La belle hôtesse.
La belle hôtesse:
Le silence était parfait.
Par la large baie vitrée, je voyais la piste et une manche à air. Le vent soufflait à peine. Quelques petits nuages blancs se promenaient dans un ciel pur. Avril était vraiment très beau cette année-là. Un grand nombre de primevères égayaient le vert intense de l'herbe. Un peu plus loin, toutes portes ouvertes, un hangar où l'on voyait des outils bien rangés, des fûts de lubrifiant et une citerne de carburant. Pas âme qui vive.
La banquette passablement crasseuse et craquelée sur laquelle j'attendais poussait d'étranges gémissements chaque fois que je bougeais. Une mouche avait réussi à pénétrer par le courant d'air d'une porte un peu voilée. Je l'ouvrai en grand et, à l'aide de mon journal, je la remis dehors. C'est alors que je pris conscience de l'absurdité de la situation: pourquoi m'avait-elle dit de venir la rejoindre ici? C'est loin de Paris, c'est vide, c'est désert, mais curieusement pour moi qui n'aime pas la campagne en général, si apaisant: des alouettes chantaient, des brebis appelaient par moments leurs petits. C'était finalement plutôt charmant. On se connaissait depuis quelque temps et j'avais déjà observé plusieurs fois déjà chez elle des décisions pour le moins surprenantes, mais qui à la fin s'avéraient toujours judicieuses.
Je refermai la porte et me rassis. J'étais sur le point de m'assoupir lorsque quelqu'un entra. C'était un homme en costume de pilote de ligne (je ne pus réprimer un léger sourire), la cinquantaine grisonnante. Il me dévisagea longuement avant de prendre la parole. Vous attendez mademoiselle M.? Je viens d'avoir un contact radio: elle devrait être là dans moins de cinq minutes. Je suis venu à pied, car la maison de mes amis se trouve juste derrière l'aérodrome. J'aimais la simplicité avec laquelle il s'exprimait, mais j'étais presque déçu de devoir quitter bientôt ce cadre si bucolique.Soudain on entendit le ronron d'un petit Piper qui s'approchait. L'appareil fit un survol de reconnaissance et se posa tout en douceur. J'aperçus M. dans le cockpit qui griffonnait quelques notes sur le carnet de bord et, tout sourire, elle sauta de l'avion. et courut vers le "capitaine". Je ne l'avais encore jamais vue aussi belle dans son habit d'hôtesse. Bonjour P'pa! De grosses bises claquèrent sur les joues, puis, se retournant vers moi: je te présente Papa -Patrick en vérité, mais c'est resté depuis que je suis gamine-. Il repart tout de suite pour Orly car il a un vol dans un peu plus de trois heures. Puis revenant à son père: tu n'oublies pas de refaire le plein et, joyeuse, volubile et imprévisible, elle ajouta: je te présente F.; on va vivre ensemble!... J'étais décontenancé: on l'avait tout juste évoqué un soir où on était quelque peu éméchés, et je n'avais jamais entendu pareille phrase prononcée avec autant de désinvolture, de candeur et d'aplomb. Je fis quand même un petit sourire comme pour dire que ce projet était mûrement réfléchi et mon cœur n'était pas loin d'éclater de bonheur.
Voilà, c'est comme ça que ça s'est passé... il y a vingt ans...
Mais je suis aujourd'hui sur un banc à Orly.
À regarder voler des avions bien plus grands
Qui ne me rendront pas ma jolie ingénue
Partie un jour là-bas vers des eaux inconnues
Et ne revint jamais du fond de l'océan.
Ce soir je rentrerai; j'aurai froid dans mon lit.
Le silence était parfait.
Par la large baie vitrée, je voyais la piste et une manche à air. Le vent soufflait à peine. Quelques petits nuages blancs se promenaient dans un ciel pur. Avril était vraiment très beau cette année-là. Un grand nombre de primevères égayaient le vert intense de l'herbe. Un peu plus loin, toutes portes ouvertes, un hangar où l'on voyait des outils bien rangés, des fûts de lubrifiant et une citerne de carburant. Pas âme qui vive.
