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Sonnet récapitulatif

le mardi 14 juillet 2009, à 22:53. Posté par Jim


    L'école sicilienne (Frédéric II . 1194 - 1250)
    abab abab cde cde/cdc cdc
    hendécasyllabe

    Pétrarque (Canzoniere)
    abba abba cdc cdc
    abba abba cde cde
    disposition des tercets en ccd prohibée

    France

    Au XVIe siècle Mellin de Saint-Gelais et Clément Marot l'introduisent en France, l'empruntant à Pétrarque.

    Marot (sonnet italien ou marotique) : abba abba ccd eed
    Joachim du Bellay (sonnet français) : abba abba ccd ede
    Ronsard : sonnet marotique + alternance des rimes féminines et masculines + alexandrin

    Angleterre (influence Baudelaire)

    Edmund Spenser (XVIème siècle)
    abab bcbc cdcd ee (sonnet spensérien)

    Sonnet Shakespirien
    abab cdcd efef gg
    abba cddc effe gg

    Castille (XVIème siècle)

    abba abba cde cde
    abba abba cde dce
    abba abba cdc dcd


    Les écarts de :


    Rimbaud

    Sonnet layé : raccourcir un vers sur deux (12 / 6 / 12 / 6 - 12 / 8 / 12 / 8)
    abab cdcd eef ggf

    L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
    Avec des coussins bleus.
    Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
    Dans chaque coin moelleux.

    Tu fermeras l'oeil, pour ne point voir, par la glace,
    Grimacer les ombres des soirs,
    Ces monstruosités hargneuses, populace
    De démons noirs et de loups noirs.

    Puis tu te sentiras la joue égratignée...
    Un petit baiser, comme une folle araignée,
    Te courra par le cou...

    Et tu me diras : " Cherche ! " en inclinant la tête,
    - Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
    - Qui voyage beaucoup...


    Nerval

    abba abba cdc ddc

    La connais-tu, Daphné, cette vieille romance
    Au pied du sycomore... ou sous les mûriers blancs,
    Sous l'olivier plaintif, ou les saules tremblants,
    Cette chanson d'amour, qui toujours recommence ?

    Reconnais-tu le Temple au péristyle immense,
    Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents,
    Et la grotte fatale aux hôtes imprudents
    Où du serpent vaincu dort la vieille semence ?

    Sais-tu pourquoi, là-bas, le volcan s'est rouvert ?
    C'est qu'un jour nous l'avions touché d'un pied agile,
    Et de sa poudre au loin l'horizon s'est couvert !

    Depuis qu'un Duc Normand brisa vos dieux d'argile,
    Toujours sous le palmier du tombeau de Virgile
    Le pâle hortensia s'unit au laurier vert.


    abab abba cdc cdc

    La Treizième revient... C'est encor la première ;
    Et c'est toujours la Seule, - ou c'est le seul moment :
    Car es-tu Reine, ô Toi! la première ou dernière ?
    Es-tu Roi, toi le seul ou le dernier amant ? ...

    Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;
    Celle que j'aimai seul m'aime encor tendrement :
    C'est la Mort - ou la Morte... Ô délice ! ô tourment !
    La rose qu'elle tient, c'est la Rose trémière.

    Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,
    Rose au coeur violet, fleur de sainte Gudule,
    As-tu trouvé ta Croix dans le désert des cieux ?

    Roses blanches, tombez ! vous insultez nos Dieux,
    Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle :
    - La sainte de l'abîme est plus sainte à mes yeux !


    abab abab cdd cee

    Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
    Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
    Ma seule Étoile est morte, - et mon luth constellé
    Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

    Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
    Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
    La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
    Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

    Suis-je Amour ou Phoebus ?... Lusignan ou Biron ?
    Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
    J'ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène...

    Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
    Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
    Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.


