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Etre et avoir. – « Rien n’est perdu tant que nous souffrons de notre manque de vertu, de pureté, etc. Dans l’ordre des réalités spirituelles, souffrir d’un manque, c’est déjà posséder. Et plus on possède, plus on souffre du manque. Les choses suprêmes nous sont données ici-bas sous la forme de la faim, de l’absence et du tourment. »
Vertu et stabilité. – « Bien souvent, les vertus les plus vivantes, les plus rayonnantes, sont aussi les plus fragiles et les plus menacées. Les vertus mortes au contraire (honnêteté bourgeoise, pharisaïsme, etc.) sont beaucoup plus solides : aucun danger (ou aucun espoir !) que telle respectable personne s’écarte jamais du droit chemin… Pourquoi ? C’est que la vertu vivante est une ascension : elle a donc l’élan et le magnétisme de la vie, mais elle en a aussi l’instabilité, car toute ascension comporte un danger de glissement et de chute. Celui qui s’incruste au flanc du mont et y bâtit sa demeure ne risque pas de tomber : sa vertu immobile a la sécurité des tombeaux. Aussi peut-on dire sans paradoxe qu’une vertu qu’on n’est plus exposé à perdre mérite à peine d’être possédée. L’assurance absolue contre le mal enlève au bien sa vitalité et ses charmes. »
Gustave Thibon
"L'échelle de Jacob"
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