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Grimoire

TROTTOIR (version 2)

Le samedi 6 décembre 2014 à 15:15, posté par richard · 393 lectures

Trottoir (version remaniée)

La douleur est mon lot quotidien. Chaque jour
J’ai froid, j’ai faim, j’ai peur, nul ne me donne à boire,
On détourne les yeux sur mon sort dérisoire,
Cet exécrable objet d’un profond désamour.

Car je n’ai nul abri ni de royale tour.
L’école ne me fût qu’échec et que déboire,
J’en ai tout oublié, le français et l’histoire
Et mon destin ressemble à celui d’Azincourt.

Et je passe mes nuits sur de pauvres cartons,
Le visage englué par l’épaisseur des rhumes,
Guettant de mon trottoir le marché des légumes,

La salade invendue, les artichauts bretons.
Et je m’en vais, tremblant, sous un porche, en déroute,
Mais je n’ai plus de dents pour un tel casse-croûte
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10 commentaires

louis · le samedi 6 décembre 2014 à 15:57

Pour Salus, en le remerciant pour sa patience.
J'ai éliminé les hiatus, renforcé les rimes en consonnes d'appui, éliminé le 13 pieds de l'avant-dernier vers, me suis débarrassé du terme "flétries" d'un emploi ambigu.
J'ai par contre conservé "Azincourt" pour sa symbolique apocalyptique, m'apercevant que, même si la rime est fautive par sa lettre finale, nos grands maîtres l'ont aussi employée:
- Mallarmé dans "Le Guignon" (sang/puissant, vers11/13).
-Mallarmé dans "Les Fenêtres"(rideaux/dos, vers 1/4, avec, de surcroît, un sing/plur.).
-Baudelaire dans "Le Vin du Solitaire" (blanc/ tremblant ,vers 2/3)
-Baudelaire dans "Le Léthé" (parfum/défunt vers4/6)
...et il y a beaucoup d'autres exemples.
Alors ?
Amitiés.

Salus · le samedi 6 décembre 2014 à 18:46

Alors ?

-Baudelaire est un grand contrevenant de la règle, mais comparé à tes vers, ses prises de libertés restent exceptionnelles !

- Chez Mallarmé, c'est beaucoup plus rare ;
à signaler que "dos / rideaux" ne constitue nullement une entorse, puisque le "x" et le "s", comme je te le disais précédemment; sont des lettres considérées équivalentes par la versification classique, laquelle n'empêche pas de faire rimer masculin et pluriel, mais impose une même lettre (ou ses équivalentes) en fin de vers ;
...et puis, si presque tous les grands poètes se sont permis des débordements, ça n'empêche pas la règle classique d'exister !
Bien sûr que tu fais ce que tu veux !
Rappelle-toi que Baudelaire, poète classique et transgressif, a écrit 98 pour cent de ses vers "en conformité", et semble se servir de "la faute" comme d'une revendication poétique ; pense aussi que ce n'est en aucun cas la règle qui fait le génie ; la règle EST géniale, ce qui est loin d'être la même chose !

- Pour mémoire, dans une optique purement "classique", ton premier vers compte 13 "pieds", car "quotidien" se doit prononcer en diérèse (quatre syllabes)
(les diérèses obéissent à l'étymologie, et sont un rappel à l'origine des mots)
- "invendue" affiche un "e" non élidé

Je t'envoie copie d'un texte de l'immense René Char, qui connaissait parfaitement la versification classique, et s'en servait rarement de façon classique...Mais c'est génial !

Salut !
Salus

par René Char :

La bête innommable


La
Bête innommable ferme la marche du gracieux troupeau, comme un cyclope bouffe.

Huit quolibets font sa parure, divisent sa folie.

La
Bête rote dévotement dans l'air rustique.

Ses flancs bourrés et tombants sont douloureux, vont se vider de leur grossesse.

De son sabot à ses vaines défenses, elle est enveloppée de fétidité.

Ainsi m'apparaît dans la frise de
Lascaux, mère fantastiquement déguisée,
La
Sagesse aux yeux pleins de larmes.

Salus · le samedi 6 décembre 2014 à 18:51

...J'ajouterai que la césure du premier vers n'est pas à sa place...

...Et que ton texte est bien écrit !

louis · le samedi 6 décembre 2014 à 19:02

Merci pour la leçon particulière !
Rire et amitié

louis · le dimanche 7 décembre 2014 à 09:31

Mais diable ! Tu as raison ! Mon premier vers compte effectivement 13 pieds. Pour autant, je ne t'annonce pas mon suicide pour aujourd'hui !

Guy · le dimanche 7 décembre 2014 à 11:22

Si tu veux éviter le suicide, passe au "m'est". Je dis ça en toute amitié égoïste, ça m'ennuierait de te perdre ! rires !

louis · le dimanche 7 décembre 2014 à 12:15

Synérèse et diérèse, les deux mamelles du poète !

louis · le lundi 8 décembre 2014 à 11:30

Mais qu'Est-ce, ami Salus, qu'une césure en place ?
Je la préfère là où l'on ne l'attend pas,
Si c'est à l'hémistiche, alors elle me lasse
Et m'endort au milieu d'un récurent repas !

Salus · le lundi 8 décembre 2014 à 14:06

L'aune est, bien entendu, la règle âpre et classique...
Et la règle évolue ! - Un "Trimètre" apparait,
Avec Victor Hugo, puis toute cette clique !
...Et la littérature avance sans arrêt !

Salus · le lundi 8 décembre 2014 à 14:10

(Note que, dans nos quatrains et alexandrins respectifs, la césure est toujours à l’hémistiche !)

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