    Baudelaire

    abba baab aac dcd

    Je te donne ces vers afin que si mon nom
    Aborde heureusement aux époques lointaines,
    Et fait rêver un soir les cervelles humaines,
    Vaisseau favorisé par un grand aquilon,

    Ta mémoire, pareille aux fables incertaines,
    Fatigue le lecteur ainsi qu'un tympanon,
    Et par un fraternel et mystique chaînon
    Reste comme pendue à mes rimes hautaines ;

    Etre maudit à qui, de l'abîme profond
    Jusqu'au plus haut du ciel, rien, hors moi, ne répond !
    - Ô toi qui, comme une ombre à la trace éphémère,

    Foules d'un pied léger et d'un regard serein
    Les stupides mortels qui t'ont jugée amère,
    Statue aux yeux de jais, grand ange au front d'airain !


    Polaire : abba ccd eed fggf

    Tout homme digne de ce nom
    A dans le coeur un Serpent jaune,
    Installé comme sur un trône,
    Qui, s'il dit : " Je veux ! " répond : " Non ! "

    Plonge tes yeux dans les yeux fixes
    Des Satyresses ou des Nixes,
    La Dent dit : " Pense à ton devoir ! "

    Fais des enfants, plante des arbres,
    Polis des vers, sculpte des marbres,
    La Dent dit : " Vivras-tu ce soir ? "

    Quoi qu'il ébauche ou qu'il espère,
    L'homme ne vit pas un moment
    Sans subir l'avertissement
    De l'insupportable Vipère.


    abab efef ggh ihi

    Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
    Traversé çà et là par de brillants soleils ;
    Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
    Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

    Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
    Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
    Pour rassembler à neuf les terres inondées,
    Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

    Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
    Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
    Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

    - Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
    Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
    Du sang que nous perdons croît et se fortifie !


    Verlaine

    abba aabc cde ffe

    Mon cher enfant que j'ai vu dans ma vie errante,
    Mon cher enfant, que, mon Dieu, tu me recueillis,
    Moi-même pauvre ainsi que toi, purs comme lys,
    Mon cher enfant que j'ai vu dans ma vie errante !

    Et beau comme notre âme pure et transparente,
    Mon cher enfant, grande vertu de moi, la rente,
    De mon effort de charité, nous, fleurs de lys !
    On te dit mort... Mort ou vivant, sois ma mémoire !

    Et qu'on ne hurle donc plus que c'est de la gloire
    Que je m'occupe, fou qu'il fallut et qu'il faut...
    Petit ! mort ou vivant, qui fis vibrer mes fibres,

    Quoi qu'en aient dit et dit tels imbéciles noirs
    Compagnon qui ressuscitas les saints espoirs,
    Va donc, vivant ou mort, dans les espaces libres !


    Mallarmé

    abab cdcd eff egg

    Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
    En qui vont les péchés d'un peuple, ni creuser
    Dans tes cheveux impurs une triste tempête
    Sous l'incurable ennui que verse mon baiser :

    Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes
    Planant sous les rideaux inconnus du remords,
    Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
    Toi qui sur le néant en sais plus que les morts.

    Car le Vice, rongeant ma native noblesse
    M'a comme toi marqué de sa stérilité,
    Mais tandis que ton sein de pierre est habité

    Par un coeur que la dent d'aucun crime ne blesse,
    Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
    Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.


    abab abab cdd cee

    Cependant que la cloche éveille sa voix claire
    A l'air pur et limpide et profond du matin
    Et passe sur l'enfant qui jette pour lui plaire
    Un angelus parmi la lavande et le thym,

    Le sonneur effleuré par l'oiseau qu'il éclaire,
    Chevauchant tristement en geignant du latin
    Sur la pierre qui tend la corde séculaire,
    N'entend descendre à lui qu'un tintement lointain.

    Je suis cet homme. Hélas ! de la nuit désireuse,
    J'ai beau tirer le câble à sonner l'Idéal,
    De froids péchés s'ébat un plumage féal,

    Et la voix ne me vient que par bribes et creuse !
    Mais, un jour, fatigué d'avoir enfin tiré,
    Ô Satan, j'ôterai la pierre et me pendrai.

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