Brin D' Herbe

BRIN D’HERBE
Comme s’efface la peinture,
Comme l’espace est trop petit,
Comme on respire un air parti
Pour oublier que rien ne dure,
Comme on se fane entre deux ports,
Et ne voit la vie qu’en ces heures
Qui, de leurs lances intérieures,
Luttaient à réveiller les morts,
L’instant passe sans être né ;
Fleur fade mais fleur tout de même,
Fragile épi d’un présent blême
Tondu par le rêve effréné.
Et ainsi le monde s’enfuit
Sur cent chevaux à la crinière
Brûlant d’une étrange lumière
Dans les étreintes de la nuit ;
Quand les yeux se lèvent encore
Vers le ciel noir et ses lueurs,
Où le navire sans rameurs
Remonte le temps vers l’aurore,
Qu’ils saluent enfin l’un et l’autre
Avec un baiser pour jadis !
Et qu’ils cherchent ce paradis
Dont un gravier peut être apôtre…
Etre éveillé quand le jour point
Et rendre au simple sa superbe ;
Quand les clous et la soie sont loin
On s’allonge sur un brin d’herbe.
Lun 28 Mars - Sam 2 Avril 2011
Comme s’efface la peinture,
Comme l’espace est trop petit,
Comme on respire un air parti
Pour oublier que rien ne dure,
Comme on se fane entre deux ports,
Et ne voit la vie qu’en ces heures
Qui, de leurs lances intérieures,
Luttaient à réveiller les morts,
L’instant passe sans être né ;
Fleur fade mais fleur tout de même,
Fragile épi d’un présent blême
Tondu par le rêve effréné.
Et ainsi le monde s’enfuit
Sur cent chevaux à la crinière
Brûlant d’une étrange lumière
Dans les étreintes de la nuit ;
Quand les yeux se lèvent encore
Vers le ciel noir et ses lueurs,
Où le navire sans rameurs
Remonte le temps vers l’aurore,
Qu’ils saluent enfin l’un et l’autre
Avec un baiser pour jadis !
Et qu’ils cherchent ce paradis
Dont un gravier peut être apôtre…
Etre éveillé quand le jour point
Et rendre au simple sa superbe ;
Quand les clous et la soie sont loin
On s’allonge sur un brin d’herbe.
Lun 28 Mars - Sam 2 Avril 2011
32 commentaires
AFF · le samedi 2 avril 2011 à 16:51
Magnifique texte sur le "temps qui passe et ne revient pas".
Tout est fragile, rien est acquis.
J'ai bien aimé cette double face : "noir/blanc" ou "lumière/obscurité" ou "Espace Temps !
Très bonne réflexion. Quant à la structure rire, que dire !
Félicitation.
Merci pour ce beau rêve.J'aime te lire.
A bientôt
Excellente journée
Amitiés sincères
AFF
claude · le samedi 2 avril 2011 à 21:42
altlivia · le samedi 2 avril 2011 à 22:22
"Et ne voit la vie qu’en ces heures" : ai dû relire pour que ça "coule" comme le reste.
http://www.mespoemes.net/altlivia
imparfaitlibre · le samedi 2 avril 2011 à 22:58
Un beau poème avec de magnifiques métaphores qui passent du triste au beau en gardant une pointe de nostalgie .
Amitié sincère Loïc---
http://www.mespoemes.net/imparfaitlibre
Loïc · le samedi 2 avril 2011 à 23:22
Claude : Toujours intéressante, la perception des gens ! Ce poème est bâclé à sa manière, peut-être pas dans sa technique (quand on a l'habitude, le classique n'est pas si dur que ça), mais dans les transitions entre images ou parties. Pour celui-ci, disons que j'ai passé 4 heures à écrire le premier jet, et presque autant à réorganiser les parties en un texte qui ait une relative cohérence sans perdre l'instinctif (autant dire, 4 heures pour changer une dizaine de mots au bons endroits !). Et je ne suis pas satisfait (je ne suis jamais satisfait) mais au moins il se lit, pas comme le puzzle brouillon de la version initiale.
Quant aux covers de Yes, c'est le surréalisme spatial un peu froid et sans vie de la sci-fi pulp des seventies, repris par leur clone Starcastle d'ailleurs. Je n'ai jamais trouvé que ça correspondait à leurs chansons, souvent des pièces de théatres très vivantes.
