Scàldate, Fiurimbina!
Scàldate Fiurimbina (Chauffe-toi, Fiurimbina)
La belle Fiurimbina marche sur le sentier.
Dans les bois de Tavéra, elle est allée glaner
Quelques menus fagots ; en ce jour froid d’octobre
Elle porte un grand châle au-dessus de sa robe.
Ses lourds cheveux de jais sont noués en chignon
Une coiffe très sage ombrage son beau front
Une petite croix brille sur sa poitrine,
Et le grand châle noir cache une taille fine.
Au logis est restée sa mère, près de l’âtre,
Qui tisonne le feu et bougonne, acariâtre.
Fiurimbina s’échappe aussitôt qu’elle peut,
Mais, trop souvent, coulent les larmes de ses yeux !
Fiurimbina est jolie, les garçons le lui disent
A travers des regards qui la troublent ou la grisent,
Mais elle est attachée au devoir familial
Et ne veut s’abaisser à un amour banal.
La pure Fiurimbina, qui rêve de l’amour
N’a jamais demandé de robe de velours,
Elle voudrait pourtant qu’on l’admire et qu’on l’aime.
Malgré son triste sort, elle espère quand même…
Et la belle esseulée rêve, tout en marchant.
Mais à quoi songe-donc cette charmante enfant ?
On peut voir dans ses yeux une douce lumière,
Cependant qu’elle va traversant les clairières.
Mais voici peu à peu que s’avance le soir
Le brouillard s’épaissit, cache les arbres noirs
Qui se courbent au vent incisif de l’automne.
Et, soudain, Fiurimbina s’arrête et frissonne :
Les sentiers familiers qu’elle connaît si bien,
Cachés par le brouillard, ont disparu soudain.
Le vent glacial souffle plus fort sur la pauvrette
Fait trembler le fagot qu’elle a mis sur sa tête.
Elle n’y voit plus rien, le brouillard s’épaissit
Le soleil disparaît dans un ciel obscurci…
Fiurimbina a crié, mais ses cris restent vains
Le village se tait, perdu dans le lointain.
Son cœur bat la chamade, alors elle s’arrête
Se terre au pied d’un arbre et incline la tête
Cache son beau visage au creux du châle noir…
C’est ainsi qu’on la trouvera, le même soir.
La pauvre Fiurimbina était morte de froid,
Sa brillante croix d’or serrée entre les doigts,
Et ses grands yeux rêveurs scellés sous ses paupières,
Ses lèvres resserrées sur l’ultime prière…
Quand Thérèse passait, avec Mamo Ghiuseppa
Tout près des lieux maudits où la mort s’arrêta,
Elle offrait, en hommage à cette jeune femme,
Quelques morceaux de bois pour réchauffer son âme !
Cette histoire véridique, (qui s’est déroulée au siècle dernier) m’a été contée par Thérèse, habitante de Tavéra, petit village de Corse.
Etrange et bel hommage que les habitants de la région ne manquaient pas d’adresser à la morte qu’ils apostrophaient ainsi : « Scàldate, Fiurimbina ! » (Chauffe-toi, Fiurimbina)
La belle Fiurimbina marche sur le sentier.
Dans les bois de Tavéra, elle est allée glaner
Quelques menus fagots ; en ce jour froid d’octobre
Elle porte un grand châle au-dessus de sa robe.
Ses lourds cheveux de jais sont noués en chignon
Une coiffe très sage ombrage son beau front
Une petite croix brille sur sa poitrine,
Et le grand châle noir cache une taille fine.
Au logis est restée sa mère, près de l’âtre,
Qui tisonne le feu et bougonne, acariâtre.
Fiurimbina s’échappe aussitôt qu’elle peut,
Mais, trop souvent, coulent les larmes de ses yeux !
Fiurimbina est jolie, les garçons le lui disent
A travers des regards qui la troublent ou la grisent,
Mais elle est attachée au devoir familial
Et ne veut s’abaisser à un amour banal.
La pure Fiurimbina, qui rêve de l’amour
N’a jamais demandé de robe de velours,
Elle voudrait pourtant qu’on l’admire et qu’on l’aime.
Malgré son triste sort, elle espère quand même…
Et la belle esseulée rêve, tout en marchant.
Mais à quoi songe-donc cette charmante enfant ?
On peut voir dans ses yeux une douce lumière,
Cependant qu’elle va traversant les clairières.
Mais voici peu à peu que s’avance le soir
Le brouillard s’épaissit, cache les arbres noirs
Qui se courbent au vent incisif de l’automne.
Et, soudain, Fiurimbina s’arrête et frissonne :
Les sentiers familiers qu’elle connaît si bien,
Cachés par le brouillard, ont disparu soudain.
Le vent glacial souffle plus fort sur la pauvrette
Fait trembler le fagot qu’elle a mis sur sa tête.
Elle n’y voit plus rien, le brouillard s’épaissit
Le soleil disparaît dans un ciel obscurci…
Fiurimbina a crié, mais ses cris restent vains
Le village se tait, perdu dans le lointain.
Son cœur bat la chamade, alors elle s’arrête
Se terre au pied d’un arbre et incline la tête
Cache son beau visage au creux du châle noir…
C’est ainsi qu’on la trouvera, le même soir.
La pauvre Fiurimbina était morte de froid,
Sa brillante croix d’or serrée entre les doigts,
Et ses grands yeux rêveurs scellés sous ses paupières,
Ses lèvres resserrées sur l’ultime prière…
Quand Thérèse passait, avec Mamo Ghiuseppa
Tout près des lieux maudits où la mort s’arrêta,
Elle offrait, en hommage à cette jeune femme,
Quelques morceaux de bois pour réchauffer son âme !
Cette histoire véridique, (qui s’est déroulée au siècle dernier) m’a été contée par Thérèse, habitante de Tavéra, petit village de Corse.
Etrange et bel hommage que les habitants de la région ne manquaient pas d’adresser à la morte qu’ils apostrophaient ainsi : « Scàldate, Fiurimbina ! » (Chauffe-toi, Fiurimbina)
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