L'absente
Elles étaient toutes présentes ou presque. En cette fin d’après-midi, L’air était frais qui mêlait à leur sensuel parfum la senteur enivrante des champs lointains.
Elles étaient toutes là, le visage empourpré de cette douceur printanière dont l’été aime parfois à s’envelopper pour une muse plus légère, un espoir plus prometteur…
Lui, eut le courage de venir. Comme il appréhendait ce moment, ce jour ! Ses yeux étaient cernés, il avait mauvaise mine et semblait plutôt fatigué. Pouvait-il se mêler à cette foule joyeuse et radieuse de santé ? Ne serait il pas le défaut grotesque de ce beau tableau ? Il resta, là, longtemps immobile, suffisamment éloigné pour qu’on ne le vît pas. Il était une ombre contre nature qui disputait à l’été la douceur et le chant de son charme vespéral.
De l’endroit où il était, triste retraite pour un rêveur !, il les regardait doucement, il les observait tristement, reconnaissant chaque visage car les voix qu’il lui semblait entendre lui étaient toutes connues et familières. Très vite cependant, il détourna son regard et fixa longuement l’imposante porte solennelle au seuil de laquelle gazouillait gaiement et fébrilement le groupe informe et mouvant de toutes ces têtes chères. Doucement, il sentait l’ombre devenir plus fraîche et plus sereine. A son corps défendant, il osa quelques timides pas. A mesure qu’il avançait, il se sentait un peu renaitre car il émanait de cette grande porte de chêne sombre une intarissable source de vie qui, par les merveilleux souvenirs qu’elle réveilla en lui, le combla d’un bonheur tel que très vite son petit visage fut littéralement inondé de larmes…
Une jeune fille, toute de blanc vêtue, les bras chargés de fleurs écarlates, semblant, tel un ange, tombée du Ciel, distribuait en chantonnant des rivières de dragées roses et nimba soudain de joie et de bonheur le magnifique crépuscule d’été qui enveloppait timidement la ville d’un voile reposant et soporifique… C’était, par cette belle nuit mythique, l’éclatement presque nuptial de ses rêves juvéniles et jamais, toute sa vie durant, il ne se sentit tout à la fois aussi proche et en même temps loin du bonheur !...Seigneur ! Il assistait donc, en chair et en os, à ce bel amour pleinement vécu, à ce grand et heureux mariage et, de surcroit, par un beau soir d’été …Grand Dieu ! Qui donc ne les envierait pas ?
Le regard du jeune garçon devenait progressivement interrogateur et quelque peu inquiet. Il allait fébrilement d’une fille à une autre, semblant chercher une présence qu’il ne trouvait pas…Le soir tombait, le crépuscule disparaissait, le fond de l’air perdait insidieusement de sa douceur, Tristement, il regardait le groupe se disperser comme des petits enfants au sortir d’une belle école. Certains s’éloignait de l’enceinte, d’autres y pénétraient. C’est alors que, sans grande conviction, il se demanda si réellement elle allait venir…Il se rendait à l’évidence que jamais plus il ne la reverrait !...La grande place était maintenant vide. Il était seul, plus seul que jamais, comme le bruit dans le silence, comme un homme à la mer, comme un arbre dans la ville…
En se refermant lentement, la grande porte solennelle émit un bruit sourd de fer rouillé pareil à celui d’un grand bateau en partance, qui largue enfin les amarres…Tout portait à croire qu’il était rejeté, même de cette grande enceinte qu’il avait pourtant tant aimée !..
Nul ne semblait le voir, poète et rêveur, de préférence…
Nul ne sut combien il resta là, tranquille, devant cette grande porte…
Il s’y approcha, néanmoins, et, d’un geste tremblant et hésitant, il en caressa amoureusement et presque sans y croire les beaux motifs qui la dessinaient.
