|
L'eau lisse et lasse de la rizière au long lit s'étale et passe si lentement qu'on la croirait figée de toute éternité. Elle attend que poussent les tiges de riz en regardant le ciel infini s'alanguir avant la mousson.
Il en faut des prières pour faire les moissons.
Et puis viendra le temps béni de la récolte.
Quand sera barbelée la face des deltas endormis, qui fut ridée, flétrie par la pluie, avec des gestes mesurés, précis, sacrés, les paysans et les coolies, les femmes, les enfants aussi, pour mieux assurer leur survie, en pataugeant dans l'eau boueuse à l'infini, s'inclineront sous le ciel lourd de leur pays.
Se déplaçant, nombreux et pourtant silencieux, souples et très attentivement, ils iront lentement, à petits pas pressés. Et leurs mains, serrées et fermes sur les tiges, onduleront alors en gestes frémissants, mouvements lents, voulus, menus, coupants, rasants, ainsi que des oiseaux voletant sur l'étang.
Ils serviront ainsi, sans jamais y penser, l'éternité née de l'instant. Instant passant si lentement qu'on le croirait figé comme l'eau qui s'étend.
Mais le temps il est vrai n'a que la valeur qu'on lui donne. Or qui tient bien sa place honore sa personne. Et leur grandeur sera dans cette servitude.
Alors s'élèveront les chants de certitude. Car chantent dans les champs partout les paysans, la récolte venue et les épis coupés, la farine moulue et remplis les greniers.
Comme il est beau le riz qui pousse au Kiang-Si !
Et tout ce peuple-là en clamera sa joie.
|