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Un jour de pluie.

Le lundi 1 décembre 2014 à 22:12, posté par Argentalet · 363 lectures

Un jardin public, en Novembre. Un fin crachin tombait en silence. Les grands arbres faisaient une masse sombre. Une saute de vent parfois arrachait leurs dernières feuilles. En touchant le sol, elles faisaient un petit bruit mouillé, et c'était tout.
Assise sur un banc près de l'étang aux canards, la silhouette noire d'une femme immobile. Que pouvait-elle bien faire là? Je contournai lentement la pièce d'eau tout en continuant de l'observer. Sa canne posée sur les genoux, elle semblait prostrée, les coudes enfoncés entre les cuisses et la tête appuyée dans les mains. Sentait-elle seulement l'humidité qui devait à coup sûr traverser sa longue robe?
Mais en m'approchant, je m'aperçus que je faisais erreur: ce n'était pas une femme, mais un prêtre en soutane! Ces gens-là me gênent toujours un peu, n'arrivant pas à comprendre pourquoi ils ont décidé de continuer de porter cette tenue alors que tant de choses ont changé dans la société et même dans l’Église. Arrivé à sa hauteur, je m'arrêtai pourtant. Il leva alors son regard vers moi et je vis un triste visage inondé de larmes. Il me dit: Je suis un homme perdu, car je ne crois plus! Toute ma vie s'est construite dans la foi en Dieu, et aujourd'hui, sans qu'il se soit rien passé d'extraordinaire, je sais que tout s'écroule en moi. Mais vous, comment faites-vous?.
Interloqué, je ne sus quoi répondre sur le moment: je me promenais simplement en écoutant tomber le crachin sur les feuilles mortes, me réjouissais de cette paix, et voila qu'il fallait parler de Dieu! Il se leva brusquement, prit mon bras et, s'appuyant sur sa canne, il dit: Voulez-vous que nous marchions un peu ensemble?. Je n'étais pas pressé et, curieusement, je sentais que je pouvais apporter un peu de réconfort à cet homme.
À mon tour, je pris la parole: Vous voyez, je ne crois pas en Dieu et pourtant il me semble que je vis sereinement: je me réjouis de la pluie qui tombe, d'un oiseau qui s'envole, d'un enfant qui joue, d'un ami que je réconforte. L'instant compte plus pour moi que demain, et je regarde hier s'en aller. Il n'a pas besoin de moi, je n'ai pas besoin de lui. Je n'ai pas besoin d'un dieu pour guider mes pas. Ma seule voie est d'aimer la vie.
Il s'arrêta et lâcha mon bras. Puis, en tournant les talons, il souffla: Merci!. Je le regardai un instant s'éloigner d'un pas presque léger. Sa canne semblait devenue inutile.
La pluie avait cessé...
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13 commentaires

bluegirl · le lundi 1 décembre 2014 à 22:39

Très beau texte spirituel et humain, (même s'il n'ébranle pas ma foi en Dieu).
amitiés poétiques, Lola.

Argentalet · le lundi 1 décembre 2014 à 22:44

bluegirl: ce n'était pas le but. Juste dire comment je vois la chose...

Guy · le lundi 1 décembre 2014 à 23:32

Belle allégorie cette canne !
Il était sans doute possible de développer plus longuement pourquoi le prêtre avait ce besoin de Dieu et comment le narrateur s'en passait si bien, mais j'ai apprécié ce texte sous cette forme directe.
Amicalement

Argentalet · le mardi 2 décembre 2014 à 08:05

Merci Guy. Je sais que ce texte est incomplet. Disons que c'est un premier jet déjà retravaillé que je donne "en pâture".
Me sentant incapable de dire pourquoi on croit en Dieu (l'allégorie de la canne étant à mes yeux suffisante: Dieu n'est qu'une canne pour aider ceux qui en ont besoin...), je vais plutôt repenser la fin, que je trouve un peu sèche (malgré la bruine...).
Bonne journée, et merci encore.

euphonie0 · le mardi 2 décembre 2014 à 13:52

Bonjour Argentalet
Merci
Marie

Argentalet · le mardi 2 décembre 2014 à 16:48

euphonie0: mais de rien, ma chère!

