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L'Amère et le Doux

Enfant qui se construit – Moi ou Lui !

Le mercredi 2 août 2017 à 15:12, posté par Marcel · 109 lectures

Illustration du poème « Enfant qui se construit – Moi ou Lui ! »
Personne n’avait assez d’autorité sur lui pour le faire arrêter. Personne n’avait d’autorité sur Marcel, mais lui il attendait désespérément quelqu’un qui lui permettrait de se construire. Quelqu’un pour remplacer sa mère. Car, elle m’aimait qu’elle m’aurait dit… Elle m’aurait toujours dit que je serais son petit soleil à elle et puis qu’on serait toujours heureux…

Marcel regarda alors autour de lui et toutes ses certitudes (car il en avait tout de même quelques-unes) s’écroulèrent. Marcel était en train de leur dire qu’il avait besoin d’affection, pas n’importe laquelle, de cette chaleur qui vous monte au cœur et fait jaillir le sourire et le contentement. Je ne suis pas heureux, je peux pas le devenir. J’ai trop de choses à porter, c’est trop dur… C’est trop lourd, cela m’écœure. J’ai une chose à faire, une seule. Après ce sera fini. Après je pourrais me reposer pour toujours…

Le monde rural ou paysan ancestral, celui que certains écolos bien intentionnés n’ont fait que parer de vertus autarciques et non-prédatrices. Ce monde, c’est le travail dur, de 5 h le matin à 20 h le soir. La campagne, c’est l’exigence des bêtes, vaches à traire et à mener pâturer, les foins à rentrer pour l’hiver, le fumier à sortir et à répandre à la fourche dans les champs, ce qui demande du muscle et de l’endurance ; sans parler des cochons à nourrir, des chèvres, des chevaux de labour. Ce monde, c’est aussi l’usine et le bruit assourdissant des machines, du peu ou de la non-existence d’une interruption pour un répit bien mérité. C’est de devoir supporter les exigences parfois oppressantes de la hiérarchie, de ses méprisantes attitudes envers la classe ouvrière et besogneuse.

Ce monde, c’est l’ignorance, la solitude, la misère sexuelle, le besoin de gnôle jusqu’à l’ivresse et parfois le devenir alcoolique, la méfiance envers tous les «étrangers» (l’étrange commence au village voisin), les haines familiales pour des questions d’héritage, la radinerie, l’hygiène déplorable. Ce monde, c’est le travail des enfants, main d’œuvre indispensable même si – en principe – on ne leur donnait pas de travaux au-dessus de leurs forces. Cela les rend tôt responsables et conscients de la valeur des choses, mais les empêche de jouer avec les autres, de réviser leurs leçons et les oblige à devenir adulte très tôt, souvent corrigés et battus pour être «dressés», de quoi rendre asocial et violent à son tour. Les enfants vivaient en quasi adulte dans ce monde ancestral… Il y avait la vérité de l’être contre les principes inadéquats de la morale !

C’est ce qu’ont reproduit mes grands-parents. Oh ! Sur une échelle moins grande, mais une fidèle reproduction de leur héritage alsacien. Ma grand-mère était plus conciliante. Mais mon grand-père restera toujours à mes yeux cette brute épaisse sans intelligence, non pas sans instruction, non, car il en avait une, celle des derniers occupants de l’Alsace, descendants des Prussiens !
Sur les étendues verdoyantes enchâssées dans des entonnoirs de sapins, sur les sommets arrondis où les hautes herbes ondulent à l’infini, sous les voûtes de ces Abbatiales forestières, où le vent a une odeur d’humus résineux et une voix parfois sépulcrale, et d’autres légères, que je reconnais dès mes retours aux sources !

J'ai vécu presque tout ça, mais je ne savais pas qu'un jour j'en parlerais... On ne peut pas vivre que de souvenirs, mais cela fait du bien d'en parler... Osons, parlons, racontons, écrivons, transmettons, l'histoire de notre belle Alsace, l'unique, celle que Dieu a créé...

Nous n’avions pas de réfrigérateur. Les plats cuits, fromages et viandes étaient conservés dans le garde-manger à la cave. L’école libre, les cours étaient assurés par des religieuses pour les filles, habillées en civil depuis la séparation de l’Église et de l’État. Leur habit sera à nouveau autorisé à partir de 1939.
" Les dimanches, nous étions contents, nous allions à la messe avec nos jolis habits - spécial dimanche- et au retour nous les quittions ainsi que nos chaussures. Nos parents et pour moi mes grands-parents ne nous accompagnaient pas tout le temps.

En ces années étriquées, la Morale était rigide, toute contrainte d’église et de surveillance voisinière. Aujourd’hui si nos collèges laïcs fabriquent du crétin, les collèges religieux des années 1945 / 1955 fabriquaient du : chrétien hypocrite ; ceux d’aujourd’hui les nôtres sortent pour une bonne part illettré, les leur sortaient pour la plupart névrosés. Comment ne pas l’être, on vous terrorise par les flammes de l’enfer vous grillant pour l’éternité !

