Un jour de pluie.
Un jardin public, en Novembre. Un fin crachin tombait en silence. Les grands arbres faisaient une masse sombre. Une saute de vent parfois arrachait leurs dernières feuilles. En touchant le sol, elles faisaient un petit bruit mouillé, et c'était tout.
Assise sur un banc près de l'étang aux canards, la silhouette noire d'une femme immobile. Que pouvait-elle bien faire là? Je contournai lentement la pièce d'eau tout en continuant de l'observer. Sa canne posée sur les genoux, elle semblait prostrée, les coudes enfoncés entre les cuisses et la tête appuyée dans les mains. Sentait-elle seulement l'humidité qui devait à coup sûr traverser sa longue robe?
Mais en m'approchant, je m'aperçus que je faisais erreur: ce n'était pas une femme, mais un prêtre en soutane! Ces gens-là me gênent toujours un peu, n'arrivant pas à comprendre pourquoi ils ont décidé de continuer de porter cette tenue alors que tant de choses ont changé dans la société et même dans l’Église. Arrivé à sa hauteur, je m'arrêtai pourtant. Il leva alors son regard vers moi et je vis un triste visage inondé de larmes. Il me dit: Je suis un homme perdu, car je ne crois plus! Toute ma vie s'est construite dans la foi en Dieu, et aujourd'hui, sans qu'il se soit rien passé d'extraordinaire, je sais que tout s'écroule en moi. Mais vous, comment faites-vous?.
Interloqué, je ne sus quoi répondre sur le moment: je me promenais simplement en écoutant tomber le crachin sur les feuilles mortes, me réjouissais de cette paix, et voila qu'il fallait parler de Dieu! Il se leva brusquement, prit mon bras et, s'appuyant sur sa canne, il dit: Voulez-vous que nous marchions un peu ensemble?. Je n'étais pas pressé et, curieusement, je sentais que je pouvais apporter un peu de réconfort à cet homme.
À mon tour, je pris la parole: Vous voyez, je ne crois pas en Dieu et pourtant il me semble que je vis sereinement: je me réjouis de la pluie qui tombe, d'un oiseau qui s'envole, d'un enfant qui joue, d'un ami que je réconforte. L'instant compte plus pour moi que demain, et je regarde hier s'en aller. Il n'a pas besoin de moi, je n'ai pas besoin de lui. Je n'ai pas besoin d'un dieu pour guider mes pas. Ma seule voie est d'aimer la vie.
Il s'arrêta et lâcha mon bras. Puis, en tournant les talons, il souffla: Merci!. Je le regardai un instant s'éloigner d'un pas presque léger. Sa canne semblait devenue inutile.
La pluie avait cessé...
Assise sur un banc près de l'étang aux canards, la silhouette noire d'une femme immobile. Que pouvait-elle bien faire là? Je contournai lentement la pièce d'eau tout en continuant de l'observer. Sa canne posée sur les genoux, elle semblait prostrée, les coudes enfoncés entre les cuisses et la tête appuyée dans les mains. Sentait-elle seulement l'humidité qui devait à coup sûr traverser sa longue robe?
Mais en m'approchant, je m'aperçus que je faisais erreur: ce n'était pas une femme, mais un prêtre en soutane! Ces gens-là me gênent toujours un peu, n'arrivant pas à comprendre pourquoi ils ont décidé de continuer de porter cette tenue alors que tant de choses ont changé dans la société et même dans l’Église. Arrivé à sa hauteur, je m'arrêtai pourtant. Il leva alors son regard vers moi et je vis un triste visage inondé de larmes. Il me dit: Je suis un homme perdu, car je ne crois plus! Toute ma vie s'est construite dans la foi en Dieu, et aujourd'hui, sans qu'il se soit rien passé d'extraordinaire, je sais que tout s'écroule en moi. Mais vous, comment faites-vous?.
Interloqué, je ne sus quoi répondre sur le moment: je me promenais simplement en écoutant tomber le crachin sur les feuilles mortes, me réjouissais de cette paix, et voila qu'il fallait parler de Dieu! Il se leva brusquement, prit mon bras et, s'appuyant sur sa canne, il dit: Voulez-vous que nous marchions un peu ensemble?. Je n'étais pas pressé et, curieusement, je sentais que je pouvais apporter un peu de réconfort à cet homme.
À mon tour, je pris la parole: Vous voyez, je ne crois pas en Dieu et pourtant il me semble que je vis sereinement: je me réjouis de la pluie qui tombe, d'un oiseau qui s'envole, d'un enfant qui joue, d'un ami que je réconforte. L'instant compte plus pour moi que demain, et je regarde hier s'en aller. Il n'a pas besoin de moi, je n'ai pas besoin de lui. Je n'ai pas besoin d'un dieu pour guider mes pas. Ma seule voie est d'aimer la vie.
Il s'arrêta et lâcha mon bras. Puis, en tournant les talons, il souffla: Merci!. Je le regardai un instant s'éloigner d'un pas presque léger. Sa canne semblait devenue inutile.
La pluie avait cessé...
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13 commentaires
bluegirl · le lundi 1 décembre 2014 à 22:39
amitiés poétiques, Lola.
Argentalet · le lundi 1 décembre 2014 à 22:44
Guy · le lundi 1 décembre 2014 à 23:32
Il était sans doute possible de développer plus longuement pourquoi le prêtre avait ce besoin de Dieu et comment le narrateur s'en passait si bien, mais j'ai apprécié ce texte sous cette forme directe.
Amicalement
Argentalet · le mardi 2 décembre 2014 à 08:05
Me sentant incapable de dire pourquoi on croit en Dieu (l'allégorie de la canne étant à mes yeux suffisante: Dieu n'est qu'une canne pour aider ceux qui en ont besoin...), je vais plutôt repenser la fin, que je trouve un peu sèche (malgré la bruine...).
Bonne journée, et merci encore.
euphonie0 · le mardi 2 décembre 2014 à 13:52
Merci
Marie
Argentalet · le mardi 2 décembre 2014 à 16:48
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mardi 2 décembre 2014 à 17:41
Sur la forme, je me félicite de voir que tu as eu la bonne initiative de publier ici un texte en prose. Merci. Mespoemes.net est un espace ouvert à toutes les écritures, tant que le respect est présent. Ici, cette prose sonne comme un poème. Car l'âme de chaque mot est l'essentiel. La beauté de l'Idée est ce compte. La forme n'est qu'un bel écrin, différent. Merci pour ce partage et les réflexions qu'il inspire. Je suis personnellement heureux que tu aies rejoint notre petite communauté de poètes. Amitiés. Philip.
Argentalet · le mardi 2 décembre 2014 à 21:12
domidom · le mardi 2 décembre 2014 à 22:05
(Dieu n'est qu'une cane pour aider ceux qui en ont besoin)...
Comme ceci est bien dit....
Une idée de la croyance vraiment bien rédigée, l'homme à besoin de s'appuyer sur une épaule solide pour avancer dans la vie, quand tout va mal, il choisit Dieu...
Pour l'homme, Dieu est une force invincible, qui pour beaucoup, demeure un guide invisible et précieux....
J'ai adoré ce texte...
Amicalement, Domie...
Argentalet · le lundi 8 décembre 2014 à 14:36
Micheline 1940 · le samedi 20 décembre 2014 à 19:34
Amicalement,
Micheline.
Lucille · le samedi 14 février 2015 à 15:55
Argentalet · le samedi 14 février 2015 à 21:44
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