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mardi 2 décembre 2014 à 17:41

Un très beau texte, cher Aegentalet, émouvant et vrai et surtout pas blasphématoire. Car je lui trouve une dimension très humaine. Et l'Homme ne sera jamais qu'une pauvre créature. Mais s'il aime la vie, il respecte ce qu'il y a de plus sacré. Et la vie c'est la Nature, ses créatures. Dieu ? Les membres de la Royal Society, au XVII° clôturaient leurs travaux par cette phrase, en apparence étrange, que j'essaierai de traduire le mieux : "...au nom de Dieu, "origine inconnue des mondes" ! A méditer, cet infini Mystère.
Sur la forme, je me félicite de voir que tu as eu la bonne initiative de publier ici un texte en prose. Merci. Mespoemes.net est un espace ouvert à toutes les écritures, tant que le respect est présent. Ici, cette prose sonne comme un poème. Car l'âme de chaque mot est l'essentiel. La beauté de l'Idée est ce compte. La forme n'est qu'un bel écrin, différent. Merci pour ce partage et les réflexions qu'il inspire. Je suis personnellement heureux que tu aies rejoint notre petite communauté de poètes. Amitiés. Philip.

Argentalet · le mardi 2 décembre 2014 à 21:12

Philip de Berg: voila un vrai beau commentaire: le fond, la forme, une 'tite citation et une opinion personnelle. Je ne savais pas si mon texte avait une place dans ce site car j'y vois peu de prose. Mais il est vrai aussi que la poésie est le moteur de mon écriture.

domidom · le mardi 2 décembre 2014 à 22:05

J'aime bien....
(Dieu n'est qu'une cane pour aider ceux qui en ont besoin)...
Comme ceci est bien dit....
Une idée de la croyance vraiment bien rédigée, l'homme à besoin de s'appuyer sur une épaule solide pour avancer dans la vie, quand tout va mal, il choisit Dieu...
Pour l'homme, Dieu est une force invincible, qui pour beaucoup, demeure un guide invisible et précieux....
J'ai adoré ce texte...
Amicalement, Domie...

Argentalet · le lundi 8 décembre 2014 à 14:36

Merci Domie pour cet enthousiasme.

Micheline 1940 · le samedi 20 décembre 2014 à 19:34

J'ai été prise par ce texte, et son sens m'a pénétrée de façon saisissante ... J'ai également apprécié sa forme, et regretté que cette pièce fut si courte ! On ne se lasse pas des bonnes choses ...
Amicalement,
Micheline.

Lucille · le samedi 14 février 2015 à 15:55

J'étais passé à côté de cette excellente réflexion. Croire ou ne pas croire ne me semble pas le problème sur lequel nous devrions nous pencher. Ne pas croire en Dieu, c'est déjà croire en quelque chose... Et l'homme qui dit ne croire en rien aussi. Toi, selon ton texte, tu crois à la Nature, à l'oiseau qui s'envole et à l'enfant qui court mais la question qui se pose est : Qui ou qu'est-ce qui est à l'origine de tout ça? C'est humain de chercher la réponse...

Argentalet · le samedi 14 février 2015 à 21:44

Lucille: "la question qui se pose est: qui ou qu'est-ce qui est à l'origine". Eh bien non, je ne pense pas que la question SE pose, comme un cheveu sur la soupe. La question ne vient pas d'elle-même: c'est l'homme qui invente la question, et plus encore la ou les réponses. L'homme en général "aime" se compliquer la vie à tout vouloir décortiquer, savoir le pourquoi du comment et passe bien souvent à côté de la vie spontanée qui est en lui.

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