Et je finis en précisant au cas où que l'image n'est pas de moi cette fois (j'aimerais bien). Comme sur la plupart de mes poèmes, on peut faire un clic droit dessus et dans "propriétés" voir le nom de l'oeuvre et de l'auteur pour les retrouver sur Internet. Le néo-surréalisme digital est un art à part entière de nos jours.
Sébastien : Tiens, moi c'est sur "Fleur fade mais fleur quand même" que j'accroche. Pourtant il n'y a aucun problème dans ces deux octosyllabes, c'est simplement dû à une perception personnelle du rythme (par exemple, va savoir pourquoi, je suis incapable de lire agréablement des décasyllabes ! Je suis toujours, après des mois et des mois, obligé de compter sur mes doigts pour vérifier... Côté rythme, tout le monde fonctionne différemement).
Imparfait : Waow, tu as Internet ! Bon, tu as tout compris, donc je ne vais pas épiloguer. Juste sur la "nostalgie" : vraiment, je ne suis pas retenu par mon passé, bien que j'en parle volontiers ; je ne sais pas où je vais non plus, parce que c'est impossible ; je flotte... mais je profite du présent. Ce poème est sans doute l'expression de mon état actuel, et forcément j'aurais voulu qu'il soit meilleur. Mais ça va bien comme ça, j'ai passé assez de temps dessus.
Amitiés à vous !
altlivia · le samedi 2 avril 2011 à 23:28
Bref...
Vincent · le dimanche 3 avril 2011 à 09:12
Tout a un début, tout a une fin ! La seule permanence est impermanence des choses !
Tes mots , déjà écrits qu'ils ne sont plus, ou se transforment pour n'être plus de nouveau !
Vincent
http://lesyeuxclos.fr
José · le dimanche 3 avril 2011 à 09:52
Loïc · le dimanche 3 avril 2011 à 11:54
Vincent : Bien sûr, tout est en perpétuel changement, rien ne dure ; même ce qu'on appelle poétiquement "l'amour éternel" ne l'est pas ; pas seulement parce que la mort viendra, mais surtout parce que même en restant avec la même personne, on n'éprouve pas le même amour à la fin qu'au début.
De plus le présent n'existe pas, puisque le temps qu'on le perçoive il appartient déjà au passé. J'ai hésité à inclure dans ce poème quelques vers sur la lumière des étoiles qui met si longtemps à nous parvenir que parfois on regarde des astres qui n'existent déjà plus.
Malgré tout il existe bien quelque chose qu'on appelle l'instant ; une vague zone de passé immédiat mêlée de futur proche qu'on imagine similaire : comme un dimanche ensoleillé ! dont on ne peut profiter pleinement des possibilités s'il est pollué par un passé depuis longtemps révolu.
José : J'espère que l'enthousiasme transparaît plus que le désanchantement ! De nos jours la disparition des choses est quelque chose que j'accepte, et j'essaie de tirer quelque chose de chaque instant, même s'il n'a rien de particulièrement remarquable.
Merci de votre passage !
Amitiés
----
http://www.mespoemes.net/cellox
domidom · le dimanche 3 avril 2011 à 13:44
et petit à petit, comme ce brion d'herbe, on se fane et on disparaît... Moins vite certes, mais ainsi va la vie, c'est pour cela qu'il faut profiter de chaque minute, car ces instants ne reviennent jamais..
Idem en amour, rare sont ceux qui demeurent éternels.
Je dirais comme Claude avec rien, juste un brin d'herbe, l'espace d'un instant tu nous as passé de la lumière à l'obscur, de l'ombre au soleil...
Merveilleux poème mon cher Loïc, avec de belles images, que ton illustration évoque très joliment...
Mes amitiés...Domie...
vesta · le dimanche 3 avril 2011 à 14:41
Loïc · le dimanche 3 avril 2011 à 16:31
Vesta : Ah non, j'ai fini depuis longtemps d'être nostalgique ! Je parle au contraire de ce que la nostalgie (et le rêve) peut avoir d'effets pervers quand ils nous empêchent d'apprécier l'instant.
Amitiés, merci de votre passage !
worrell02 · le dimanche 3 avril 2011 à 16:40
Amitiés
Ivy
http://www.mespoemes.net/worrell02
Agrippa(Thierry Demercastel · le lundi 4 avril 2011 à 15:25
Loïc · le lundi 4 avril 2011 à 16:28
Merci de ton passage !
Thierry : Merci pour ton enthousiasme !
Amitiés à tous deux !
Suncath · le mardi 5 avril 2011 à 19:47
"Etre éveillé comme le jour point" voilà une belle philosophie !
