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Marée Montante
Cernés par l'océan que gonfle la marée,
Voici que sous nos pieds le sol s'est rétréci :
L'eau monte, infatigable, et la nuit s'épaissit
Le grandissant effroi de l'âme chavirée.
Voici que la tempête au vent du soir emporte.
Cadavres désormais au limon retournés,
Avec les pleurs des saints et les cris des damnés,
Et le jeune et le vieux, et le vif et la morte.
Nos fugaces destins et nos aubes fanées,
Tant de larmes, de sang, de sueurs, tant de jours
Au labeur consacrés, nos joies et nos amours
Iront-ils s'abimer au gouffre des années ?
Sur les grèves du temps de nos pas les vestiges
Seront-ils abolis du flot dévastateur ?
Au néant verra t-on noyer de l'imposteur
Les titres, les orgueils, les ors et les prestiges ?
"Etrangers, condamnés au voyage, à l'errance,
Au naufrage promis, dit la Voix, repartez ..."
Ensuite descendra sur ces débris flottés,
Pacifique, vainqueur et royal, le Silence ...
Théodore Monod
L'emeraude des Garamantes
Dakar - Octobre 1963
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