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Les Barbares

le mercredi 13 juillet 2005, à 03:43. Posté par Bernard Lavilliers


    Les Barbares habitaient dans les angles tranchants
    Des cités exilées au large du business
    Ils rivaient leurs blousons d'étranges firmaments
    Où luisaient la folie, la mort et la jeunesse

    La nuit le haut fourneau mijotait ses dollars
    La fumée ruisselait sur nos casques rouillés
    Dans le vestiaire cradingue cinq minutes volées
    A la fumée, au feu, au bruit, au désespoir

    Oh mon amour emporte-moi, emporte-moi loin de la zone
    Vers des pays chagrins, vers des pays faciles, vers des pays dociles

    Ils rêvaient de tropiques, des tropiques tropicaux
    Plein d'eau à trente degrés, plein de forêts sanglantes
    Ils rêvaient de corail, d'amour, de sable chaud
    Épinal leur fourguait ses images en partance

    Le fils du patron venait nous visiter
    Au sortir du night-club avec de jolies femmes
    Il nous regardait faire, essayait d'estimer
    La montée de la courbe, la chaleur de la flamme

    Oh mon amour emporte-moi, emporte-moi loin de la zone
    Vers des pays chagrins, vers des pays faciles, vers des pays dociles

    Bourgeois adolescents aux mythes ouvriers
    Militants acharnés de ce rêve qui bouge
    Qui serez un beau jour de gauche bien rangé
    Tricolore et tranquille, la zone c'était rouge

    La noirceur des blousons nous faisait des étés
    Sombres comme les fleurs de nos arbres acryliques
    Nous déroulions nos chaînes essayant de décrocher
    La montée de l'amour, d'la paix, d'la musique

    Oh mon amour emporte-moi, emporte-moi loin de la zone
    Vers des pays chagrins, vers des pays faciles, vers des pays dociles

    Quand le car avalait sa ration de six heures
    De mains brûlées de silicose et de gros rouge
    Nous rentrions vidés dans nos cuisines sœurs
    Un sourire, un café, la douche, rien ne bouge

    La radio tapinait à l'étage inférieur
    On dormait dans l'anzime et dans le carrefour
    Puis nos têtes plongeaient vers de mondes meilleurs
    Nos mamans affairées voyaient baisser le jour


    Oh mon amour emporte-moi, emporte-moi loin de la zone
    Vers des pays chagrins, vers des pays faciles, vers des pays dociles.

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