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Chemin de vie

Conte

Le mercredi 13 avril 2016 à 08:05, posté par benadel · 417 lectures

« Je suis un enfant né
De regards langoureux
Qui se sont transformés
En flamme instantanée.
Mes parents amoureux,
Un soir, se sont aimés.

Aux amours des bergers,
Une graine a fleuri ;
J’ai fini par éclore.
Dans mes yeux ravagés,
Leur amour s’est flétri ;
Mon regard le déplore.

J’étais l’incarnation
De leurs beaux sentiments ;
Le ciel a mutilé
Le fruit de leur passion.
Les pleurs de deux amants,
Sous le ciel étoilé,

Rend la nuit térébrante.
Mon regard inutile
Teint l’amour des parents
En ombre déchirante,
En détresse infantile.
L’injustice me prend

Et me jette en pâture
Aux attendrissements
Des hommes bien-pensants ;
Leurs regards me triturent ;
J’imagine aisément
Leurs coups d’œil indécents.

J’ai versé tant de larmes
Sur leur amour sculpté
Dans un corps déficient
Que ma cécité s’arme
De rancœur hébétée.
Moi, l’infirme, impatient

D’entrevoir le trépas,
J’engloutis le bonheur
Dans un destin cynique
Et je suis pas à pas
La mort qui fait honneur
A mon malheur inique. »

L'ANGE LUI REPOND :

« Enfant, tu es né de nobles inclinations.
Leurs prunelles lascives se sont caressées,
Leurs sourires charnels se sont embrassés,
Dans l’alcôve ils se sont adorés,
Dans les plumes de l’amour, ils se sont oubliés,
Ensemble, ils t’ont désiré.
Leur passion t’a germé.

A l’aube de tes six soleils,
Tes deux étoiles se sont couchées,
Et ton regard s’est égaré
Dans les profondeurs de la nuit éternelle ;
Ta vision nous est inaccessible.
Tes parents gémissent par sanglots réguliers ;
Le malheur de leur enfant est bien singulier.

Ô destin, tu as souillé leurs entrailles ;
La fange obscure lui voile le merveilleux ;
L’empyrée ocre n’éblouit plus ses yeux.
Sa main devient blanche
Lorsqu’aucun ne le prend par la manche.
Flanqué d’un troisième pied, l‘ennui va l’épier ;
Le sol sert d’appât pour son moindre faux-pas.
Le regard d’autrui s’étend sur le mauvais sort ;
Il se vautre dans la fierté maligne.
Seule la mort pourra consoler l’enfant.
Les yeux en poussière percevront alors l’ombre
Appartenant à tous les trépassés ;
A la nuit du tombeau, ils seront tous égaux.

Honte à toi, destin maléfique,
Tu as perverti l’acte amoureux ;
La passion nubile enflammait la mère,
L’amour pubère embrasait le père,
Las, les orbites assombries singent l’hymen.

Enfant, je suis ton ange et je pleure avec toi.
Mes larmes coulent dans la froide obscurité.
Je gèle d’effroi dans ta noire solitude.
Puissé-je me durcir comme un diamant,
Et scintiller dans la glaciale injustice.

Comme l’étoile brillant dans l’indifférence,
Dans la froideur je pleure ta souffrance. »
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