Au plaisir de te lire,
Suncath
Loïc · le mercredi 6 avril 2011 à 01:56
Amitiés, merci de ton passage !
----
http://www.mespoemes.net/cellox
poesie101 · le jeudi 7 avril 2011 à 01:00
Maxime
Loïc · le jeudi 7 avril 2011 à 10:08
fanfan23 · le vendredi 8 avril 2011 à 22:08
http://www.mespoemes.net/fanfan23
Bonjour cher Loïc,
Excellent poème très bien écrit qui résume notre désarroi et ce temps fatidique plein de nostalgie.J'ai beaucoup apprécie et il s'adapte à mon cas.Amitiés.Merci de ce partage. Fanfan23.
fanfan23 · le vendredi 8 avril 2011 à 22:12
http://www.mespoemes.net/fanfan23
Bonsoir mon cher Loïc,
Je suis obligé de vous quitter pour un certain temps.Ma vie se résume entre le trajet de ma maison et mes analyses à l'hôpital.Souffrant depuis quelques années d'une artériopathie chronique qui malheureusement est au dernier stade.Je ne peux plus marcher.....Le 12 avril c'est mon rendez-vous à l'hôpital pour subir une amputation des deux jambes juste au dessous des genoux.La gangrène a commencé à s'installer au niveau de mes orteils.Ce jour là je penserai à vous tous ainsi qu'à AFF , imparfaitlibre, domidom, Rosytta, vincent.C'est le verdict de cette vie; j'ai dû à ma naissance sortir la mauvaise carte.Je voudrai au cours de cette amputation , mourir pour ne pas être et vivre dans ces conditions.Au revoir mes chers amis.Amitiés sincères de votre ami de toujours fanfan23.
Loïc · le vendredi 8 avril 2011 à 22:22
C'est un geste touchant d'avoir pris le temps de faire quelque chose d'aussi dérisoire en ce moment que de commenter un poème, et c'est une preuve d'amitié qui me va au coeur.
Je passe tout de suite sur ton compte.
it'sjustme · le vendredi 13 mai 2011 à 20:45
it'sjustme · le vendredi 13 mai 2011 à 20:53
foliedouce · le lundi 23 mai 2011 à 10:51
foliedouce · le lundi 23 mai 2011 à 10:52
Loïc · le lundi 23 mai 2011 à 18:15
bluegirl, · le jeudi 10 novembre 2011 à 23:39
je reviendrai lire ce poème, butiner l'instant présent.
l'illustration est grandiose, mais justement j'aurais aimé la visionner en grand format, mais serais ce seulement possible?
amistad Loic
Loïc · le vendredi 11 novembre 2011 à 17:10
Pour la photo : http://fc01.deviantart.com/fs33/f/2008/308/0/a/Surreal_World_2008_by_riolcrt.jpg
Bises !
oliverjane1950 · le mardi 21 février 2012 à 11:21
Le dernier vers, "On s’allonge sur un brin d’herbe." me fait penser au titre que le Dalaï Lama a publié : "Cent éléphants sur un brin d'herbe". La métaphore est immense...à l'image du Néant !!!
Bonne journée.
Oliverjane.
http://www.mespoemes.net/oliverjane1950
Loïc · le mardi 21 février 2012 à 12:05
Mais dans le poème, je prenais le présent dans son sens large commun. Un brin d'herbe peut être quelques minutes, une heure ou une journée dont il vaut mieux profiter au lieu de ruminer (jeu de mots non voulu !).
Amitiés.
oliverjane1950 · le mardi 21 février 2012 à 16:54
J’ai donc bien compris le dernier quatrain. Quant au Présent, je ne m’aventurerais pas à philosopher sur le sujet et je défi à quelqu’un de prouver qu’il existe ou qu’il n’existe pas. Il faudrait connaître la nature originelle de la Vie… Tous semble prouver que le Présent s’il existe est très éphémère et ne peut faire parti du temps. Donc, pas de réponse logique. Mais le Présent est peut-être, la Saveur que l’on vit sur ton brin d’herbe… hors de tous soucis, le bien être, l’Amour, le Respect, que sais-je ? Ces Choses là sont hors du temps, non mesurable. J’interpréterais « Cent éléphants sur un brin d’herbe », comme un paradoxe, une chiquenaude à l’ordre établi, à la justice des hommes, à ce qui rend l’Esprit étroit, borné… etc. Que le présent existe ou pas le « bon sens » voudrait que nous soyons tous heureux de vivre Ensemble.
Amicalement.
Oliverjane.
http://www.mespoemes.net/oliverjane1950
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