Il se disait, relativement rassuré, qu’avant tout, cette belle porte sans doute ne changerait jamais. Qu’elle lui rappellerait toujours ce que tant et pour toujours il avait tant aimé ! Qu’il pouvait, à sa guise, pour taire ses tourments, et pour sentir une dernière fois les effluves de l’Absente, allonger son corps encore une fois sur cette magnifique immensité humaine…
D’un pas lent et incertain, après avoir relevé courageusement la tête, il traversa tant bien que mal la route étroite et alla s’assoir en face sur un banc solitaire dont il commença à caresser lentement la mousse verte…
Rien ne répondait à sa grande solitude. Il prit une cigarette et la fuma machinalement.
La fumée était blême et semblait monter jusqu'à leur étoile.
Désormais, tout lui disait qu’elle ne reviendrait plus jamais…
Désormais, il dormirait là, tranquille, jusqu’à cet instant mythique où Elle Viendrait Enfin Le Réveiller…
Slim le poète.
Elles étaient toutes là, le visage empourpré de cette douceur printanière dont l’été aime parfois à s’envelopper pour une muse plus légère, un espoir plus prometteur…
Lui, eut le courage de venir. Comme il appréhendait ce moment, ce jour ! Ses yeux étaient cernés, il avait mauvaise mine et semblait plutôt fatigué. Pouvait-il se mêler à cette foule joyeuse et radieuse de santé ? Ne serait il pas le défaut grotesque de ce beau tableau ? Il resta, là, longtemps immobile, suffisamment éloigné pour qu’on ne le vît pas. Il était une ombre contre nature qui disputait à l’été la douceur et le chant de son charme vespéral.
De l’endroit où il était, triste retraite pour un rêveur !, il les regardait doucement, il les observait tristement, reconnaissant chaque visage car les voix qu’il lui semblait entendre lui étaient toutes connues et familières. Très vite cependant, il détourna son regard et fixa longuement l’imposante porte solennelle au seuil de laquelle gazouillait gaiement et fébrilement le groupe informe et mouvant de toutes ces têtes chères. Doucement, il sentait l’ombre devenir plus fraîche et plus sereine. A son corps défendant, il osa quelques timides pas. A mesure qu’il avançait, il se sentait un peu renaitre car il émanait de cette grande porte de chêne sombre une intarissable source de vie qui, par les merveilleux souvenirs qu’elle réveilla en lui, le combla d’un bonheur tel que très vite son petit visage fut littéralement inondé de larmes…
Une jeune fille, toute de blanc vêtue, les bras chargés de fleurs écarlates, semblant, tel un ange, tombée du Ciel, distribuait en chantonnant des rivières de dragées roses et nimba soudain de joie et de bonheur le magnifique crépuscule d’été qui enveloppait timidement la ville d’un voile reposant et soporifique… C’était, par cette belle nuit mythique, l’éclatement presque nuptial de ses rêves juvéniles et jamais, toute sa vie durant, il ne se sentit tout à la fois aussi proche et en même temps loin du bonheur !...Seigneur ! Il assistait donc, en chair et en os, à ce bel amour pleinement vécu, à ce grand et heureux mariage et, de surcroit, par un beau soir d’été …Grand Dieu ! Qui donc ne les envierait pas ?
Le regard du jeune garçon devenait progressivement interrogateur et quelque peu inquiet. Il allait fébrilement d’une fille à une autre, semblant chercher une présence qu’il ne trouvait pas…Le soir tombait, le crépuscule disparaissait, le fond de l’air perdait insidieusement de sa douceur, Tristement, il regardait le groupe se disperser comme des petits enfants au sortir d’une belle école. Certains s’éloignait de l’enceinte, d’autres y pénétraient. C’est alors que, sans grande conviction, il se demanda si réellement elle allait venir…Il se rendait à l’évidence que jamais plus il ne la reverrait !...La grande place était maintenant vide. Il était seul, plus seul que jamais, comme le bruit dans le silence, comme un homme à la mer, comme un arbre dans la ville…
En se refermant lentement, la grande porte solennelle émit un bruit sourd de fer rouillé pareil à celui d’un grand bateau en partance, qui largue enfin les amarres…Tout portait à croire qu’il était rejeté, même de cette grande enceinte qu’il avait pourtant tant aimée !..
Nul ne semblait le voir, poète et rêveur, de préférence…
Nul ne sut combien il resta là, tranquille, devant cette grande porte…
Il s’y approcha, néanmoins, et, d’un geste tremblant et hésitant, il en caressa amoureusement et presque sans y croire les beaux motifs qui la dessinaient.
