Retour en Cévennes
Retour en Cévennes
Las, triste et languissant de toujours voir la plaine,
La lancinante envie, sournoise, térébra
Mon esprit pour qu’enfin il revit la Cévenne,
Ses battements de cœur, l’étreinte de ses bras.
L’hiver qui me retint esclave de mes livres
Durant de longues nuits aux rêves oublieux,
Le long hiver vêtu du blanc manteau des givres
Fuyait, vaincu, devant la douceur des cieux,
Dans une lente et pâle et tranquille agonie.
Comme des prisonniers libérés de leurs fers,
Les arbres se penchaient sur l’herbe rajeunie
En endossant l'habit des jeunes bourgeons verts.
Le printemps sommeillait encore en ses torpeurs.
Pourtant les prés vibraient dans l’or vif des jonquilles.
Le torrent bouillonnant d’écume et de vapeurs,
Sur les d’énormes rocs granitiques qu’habillent
Maintes mousses, grondait en roulant son fracas.
Là, dans les champs, broutait la vache aux pis énormes ;
Sur le Causse, semé des derniers reliquats
De névés, à l’abri des blocs ruiniformes,
Se déplaçait, compact, le grand troupeau blanchâtre
Des brebis affamées arasant le gazon,
Ou se désaltéraient dans la flaque saumâtre,
Guettées par le berger, debout sur l’horizon.
Parfois dans le matin blafard de l’aube grise,
De la ferme blottie au fond du vallon creux,
Un filet de nuées que déchirait la brise
Montait. Un paysan se chauffait près du feu.
Le coq ne chantait pas. Le chien dormait encore.
Etaient-ils, tel leur maître, encore un peu figés ?
Et seule, en son enclos, la poule, dès l’aurore,
Grattait le sol, pareille aux êtres affligés.
Car nul ne sait ici où les hommes se terrent ;
Beaucoup ont déserté les murs de leurs hameaux,
Déjà éparpillés par la fureur des guerres,
Il ne leur reste plus que quelques animaux.
Et là, dans la maison bâtie près du ruisseau,
J’entre en tournant la clé rouillée dans la serrure ;
Mais la date n’est pas gravée dans le linteau,
Comme pour abolir, des années, la blessure.
Alors, dans le baiser parfumé du brouillard,
Je contemple l’éveil de la forêt de hêtres
De mes yeux étoilés des rides du vieillard,
Heureux d’avoir ici pu établir mes aîtres.
Las, triste et languissant de toujours voir la plaine,
La lancinante envie, sournoise, térébra
Mon esprit pour qu’enfin il revit la Cévenne,
Ses battements de cœur, l’étreinte de ses bras.
L’hiver qui me retint esclave de mes livres
Durant de longues nuits aux rêves oublieux,
Le long hiver vêtu du blanc manteau des givres
Fuyait, vaincu, devant la douceur des cieux,
Dans une lente et pâle et tranquille agonie.
Comme des prisonniers libérés de leurs fers,
Les arbres se penchaient sur l’herbe rajeunie
En endossant l'habit des jeunes bourgeons verts.
Le printemps sommeillait encore en ses torpeurs.
Pourtant les prés vibraient dans l’or vif des jonquilles.
Le torrent bouillonnant d’écume et de vapeurs,
Sur les d’énormes rocs granitiques qu’habillent
Maintes mousses, grondait en roulant son fracas.
Là, dans les champs, broutait la vache aux pis énormes ;
Sur le Causse, semé des derniers reliquats
De névés, à l’abri des blocs ruiniformes,
Se déplaçait, compact, le grand troupeau blanchâtre
Des brebis affamées arasant le gazon,
Ou se désaltéraient dans la flaque saumâtre,
Guettées par le berger, debout sur l’horizon.
Parfois dans le matin blafard de l’aube grise,
De la ferme blottie au fond du vallon creux,
Un filet de nuées que déchirait la brise
Montait. Un paysan se chauffait près du feu.
Le coq ne chantait pas. Le chien dormait encore.
Etaient-ils, tel leur maître, encore un peu figés ?
Et seule, en son enclos, la poule, dès l’aurore,
Grattait le sol, pareille aux êtres affligés.
Car nul ne sait ici où les hommes se terrent ;
Beaucoup ont déserté les murs de leurs hameaux,
Déjà éparpillés par la fureur des guerres,
Il ne leur reste plus que quelques animaux.
Et là, dans la maison bâtie près du ruisseau,
J’entre en tournant la clé rouillée dans la serrure ;
Mais la date n’est pas gravée dans le linteau,
Comme pour abolir, des années, la blessure.
Alors, dans le baiser parfumé du brouillard,
Je contemple l’éveil de la forêt de hêtres
De mes yeux étoilés des rides du vieillard,
Heureux d’avoir ici pu établir mes aîtres.
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5 commentaires
Guy · le lundi 2 juin 2014 à 19:21
Amitiés. Guy
http://www.mespoemes.net/renato
louis · le mardi 3 juin 2014 à 12:05
http://www.mespoemes.net/louis
micheline1940 · le mardi 3 juin 2014 à 12:57
http://www.mespoemes.net/micheline1940
Un magnifique poème vibrant d'amour pour son "pays", région aimée depuis l'enfance qui reste en nous, planté au coeur des souvenirs. Votre Région est super belle, et Vous l'avez décrite de sublime façon et avec un tel amour qu'il m'en a donné frisson ! Superbe Écrit,doux et puissant et d'une émouvante beauté !!! Avec toute mon amitié, Micheline.
domidom · le mardi 3 juin 2014 à 22:46
Le temps qui passe, le modernisme a changé la face du monde.....
J'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce chapelet de souvenirs, c'est une sorte de pèlerinage sur la route du passé, qui représente à la fois, bonheur, mélancolie et tristesse...
Mes amitiés, Domie...
http://www.mespoemes.net/domidom
oliverjane1950 · le mercredi 4 juin 2014 à 15:47
http://www.mespoemes.net/oliverjane1950
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