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Fers de lance de la poésie
Les vers relancent le rythme de la vie.
Guidé en aveugle, le poète s'avance,
Seule la grâce est son espérance.
Seule compte, attirée, aspirée, inspirée, l'appétence
De traduire radicalement ce que le coeur crie,
Pleure, se déchire, se bâtit, s'entremêle, se délie.
Le poète n'est que son établi et sa main est l'outil
De l'esprit qui le hante jusqu'à ce qu'il soit sorti.
Et de la nostalgie doit naître l'espoir
De se voir renaître sans aucune gloire,
Sans plus de dépit, avec humilité,
Aérien comme l'enfant nouveau-né.
Chaque âge a son ingénuité.
Non vécu la veille, le nouveau jour est né.
Chaque instant de la vie n'a jamais existé.
Que peut connaître le vieillard de son agonie ?
Si son coeur lui dit de l'écrire, il l'écrit :
Adieu pensées, ma vie s'éteint
Doucement, violemment, cruellement.
Bonjour ma mort, je t'accueille vaillamment,
Avec le même coeur que le petit enfant.
Je pleure, je crie, suppliant,
Désespéré, humiliant.
C'est ce qu'à l'instant je vis,
Adieu ma vie.
Paul Melki est né en 1986. C'est un infirme moteur cérébral. Autrement dit, il est cloué dans un fauteuil roulant, quasi aveugle et ne peut parler. Seule mobilité : un doigt. A l'âge de 12 ans, il sort de son enfermement grâce à la mise à disposition d'un clavier d'ordinateur. Encore faut-il que quelqu'un l'aide en guidant sa main. Il se met alors à écrire immédiatement, sans autre apprentissage que ce qu'il a entendu jusqu'alors. Il maîtrise aussi bien le français que l'anglais. Concis, éblouissant, il a des fulgurances rimbaldiennes. Sa maturité est étonnante vu son âge et sa condition. Sa leçon d'écriture est une leçon de vie dont il nous fait don, à nous, les normaux.
Ce poème est tiré de son "journal de bord d'un détraqué moteur". Il a aussi sorti un recueil de poèmes intitulé : "Le cheval de mer".
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