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Mysticisme prématuré. - Tu rêves de l’ignorance édénique et du don aveugle de toi-même. Attends encore. Il n’est pas permis, il n’est pas décent de faire l’aveugle n’importe où. Monte un peu plus haut avant de fermer les yeux. La lumière seule a le droit de t’aveugler.
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L’amour mendiant et débile a besoin d’illusion : l’amour qui donne ne redoute rien de la vérité. Comment le soleil pourrait-il être déçu par la misère des champs qu’il éclaire ?
Aime d’abord le soleil. Et tu pourras aimer toutes choses sans mirage et sans déception.
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Je le sais : tu es seul et tu as soif, mais est-ce une raison pour boire à n’importe quelle coupe ? Il est une chose plus importante encore que de te désaltérer, c’est de respecter ta soif.
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Limites de la réceptivité. – Voici des gens pendus à toutes les radios, avides de toutes les nouvelles, réceptifs à toutes les idées. On appelle cela sensibilité, ouverture. C’est une qualité que je n’envie pas. Je serais plutôt porté à considérer comme un signe de santé et d’unité intérieures l’existence de larges zones d’indifférence. Une réceptivité universelle implique, exception faite de quelques esprits extraordinaires, une passivité dangereuse.
L’écho vibre à tous les sons, mais la bouche choisit ses paroles.
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Progrès ?. – Le monde, depuis un siècle, évolue à pas de géant. Tout se précipite : le vent du progrès nous coupe la face. Amer symptôme : l’accélération continue est le propre des chutes plutôt que des ascensions.
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Illusions réalistes. - Tu te veux sans illusions. Tu redoutes de prendre des vessies pour des lanternes. Je te comprends. Mais que le réalisme de ta sagesse ne te conduise pas jusqu’à te faire prendre des lanternes –ou des étoiles !- pour de vulgaires vessies ! Toutes les illusions ne sont pas « généreuses ».
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Gustave Thibon
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