Eupalinos

 

Mes poèmes - Forum - Livre d'or - Liens - Moi

 

ÉPILOGUE

le lundi 14 mars 2005, à 01:34. Posté par Louis Aragon


    La vie aura passé comme un grand château triste que tous les vents traversent
    Les courants d'air claquent les portes et pourtant aucune chambre n'est fermée
    Il s'y assied des inconnus pauvres et las qui sait pourquoi certains armés
    Les herbes ont poussé dans les fossés si bien qu'on n'en peut plus baisser la herse

    Quand j'étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges
    Ah comme j'y ai cru comme j'y ai cru puis voilà que je suis devenu vieux
    Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans les yeux
    Et ce qu'il en reste aux vieillards est trop lourd et trop court que pour eux le vent change

    J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon coeur quatre fois y battre
    Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
    Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ
    Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

    Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude
    Vous n'aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris
    Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix
    Je vois se plier votre épaule A votre front je vois le pli des habitudes

    Bien sûr bien sûr vous me direz que c'est toujours comme cela mais justement
    Songez à tous ceux qui mirent leurs doigts vivants leurs mains de chair dans l'engrenage
    Pour que cela change et songez à ceux qui ne discutaient même pas leur cage
    Est - ce qu'on peut avoir le droit au désespoir le droit de s'arrêter un moment

    J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon coeur quatre fois y battre
    Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
    Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ
    Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

    Songez qu'on n'arrête jamais de se battre et qu'avoir vaincu n'est trois fois rien
    Et que tout est remis en cause du moment que l'homme de l'homme est comptable
    Nous avons vu faire de grandes choses mais il y en eut d'épouvantables
    Car il n'est pas toujours facile de savoir où est le mal où est le bien

    Et vienne un jour quand vous aurez sur vous le soleil insensé de la victoire
    Rappelez vous que nous avons aussi connu cela que d'autres sont montés
    Arracher le drapeau de servitude à l'Acropole et qu'on les a jetés
    Eux et leur gloire encore haletants dans la fosse commune de l'histoire

    J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon coeur quatre fois y battre
    Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
    Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ
    Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

    Je ne dis pas cela pour démoraliser Il faut regarder le néant
    En face pour savoir en triompher Le chant n est pas moins beau quand il décline
    Il faut savoir ailleurs l'entendre qui renaît comme l'écho dans les collines
    Nous ne sommes pas seuls au monde à chanter et le drame est l'ensemble des chants

    Le drame il faut savoir y tenir sa partie et même qu'une voix se taise
    Sachez le toujours le choeur profond reprend la phrase interrompue
    Du moment que jusqu'au bout de lui même le chanteur a fait ce qu'il a pu
    Qu'importe si chemin faisant vous allez m'abandonner comme une hypothèse

    J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon coeur quatre fois y battre
    Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
    Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ
    Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux.

<< Retour au forum

 

Réponses ( 2 ) (Ajouter une réponse)

Re : ÉPILOGUE

le dimanche 05 juin 2005, à 13:01. Posté par Michel (Signes de Vie)


    Le grand Louis...!

Re : ÉPILOGUE

le samedi 07 janvier 2012, à 00:30. Posté par wmbolsmsj


    2tRZtB <a href=\"http://iclpcwhsxpnn.com/\">iclpcwhsxpnn</a>, [url=http://sangxtxpipxz.com/]sangxtxpipxz[/url], [link=http://zvqiaztqjpdu.com/]zvqiaztqjpdu[/link], http://valtgeuguwey.com/

 

Ajouter une réponse...

Votre nom

Votre email (facultatif) :

Re-tapez ce code : :

 

 Votre message :

Inserer un smileys ...
Cliquez sur un smiley pour l'inserer à la fin du texte






 

Mes poèmes - Forum - Livre d'or - Liens - Moi

 

Hébergé gracieusement par MesPoemes.net - Créer un site internet