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Chemin de vie

Je me sentais beaucoup mieux lorsqu’elle me dit...

Le dimanche 17 mai 2015 à 16:02, posté par benadel · 408 lectures

Suis-je trop vieux pour te dire : « Je t’aime » ?
Moi, l’ancien, suis-je frappé d’anathème ?
N’ai-je plus le droit d’être spontané ?
A mon grand âge suis-je condamné
A vivre l’amour par procuration
A travers un roman, une fiction ?
Pourtant mon cœur encense les ardeurs,
Fais-je preuve d’une grande candeur
En croyant qu’avec ma tête chenue
J’obtiendrais les faveurs de l’ingénue ?
Criai-je à tue-tête
Après une défaite ;
J’essuyais de longue date
Des vexantes rebuffades
De la part de jeunes femmes enchanteresses,
Elles me disaient : « Ton âge nous agresse ! »
C’est alors qu’une nymphe vêtue d’un fourreau
M’interrompit, elle avait de beaux carreaux
Et faisait partie de la foule des curieux
Attirés par mes propos irrévérencieux ;
J’avais perdu toute éloquence
Devant cette troublante présence,
Les attraits de cette femme
Faisaient revivre mas flamme ;
Brusquement, elle se tourna vers moi,
Me scruta avec un sourire narquois
Et me dit sur un ton désinvolte :
« Vieillard dépité, tu te révoltes ;
Tu peux pleurer, homme éconduit,
Car le poids des années t’ont réduit
Au statut d’amant suranné,
Au rang des soupirants malmenés ;
Tu te crois encore ardent, fringant,
Avec ta perruque à catogan ;
Tu as remodelé ta plastique
Mais tu n’es qu’un pauvre pathétique
Car certaines rides t’enlacent
Et te remettent à ta place ;
Tu as beau courir les courtisanes,
La passion est grande partisane
Des apollons, des adonis
Ayant des formes séductrices ;
Cesse tout de suite de jouer les gugusses,
Tu n’as plus l’âge de lutiner les vénus.
Quand tu ne t’attaches point aux atours,
L’amour se découvre aux alentours.
L’amitié n’a pas besoin d’un beau corps
Pour prendre un prodigieux, bel essor.

Son discours plein de bon sens
Me mit en effervescence ;
Mon visage devenait fort cramoisi,
J’avais très honte qu’elle m’avait choisi
Pour déverser ces propos satiriques ;
Elle ajouta : « Cesse d’être lubrique,
Sache, que les plus belles créations
Mettent en sourdine les frustrations ;
Imagine, combine, met en œuvre
Et tu n’avaleras plus de couleuvres ».

Je me sentais beaucoup mieux
Lorsqu’elle me dit : « Adieu ! »
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