Il faut faire la part des superstitions et de la disposition à tisser des légendes sur des faits anodins. Les curés et les nones du temps adoraient embellir les victimes des païens pour exalter la gloire de Dieu, de leur Dieu, et de la foi qu’ils avaient en ce qu’ils appellent ‘Dieu’. Car Dieu est le recours, l’Inconnaissable et l’Infini, mais qui n’intervient jamais – sauf quand les pauvres humains lui attribuent des intentions… une fois la chose produite.

L’avenir n’est écrit nulle part… sauf parfois dans le passé. Notre société est déréglée sur l’éducation, écartelée entre paranoïa sécuritaire et hédonisme égoïste, internat sévère et laisser-aller collégien.
Pour former des enfants responsables, il est nécessaire de leur apprendre à ne pas s’identifier avec l’image de victime que la société est si prompte à ériger en icône vertueuse. Éduquer, signifie faire prendre conscience des risques que comporte toute vie mais aussi donner le désir d’apprendre et de faire.

Aimer les enfants. Le véritable amour n'est pas seulement ce que nous ressentons, comme de la tendresse, une émotion, de la sympathie, de la compassion, etc. C'est aussi et surtout ce que nous faisons, ce qui passe par nos actes. C’est plus compliqué qu’on ne croît parfois, car il faut les aimer pour eux-mêmes et non pour ce qu’on voudrait qu’ils soient. Ils ne sont ni animaux de compagnie, ni souffre-douleur, ni miroirs narcissiques.

Laissez-les devenir ce qu’ils sont, sans les tordre de mauvais principes ni les culpabiliser de n’être pas des idéaux. Il faut prouver son amour pour les enfants d'une façon concrète : les enfants ont besoin d'avoir la preuve de notre amour pour eux. Et pour cela, nous devons leur manifester de façon pratique que nous les aimons. Cela me rappelle un enseignement religieux disant : " n'aimons pas seulement en paroles, avec de beaux discours ; faisons preuve d'un véritable amour qui se manifeste par des actes." 1 ère Épître de Jean 3 : 18"

De quelle façon pouvons-nous appliquer ce qui est dit ci-dessus, dans notre travail pour les enfants ?
« Éduquer, ce n’est pas dresser » Par l'affection : notre relation avec les enfants doit être chaleureuse. S'adresser à eux avec douceur, être proche d'eux, avoir un contact tactile (avec retenue et décence bien sûr). L'enfant a besoin de se sentir en sécurité. Par une attitude impartiale : pas de préférences, que ce soit par rapport au comportement de l'enfant, à son niveau social, à la popularité de sa famille dans l'église, à sa nationalité, à son stade de développement, etc. Ne pas porter davantage d’attention à un enfant qui nous touche.

Les enfants les plus difficiles sont souvent ceux qui ont le plus besoin d’amour. Il faut alors se montrer disponible pour eux : les écouter, les aider, prendre du temps pour un entretien. En ayant du respect : exercer une discipline dans le groupe afin que chacun s'y sente à l'aise, mesurer ses paroles, les saluer partout où on les croise, au même titre que les adultes.

Les aider à travailler non dans la médiocrité, mais dans la qualité ! Lui enseigner l’autodiscipline ! Car cela va de pair avec la notion de liberté et s’applique tout autant pour l’attitude que pour les corrections. Plutôt que d’attendre passivement les corrections d’un tiers, l’enfant est invité à repérer lui-même ses erreurs. Il ne s’agit pas tant d’avoir «juste» ou «faux» que de s’exercer à faire mieux, de se perfectionner dans l’activité.

L’enfant est potentiellement bon, et il suffit de le respecter pour qu’il le reste. Le respecter, c’est l’inviter à respecter les autres, et donc, le préparer à une vie sociale harmonieuse. Le but de l’éducation est d’aider l’enfant à acquérir une discipline intérieure.

douceplume
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2 commentaires

paula · le mercredi 2 août 2017 à 16:56

C'es vrai, l'enfant est potentiellement bon, ce sont les adultes qui le "gâte" ; amitiés, Michèle

clairedeterre · le mercredi 2 août 2017 à 18:56

Que je suis surprise de trouver un tel texte sur ce site de poésie!
Une réalité si bien contée.Avec pudeur ,équilibre et lucidité.
Sans parler de la description de la vie à la campagne,qui apporta ses repères et ses joies mais qui fut si difficile à ceux qui l'assumait.
Une approche de l'enfant,s'en suit,on ne peut plus bienveillante .Une vrai approche de sa réalité psychologique profonde.Nullement pertubée par des soucis éducatifs qui satisfont le sens de l'ordre ou de l'efficacité de beaucoup d'adultes.
Je suis en tous points d'accord avec ce que vous évoquez sur l'éducation.
Vous décrivez là, la pensée de cette femme-médecin italienne,pionnière s'il en fut du début du siècle,Maria
Montessori.
Il serait souhaitable,que cette approche,qui plus qu'une méthode,est
un regard sur l'enfant,s'intègre dans l'école laïque et gratuite...
Merci pour ce texte,et sa sensibilité calme(assez rare sur ce site).
Et aussi pour l'illustration très symbolisée ,dont j'aime beaucoup les différents plans qui lui donnent sa profondeur...
Clairedeterre

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