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Où allons-nous?

Le Grenier

Le jeudi 18 mai 2006 à 23:40, posté par AC · 787 lectures

Illustration du poème « Le Grenier »
Que faites-vous donc là dans l'ouate d'une boîte, compagnons désarmants, qui dormez à présent d'un sommeil de plomb, quoique si légers et fragiles entre mes doigts, soldats du temps d'antan où les guerres étaient heureuses, sauf à toujours finir trop tôt?


Réveillez-vous! Sortez de ce lit de mémoire trop doux pour vous! Et ce ballon fatigué, peut-on le regonfler, pour s'en aller dans les champs taper dedans encore, avec la ferveur des rêveurs?


Voici que le soleil se montre par la fenêtre entr'ouverte et que son or se reflète un instant à ma montre.


Ô grain qui n'a jamais levé, moi qui suis enfant de ta balle, je viens rendre visite aux survivants, aux rescapés, à ces objets qui furent animés par la seule joie d'un enfant, qui furent tenus en triomphe au bout de ses bras. Ils sont encore là, delà ou deci, ici même où le vent en furie de la vie les a poussés, le balai, ou la main de l'oubli.


Je viens les médailler d'or, à mon tour, comme le fit l'astre un instant plus tôt sur ma peau. Et face à ce miroir dans le tain duquel s'éteignent un à un les reflets de la grâce, je me dis que la vie consiste seulement en l'art subtil de remettre tout bonnement en confiance à demain ce qu'on aurait pu faire aujourd'hui. Sur le front nous nous tenons encore debout à défendre des frontières inconnues, avant de connaître le sac de toile où se croiseront les inconnus et les étoiles.


Remue bien le fond de l'encrier de ton vieux pupitre, toi qui éteins la lampe et descends prudemment l'échelle : il doit s'y trouver encore une goutte de sang, juste de quoi écrire une lettre à mettre en bouteille, qu'on jetterait dans le ciel d'une belle et profonde nuit d'été, afin que seul le silence nous réponde et qu'on en ait l'ivresse.

2 commentaires

Bifane · le samedi 20 mai 2006 à 18:46

Une bien belle façon de le dire, ce cheminement solitaire dans les limbes du souvenir. C'est à la fois poétique et porteur d'une philosophie humble et sage. Mais que de pas nous faisons quelquefois sur les chemins du passé, avant d'en admettre l'irrémédiable perte, et combien longue est la route encore, avant d'apprendre qu'il en est resté pourtant quelque chose en nous qui ne mourra jamais... Ton texte est très beau, il a quelque chose qui entraîne irrésistiblement le lecteur, et qui le porte, au travers de tes yeux, jusqu'à ses propres regards peut-être. J'ai beaucoup aimé...

paulette · le jeudi 6 juillet 2006 à 20:43

il est magnifique , très beau. amitiés. Paulette

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