Il se disait, relativement rassuré, qu’avant tout, cette belle porte sans doute ne changerait jamais. Qu’elle lui rappellerait toujours ce que tant et pour toujours il avait tant aimé ! Qu’il pouvait, à sa guise, pour taire ses tourments, et pour sentir une dernière fois les effluves de l’Absente, allonger son corps encore une fois sur cette magnifique immensité humaine…
D’un pas lent et incertain, après avoir relevé courageusement la tête, il traversa tant bien que mal la route étroite et alla s’assoir en face sur un banc solitaire dont il commença à caresser lentement la mousse verte…
Rien ne répondait à sa grande solitude. Il prit une cigarette et la fuma machinalement.
La fumée était blême et semblait monter jusqu'à leur étoile.
Désormais, tout lui disait qu’elle ne reviendrait plus jamais…
Désormais, il dormirait là, tranquille, jusqu’à cet instant mythique où Elle Viendrait Enfin Le Réveiller…
Slim le poète.
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16 commentaires
didou · le dimanche 5 février 2012 à 15:04
a bientot pour vous lire didou ---
http://www.mespoemes.net/didou
salam · le dimanche 5 février 2012 à 17:52
lilorev · le dimanche 5 février 2012 à 23:05
Ton héros solitaire, et que tu décris si bien, comment y être indifférent ? En effet en te lisant je pensais combien la vie nous offre à tous les mêmes sentiments. L’attente, l'espoir, la déception, la solitude, la tristesse... qui ne les as pas vécu ? Qui ne les vivra jamais ? L'humanité vit en nous et nous vivons en elle. Nous sommes tous tellement semblables, tous à la recherche de ce qui rendra nos jours plus doux et beau et nos cœur apaisés. Cela devrait nous rapprocher mais au contraire ça nous divise car personne ne veut concevoir que « l’autre » puisse souffrir comme lui, voir plus que lui. Bien sûr je généralise c’est juste que la lecture de ton texte à fait surgir tout ça.
Pour en revenir à ton récit il m'a ce soir encore rappelée un poète cher à mon cœur, Lamartine, dont je t'offre ces vers qui font pour moi écho à ton récit :
"Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !"
Merci pour ce partage. Amitiés. Lilo
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le lundi 6 février 2012 à 09:27
Lilo et Salam ont bien perçu cette émotion que tu fais passer. Leurs compliments sont largement mérités pour toi, mon ami. Tu as énormément de sensibilité, cela en est une explication. Merci de ce partage. Puissions-nous te lire souvent. Avec mes très fraternelles amitiés. Philip.
domidom · le lundi 6 février 2012 à 14:26
Un bonheur qui vous échappe, un rêve d'amour incontrôlable, un coeur blessé qui voudrait pouvoir hurler sa détresse, mais tout s'envole, il ne reste plus que quelques souvenirs, pendant longtemps, très longtemps, la bouche sourira, mais le coeur versera des larmes, et personne ne s'en rendra compte, toi seul ressentira cette douleur, qui viendra sans cesse te tourmenter, elle tournera et retournera dans tes entrailles, malgré toi, tes pensées resteront ancrées au delà de cette vieille porte rouillée, et comme un mendiant, tu attendras, en espérant qu'un jour , elle te fasse l'aumône d'un regard....
J'ai adoré te lire et te relire, un écrit douloureux , qui évoque pour beaucoup quelques souvenirs...
Mes amitiés mon cher Slim...
Domie...
