil au-d'ssus d' nous
et de l'amour dans les chaumières;
Le sol est tapissé d' prim'vères,
les arbres zont des z'habits neufs,
les p'tits zoziaux, des pèr's, des mères,
mêm' le train qu'à z'un autr' teuf-teuf.
Et çà embaume ! Et çà sent bon !
Dans l'air flotte une odeur d' réglise.
Au vieux clocher y- a plus d' bourdon.
En sont plus gais les chants d' église.
C'est l' mêm' phénomèn' dans les villes.
bien peint's et nettes les maisons
gard'nt au chaud les zautomobiles
et laiss'nt éclore les piétons.
C' printemps quand même ! Qu'il est coquin !
Les femm's ont tiré leurs peaux d' bêtes,
mis des machins qui n' cachenr rin:
le beau temps fait tourner les têtes.
Chacun cherche à conter fleurette,
chacune est tout' prête à y croire.
Dans les cafés, les maisonnettes,
on entend de bien bell's histoires.
Cà grouill' sur terre et dans les cieux.
Faut bien qu' chacun tienne boutique.
C'est la ballad' des gens heureux.
Cà m' ravigot' le sympathique.
C' bleu du ciel ! C'est vraiment d' l'azur !
La terre est couleur d'espérance.
Le travail soudain est moins dur;
T'as pas d' boulot?.. Quelle importance :
Entends le merl' qui s'égosille
sûr que sa merlesse est pas loin.
Vois l' papillon sous la chenille.
Y-a eune gonzess' dans chaqu' boudin.
Y-en a ti eune qui s'rait pour moi ?
Hé, j' la vois! Boudou qu'elle est chouette !
On dirait eune Mona Lisa,
jocond' qu'elle est avec ses couettes.
Mais j'ai rêvé. C'est la nuit noire.
Le vent d'hiver hurle à la porte.
L'hiver !?... Que le diable l'emporte !
Sûr qu' mon rêve est prémonitoire.
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