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Grain de Sel

Petite nouvelle de Giselle

Le vendredi 27 février 2015 à 08:25, posté par Béatrice S. · 368 lectures

Illustration du poème « Petite nouvelle de Giselle »
Ding…ding …dong…les infos de 18 heures présentées par Yvan Charognard….

- L’étrangleur du Ve arrondissement a encore frappé ! Hier soir une septuagénaire a été retrouvée assassinée à son domicile selon le même mode opérat…


Gisèle éteignit sa radio. Toutes ces mauvaises nouvelles ne lui disaient rien qui vaillent.

Elle préféra mettre un disque de Luis Mariano sur sa vieille platine et commença à fredonner en s’affairant dans sa cuisine.

Toute à sa chanson, elle n’entendit pas la porte d’entrée grincer en s’ouvrant…

Le prédateur, à pas de loup, assoiffé, excité, pénétra dans l’appartement de la vieille dame.
En un éclair, il surgit dans la cuisine et plongea immédiatement son regard dans celui de sa future victime.

Il adorait plus que tout faire cela… lire la terreur au fond des prunelles de ces vieilles salopes. Cela lui donnait un sentiment incroyable de toute-puissance.

Mais là, stupeur, il s’arrêta net, se pétrifia…


Car Gisèle était en train de le considérer le plus tranquillement du monde. Paisiblement. Et même avec ... comment dirais-je ? curiosité.

Puis elle dit :

– c’est donc vous ?

– qui moi ?

– ben vous ! L’ange de la mort ! … (silence)…Je découvre enfin votre visage…Je me suis souvent demandé quel visage aurait pour moi la mort … On dit que vous étranglez vos victimes…
Un étranglement ? Ça me va ! A peine 3 minutes et hop ! On est de l’autre côté ! Si vous saviez…j’avais si peur de mourir d’un cancer, j’en ai souffert autrefois… ou pire, devenir grabataire comme cette pauvre madame Sanchez ! Mais auparavant accordez-moi quelques instants …

Sur ce, elle se mit prudemment à genoux, ferma les yeux et commença à prier :

– mes chers enfants, je m’en vais. Sachez que je vous aime et suis si fière de vous. Vous m’avez tant appris, tant comblée. Je vous embrasse.

Merci à toute ma famille, mes amis, mes voisins, anciens collègues, toutes les personnes qui ont fait un petit bout de chemin avec moi dans cette vie. Je vous embrasse…

Merci aussi à tous mes adversaires, rivaux et opposants de toutes sortes de m’avoir fait réfléchir et d’une certaine manière aidée à grandir…je vous salue.

Aux vipères et pestes en tous genres, merci de m’avoir fourni un contre-exemple sur lequel j’ai pu construire certaines de mes valeurs.

Et puis aussi, pardon…pardon à tous ceux que j’ai blessés…inconsciemment, maladroitement, injustement et aussi, j’en ai honte…volontairement parfois je l’avoue…pardon…pardon du fond du cœur !

A présent …mon époux, mon cher et tendre époux, prépares-toi… j’arriiiiive !

Mes chers parents … j’arriiiiive ! Et me réjouis tant de vous étreindre à nouveau…

A Toi, enfin ! Mon Dieu, mon plus fidèle Ami !
J’arrive… je te confie ma vie, je te confie ma mort et suis si heureuse de me fondre à nouveau pleinement en ta Lumière.

À présent Gisèle était prête. Elle rouvrit les yeux…

…sur sa cuisine vide !

– Oh ! le con, il m’a laissée tomber juste avant le grand saut !

Elle se releva péniblement, soupira, et dit :

– bon ! C’est pas l’tout, mais j’ai un dîner à préparer, moi !