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le lundi 6 février 2012 à 15:37
salam · le lundi 6 février 2012 à 16:46
te lire transpose dans un passé ou tout un chacun aime venir s'apesantir, ne serait ce que quelques instants, parce qu'il évoque des choses, des gens que l'on a chéri, avec ces détails échappés de ton esprit qui transparaisent une atmosphère de deja connu.(sans aucun sens pejoratif, au contraire).
j'aime beaucoup la description matérielle et sentimentale qui le rattache à cette porte.
l'image à l'état brut de la porte est deja un receuil de symbolisme, tu la pares de subtils détails qui m'ont amené à m'interroger sur la trame de cette magnifique prose: rend elle hommage à cette disparue, ne rend t elle pas d'autant plus un hommage à ta perception sur un pan entier de ton passé, cette disparue n'en étant qu'une simple image?
je finirai en te disant, à toi aussi, que n'est loin de son rêve que celui qui s'en éloigne.
ton écriture reste légère, même si la dominante est nostalgique...on en redemande!
amicalement Slim.
lesprosesdeslim · le lundi 6 février 2012 à 19:16
c'est vrai qu'en chacun de nous demeure une personne absente et même sans l'évoquer directement nous vivons chaque jour notre vie comme si elle avait toujours été présente.Merci pour ton gentil message. Slim
lesprosesdeslim · le lundi 6 février 2012 à 19:28
je te remercie pour ces vers de Lamartine que j'apprécie beaucoup. L'impact très disparate des émotions sur la nature humaine est d'une telle complexité qu'on ne peut se résigner à connaître une réaction chaque fois stéréotypée. Comme tu l'as bien souligné, notre ressenti devant ce phénomène ne peut s'en trouver par conséquent que très aléatoire car noyé dans une pléthore d'autres réactions. Merci pour ton commentaire. Slim.
lesprosesdeslim · le lundi 6 février 2012 à 19:54
qu'importe, pour la poésie, les motifs car en définitive on ne retiendra que ce qui en découlera. La richesse d'un écrit parle pour tout ce que son auteur a pu refouler sur le plan émotionnel, le fait de pouvoir l'exprimer est en soi une très grande prouesse car cela suppose cet impérieux besoin d'évacuer une pression devenue insupportable. Merci pour ton commentaire. Amicalement .Slim.
lesprosesdeslim · le lundi 6 février 2012 à 21:03
un sentiment d'abandon certes mais si bien écrit de ta part qu'on en oublierait presque ses profondes origines.Tu t'es beaucoup retrouvée dans ce poème car il traite d'une forme de vécu qui doit probablement, pour beaucoup d'entre nous, avoir traversé des pans plus ou moins important de l'existence.Merci pour ta lecture.Amicalement. Slim
lesprosesdeslim · le lundi 6 février 2012 à 21:23
Ton commentaire m'a beaucoup touché car il montre tout l'intérêt que tu lui as porté. Chaque personne peut y entrevoir le souvenir d'une disparue pour peu qu'il prenne le temps de le lire tout simplement. Merci pour ton analyse juste et opportune. Amicalement. Slim.
lesprosesdeslim · le lundi 6 février 2012 à 21:34
au regard de l'hommage posthume que tu viens d'adresser à ce grand homme, je suppose qu'il a du laisser dans son sillage un modèle de valeurs humaines intemporelles, un exemple à suivre dans tout ce qu'a été son parcours et, si j'en juge d'après ton court et magnifique poème, beaucoup d'eau coulera encore sous les ponts sans que pour autant tu ne puisses un jour tarir d'éloges à son égard. Et c'est tout à son honneur. Merci pour ce partage. amicalement. Slim.
lola · le lundi 6 février 2012 à 22:09
je l'ai cotoyé pendant plus de vingt ans, égal à lui même, d'une honnèteté exemplaire telle que tout son village l'a accompagné à sa dernière demeure, priant pour le repos de son âme.
Il s'est éteint à 100 ans.
j'ai fais 5000 km pour le voir 2 mois avant sa mort. depuis son décès, je ne trouvais pas de mots pour faire son deuil.
ils sont venus avec le froid, et ils sont bien peu d'éloges vis à vis de l'amour et du respect de Dieu et ses créatures, qu'il m'a enseigné en toute modestie, autant par son comportement que par ses mots.
que Dieu l'honore a sa juste valeur.
merci, tu m'as permis de le faire revivre quelques doux instants en moi.
amicalement Slim.
salam. · le mardi 7 février 2012 à 10:02
Je la posterai chez moi (si tu le permet),quand je l'aurais écrite.
Bonne journée Slim.
oliverjane1950 · le mardi 7 février 2012 à 23:18
http://www.mespoemes.net/oliverjane1950
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