Musique d' Orage

Les rouages de la clepsydre tournent. Une aiguille frémit. Clic.
La chambre est plongée dans la pénombre. Seuls brillent au cœur des panneaux laqués qui cerclent la pièce les yeux fauves des hérons immobiles dans leur envol. Les meubles se sont tus et attendent dans l’obscurité, impassibles, en pierres tombales ou bouffons assommés d’ivresse. Pour seul bruit, le murmure discret, presque étouffé, du ruisseau de l’horloge aquatique, couvert de temps à autre par le grondement lointain de l’orage. Les traits électriques qui allument l’horizon jettent des éclats blafards sur les appartements squelettiques ; les ombres reculent alors, effarouchées, puis s’enhardissent et reviennent lentement se coucher sur leur héritage.
Assise sur un banc de soie, sa chevelure croisée en une courte natte, elle place ses doigts sur les cordes de la cithare, prend une longue inspiration, et relâche son souffle avec les notes.
Quelques gouttes de musique tombent à travers le vide et ricochent au sol telles les perles d’un collier défait. Puis la mélodie prend son essor sur le dos des hérons, les notes glissent sur leurs plumes. Elles sautent de mur en mur, et effacent le silence. Elles brillent au creux de l’éclair, et effacent les ombres. Elles couvrent les battements du cœur, ensevelissent le faible cliquètement de la clepsydre, et effacent le temps.
Ainsi quand frissonnent les mondes aux courants d’air fous sur la poussière, quand l’éclair autrefois divin ne salue plus qu’un fragment de ce qu'on croyait vouloir palpable, immuable, mais qu’on est aujourd’hui soulagé de léguer aux ombres, le seul pont de foudre encore à même d’être tendu entre terre et ciel, si tant est que l’un ou l’autre existent, est la musique que l'on met dans les choses.
Janvier 2010 - Lun 19 Juillet 2010
La chambre est plongée dans la pénombre. Seuls brillent au cœur des panneaux laqués qui cerclent la pièce les yeux fauves des hérons immobiles dans leur envol. Les meubles se sont tus et attendent dans l’obscurité, impassibles, en pierres tombales ou bouffons assommés d’ivresse. Pour seul bruit, le murmure discret, presque étouffé, du ruisseau de l’horloge aquatique, couvert de temps à autre par le grondement lointain de l’orage. Les traits électriques qui allument l’horizon jettent des éclats blafards sur les appartements squelettiques ; les ombres reculent alors, effarouchées, puis s’enhardissent et reviennent lentement se coucher sur leur héritage.
Assise sur un banc de soie, sa chevelure croisée en une courte natte, elle place ses doigts sur les cordes de la cithare, prend une longue inspiration, et relâche son souffle avec les notes.
Quelques gouttes de musique tombent à travers le vide et ricochent au sol telles les perles d’un collier défait. Puis la mélodie prend son essor sur le dos des hérons, les notes glissent sur leurs plumes. Elles sautent de mur en mur, et effacent le silence. Elles brillent au creux de l’éclair, et effacent les ombres. Elles couvrent les battements du cœur, ensevelissent le faible cliquètement de la clepsydre, et effacent le temps.
Ainsi quand frissonnent les mondes aux courants d’air fous sur la poussière, quand l’éclair autrefois divin ne salue plus qu’un fragment de ce qu'on croyait vouloir palpable, immuable, mais qu’on est aujourd’hui soulagé de léguer aux ombres, le seul pont de foudre encore à même d’être tendu entre terre et ciel, si tant est que l’un ou l’autre existent, est la musique que l'on met dans les choses.
Janvier 2010 - Lun 19 Juillet 2010
13 commentaires
dagolaborel · le lundi 19 juillet 2010 à 20:09
http://www.mespoemes.net/dagolaborel
Ivydall · le lundi 19 juillet 2010 à 20:27
estrella28 · le lundi 19 juillet 2010 à 22:51
http://www.mespoemes.net/estrella28
yaya40 · le mercredi 21 juillet 2010 à 17:24
Amitiés
José · le jeudi 22 juillet 2010 à 14:26
Loïc · le vendredi 23 juillet 2010 à 02:55
Dago : je pense que quoi qu'il reste encore debout autour de nous, la musique est ce qui relie encore tout. Mélancolique ou puissante... (je pensais à "uplifting", mais le mot français ne me vient pas.)
Ivy : Relentlessly.
Evelyne : Comment ça "presque envie" ??? :-)
Yaya et José : Au départ, je visais le noir et blanc total pour le premier paragraphe (fait) mais aussi l'absence de bruit, pour ensuite lier la musique à chaque élément. Mais pendant un orage, l'ambiance voulait que...
La photo tirée d'Internet était en couleurs. Je l'ai mise en noir et blanc (pour le 1er paragraphe) et retouché le contraste (pour les éclairs). Pas trouvé de photo satisfaisante de mains sur une cithare.
Amitiés
Libelle/Calibellule · le vendredi 23 juillet 2010 à 10:41
Un pur moment de bonheur, comme je les aime. Merci à toi, Loïc !
imparfaitlibre · le jeudi 9 septembre 2010 à 18:19
Justement, à propos de "pièce" dommage de retrouver ce mot deux fois à si peu d'intervalle.
Je me venge....... rire
Amitiés sincères.
http://www.mespoemes.net/imparfaitlibre
Loïc · le jeudi 9 septembre 2010 à 18:21
C'est rectifié !
Amitiés
amapoesia · le lundi 27 septembre 2010 à 19:27
je m'emporte, mais c'est l'un de mes personnages préférés.
http://www.mespoemes.net/silice
Loïc · le mardi 28 septembre 2010 à 12:36
En passant, je trouve intéressant que tu préfères Ylles : ce n'est pas mon personnage favori, même si je les ai tous soignés, mais c'est le premier à avoir pris vie en 2002, avant même que je commence le roman en 2004. J'avais programmé un jeu-texte (aventure interactive) dans lequel on la rencontrait comme fantôme hantant les ruines d'une vaste bibliothèque (eh oui, le Scriptorium aussi était en gestation).
Tu la retrouveras dans ce rôle quand tu liras la partie 1 !
Amitiés
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http://www.mespoemes.net/cellox
bluegirl · le dimanche 14 juillet 2013 à 02:59
Aaaah, "les meubles se sont tus et attendent dans l'osbcurité..." est un très bon début.
Super style dans la dernière strophe aussi, dommage la phrase est un peu longue!
J'ai écouté un concert classique en live récemment, et la harpe avait une grande place (ce qui est assez rare).
Je trouve que ce lien entre musique d'orage et harpe est vraiment bien trouvé!
Perles de musique et de mots, tout s'accorde avec l'illustration.
Sur ce, je vais dormir...et demain je retourne écouter Chopin aux jardins du Luxembourg.
Bises Loïc.
http://www.mespoemes.net/bluegirl
Loïc · le lundi 15 juillet 2013 à 14:00
Le dernier paragraphe : c'est le seul qui ne soit pas tiré du roman. Il fallait une conclusion philosophique pour que ce post se suffise à lui-même...
La harpe : Euuhh... dans le texte l'instrument est en fait une cythare (genre de guitare donc), mais je n'ai absolument pas réussi à trouver une illustration potable. C'est pourquoi je me suis rabattu sur une harpe.
Bises Lola !
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