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WOUNDED KNEE
L'occupation de Wounded Knee en 1973 était une question de survie. Nous nous sommes saisis de nos armes car c'était notre devoir d'assurer la survie de notre peuple. C'est l'un des préceptes de Dieu.
Nous devons survivre. Il fallait que nous fassions savoir au monde la façon dont notre peuple était peu à peu anéanti. Le gouvernement des Etats-Unis ne peut dissimuler ce qu'il nous a fait subir. Le monde doit savoir.
Aujourd'hui, le monde sait.
Il est de notre devoir de redevenir un peuple libre, de former une nation parmi les autres nations du monde. Nous sommes une nation au sens où l'Organisation des Nations Unies l'entend. Nous disposons d'une langue, d'une religion, d'un territoire, d'une histoire ; notre culture remonte à la nuit des temps.
C'est plus que le gouvernement américain peut prétendre. Votre langue est celle d'une autre nation et votre religion a été empruntée à une autre civilisation : vous n'avez rien créé en ce domaine. Et vos terres ont été prises à d'autres également. A nous !
Les Indiens forment un peuple magnifique épris de paix. Chacun d'entre nous est un leader né. Nous avons beaucoup à apprendre au monde, nous avons tant de choses à offrir aux autres nations. Nous voulons occuper notre place parmi elles. Vous ne pouvez nous masquer aux yeux du monde.
Nous devions mettre un terme au massacre de notre peuple. Ainsi, en 1973, nous avons repris une partie du territoire qui nous appartenait, ici dans la réserve de Pine Ridge, la colline sacrée de Wounded Knee. Il s'agit du lieu même où Big Foot n'avait rien fait de mal. C'était au coeur de l'hiver. Les Minniconjous arrivaient du Dakota du Nord pour se réfugier à Pine Ridge aux côtés de Red Cloud. Ils avaient froid.
Ils avaient faim. Leur seul but était de survivre. Ils suivaient le précepte de Dieu.
La bande établit son campement à Wounded Knee.
Les soldats arrivèrent avec leurs fusils. Ils encerclèrent Big Foot et les siens comme s'il s'était agi de criminels.
En fait, il y avait surtout là des vieillards, des femmes et de petits enfants. Big Foot ne voulait pas se battre. Il souffrait déjà d'une pneumonie. Il était pacifique.
Les soldats firent s'aligner les Indiens dans le froid et leur retirèrent toutes leurs armes. L'un des derniers hommes de la file, rudoyé par un soldat, leva son fusil et tira à bout portant dans la tête de l'Américain. Ceux qui réussirent à s'enfuir racontèrent tout cela à notre peuple.
Les soldats postés au sommet de la colline ouvrirent alors le feu et n'épargnèrent personne. Les Indiens s'écroulèrent sur le sol et les soldats fauchèrent deux douzaines des leurs. Les guerriers s'efforcèrent de défendre leur peuple. Ils se battirent avec toute leur énergie mais ils n'avaient aucune chance. Les soldats les massacrèrent, puis massacrèrent les vieillards, les femmes et les enfants.
Où est-il dit qu'il faut punir l'ensemble de la famille, l'ensemble du peuple pour les méfaits d'un seul homme ? Est-ce là votre justice ? Ce n'est pas ce que nous enseigne la Loi de Dieu.
Ils massacrèrent trois cents d'entre nous.
Notre sang conféra son caractère sacré à Wounded Knee.
Telle est la raison pour laquelle nous choisîmes d'occuper Wounded Knee. Nous n'avions pas l'intention de nous servir de nos armes. Les hommes du FBI nous avaient encerclés. J'étais présent avec les Anciens ; nous assumions un rôle de conciliateurs. Nos guerriers vinrent me trouver pour me demander ce qu'ils devaient faire.
"La Pipe, la Pipe Sacrée, leur répondis-je. Elle est plus puissante que n'importe quel fusil, plus puissante même qu'une bombe atomique !"
Nous avons résisté soixante et onze jours. Et les fusils n'y étaient pour rien. Le pouvoir de la Pipe nous y aida, le pouvoir surnaturel de Dieu.
De cette façon, nous avons pu éviter un nouveau massacre. Il y eut des blessés, quelques morts, mais nous observâmes le précepte de Dieu. Survivre.
Après l'occupation, un grand nombre de nos guerriers furent arrêtés et jetés en prison. Leonard Peltier et les autres. Accusations inventées de toutes pièces. Peu leur importait qui ils avaient capturé. Il leur fallait un Indien. Attraper n'importe lequel. Telle est la justice de l'homme blanc.
Mais nous avons survécu et nous continuerons de survivre.
C'est ça Wounded Knee.
Survivre.
Noble Red Man Mathew King
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EDITIONS DU ROCHER
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