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Continuez !
Continuez, je vous prie, l’idiotie magistrale
En laquelle nos jours sont noyés de vos leurres,
Cette imbécillité humaine et ancestrale
Où vous allez sereins parmi les vies en pleur !
Surtout ne changez rien, laissez courir les choses,
Déposez votre obole aux pieds des tourmentés,
Protégez vos raisons, vos consciences-névroses
Et ne songez surtout à la Fraternité !
Ah mais si – j’oubliais – vous y pensez quand même
En ces moments précis où l’on vous dit : « Voyez
Des Etres de partout sont quelque peu bien blêmes…
Nous aider, c’est aider Ceux qui vont se noyer ! »
Ainsi vous y allez de votre petit geste
Et continuez vos lieux sur le même chemin,
Alors que les Pouvoirs, en offrant que leurs restes,
Pourraient bien soulager Ceux qui tendent la main !
Continuez, continuez cette machination,
Ce système qui veut qu’on ne résolve rien,
Que tous ces faux-semblants n’ont, pour toute ambition
Que, du Pouvoir acquis, d’assurer le maintien !
Ah j’entends exploser les bombes de l’outrage
Et le froid sur des corps assouvir des destins…
J’entends, j’entends, j’entends… Aragon, je m’enrage
Et je relis tes Mots dénonçant Ces Matins !
« Mon frère, mon ami, mon fils, mon camarade,
Tu ne tireras pas sur qui souffre et se plaint »*
Mais chacun, ici bas, se soucie de son grade
Et les raisons du monde au monde nous contraint !
Continuez, continuez… Je ne sais plus sourire
Et le ciel s’engourdit de ces adversités
Qui – croyez-le ou non – finiront par pourrir
Même vos petits droits aux mornes libertés !
*Jean Ferrat du texte Potemkine
Alain Girard.
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