La banquette passablement crasseuse et craquelée sur laquelle j'attendais poussait d'étranges gémissements chaque fois que je bougeais. Une mouche avait réussi à pénétrer par le courant d'air d'une porte un peu voilée. Je l'ouvrai en grand et, à l'aide de mon journal, je la remis dehors. C'est alors que je pris conscience de l'absurdité de la situation: pourquoi m'avait-elle dit de venir la rejoindre ici? C'est loin de Paris, c'est vide, c'est désert, mais curieusement pour moi qui n'aime pas la campagne en général, si apaisant: des alouettes chantaient, des brebis appelaient par moments leurs petits. C'était finalement plutôt charmant. On se connaissait depuis quelque temps et j'avais déjà observé plusieurs fois déjà chez elle des décisions pour le moins surprenantes, mais qui à la fin s'avéraient toujours judicieuses.
Je refermai la porte et me rassis. J'étais sur le point de m'assoupir lorsque quelqu'un entra. C'était un homme en costume de pilote de ligne (je ne pus réprimer un léger sourire), la cinquantaine grisonnante. Il me dévisagea longuement avant de prendre la parole. Vous attendez mademoiselle M.? Je viens d'avoir un contact radio: elle devrait être là dans moins de cinq minutes. Je suis venu à pied, car la maison de mes amis se trouve juste derrière l'aérodrome. J'aimais la simplicité avec laquelle il s'exprimait, mais j'étais presque déçu de devoir quitter bientôt ce cadre si bucolique.Soudain on entendit le ronron d'un petit Piper qui s'approchait. L'appareil fit un survol de reconnaissance et se posa tout en douceur. J'aperçus M. dans le cockpit qui griffonnait quelques notes sur le carnet de bord et, tout sourire, elle sauta de l'avion. et courut vers le "capitaine". Je ne l'avais encore jamais vue aussi belle dans son habit d'hôtesse. Bonjour P'pa! De grosses bises claquèrent sur les joues, puis, se retournant vers moi: je te présente Papa -Patrick en vérité, mais c'est resté depuis que je suis gamine-. Il repart tout de suite pour Orly car il a un vol dans un peu plus de trois heures. Puis revenant à son père: tu n'oublies pas de refaire le plein et, joyeuse, volubile et imprévisible, elle ajouta: je te présente F.; on va vivre ensemble!... J'étais décontenancé: on l'avait tout juste évoqué un soir où on était quelque peu éméchés, et je n'avais jamais entendu pareille phrase prononcée avec autant de désinvolture, de candeur et d'aplomb. Je fis quand même un petit sourire comme pour dire que ce projet était mûrement réfléchi et mon cœur n'était pas loin d'éclater de bonheur.
Voilà, c'est comme ça que ça s'est passé... il y a vingt ans...
Mais je suis aujourd'hui sur un banc à Orly.
À regarder voler des avions bien plus grands
Qui ne me rendront pas ma jolie ingénue
Partie un jour là-bas vers des eaux inconnues
Et ne revint jamais du fond de l'océan.
Ce soir je rentrerai; j'aurai froid dans mon lit.
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6 commentaires
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 11 février 2015 à 18:17
domidom · le jeudi 12 février 2015 à 21:08
Les conclusions que j'en ai tiré ne sont peut-être pas les bonnes, alors, je vais m'abstenir dans ma réflexion.....
Peut-être qu'il y aura une suite...
Au plaisir de te lire....
Domie...
Argentalet · le jeudi 12 février 2015 à 22:29
Argentalet · le jeudi 12 février 2015 à 22:33
Lucille · le samedi 14 février 2015 à 15:43
Argentalet · le samedi 14 février 2015 à 21:48
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