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Les fenêtres de l'âme

l'île aux chimères

Le lundi 14 janvier 2013 à 10:37, posté par michel · 107 lectures

L’île aux chimères

Quand le soleil nous enveloppe d’or et de vermillon avant son au revoir au jour, face au grand large, les grands bras de bois des moulins de la Guérinière, tristes d’être immobiles, étirent leurs ombres sur les diamants en fleur de sel avant de s’endormir sous le vent douillet de septembre.
La rose trémière se chauffe au mur blanc près du bedonnant beurrier. Elle s’évertue chaque année à vouloir atteindre le toit de tuiles rondes. Les volets parés de bleu s’ouvrent sur le jardin ceint d’un muret de pierres où se dorent les lézards.
Tordus par les colères de Neptune et les sanglots de Jupiter pleurant tout l’automne la mort de l’été, les pins de l’Anse Rouge protègent du souffle d’Eole les jeunes pousses du Bois de la Chaize tandis que les fanions multicolores des casiers dansent à l’Herbaudière
Les vagues coiffées d’écume blanche grondent d’une rage guerrière. Elles chargent inlassablement les rochers de la digue. Cent fois elles donnent l’assaut. La Pointe du devin résiste et cent fois elles s’y brisent. Elles veulent restituer à l’océan l’espace que le Bitume lui a volé.
Indifférents à ce spectacle dantesque, l’ibis et le héron pêchent dans l’étier pendant que le saulnier ravaude la couverture en patchwork du marais.
L’hiver, en fins pleurs continus entrecoupés de gros sanglots, sera vite oublié. Tout comme ce bougre de vent chargé d’embruns salés qui s’invite partout et gifle le coq girouette bloqué par la rouille entre deux cardinaux. Fantomatique, il semble crier de son bec ouvert « Noroît ! Noroît ! »
Passé les Rois, les mimosas seront impatients de nous annoncer que les jours allongent avec leurs milliers de petits soleils parfumés. Ils nous diront que la vie est plus forte que la mort, que le soleil s’attardera tous les jours plus longtemps à caresser de ses rayons le clocher de St Fulbert et le donjon du vieux château.
Le curé a béni les rameaux de buis puis le dimanche suivant, allumé le cierge de Pâques. Le vent se fait plus sec, le soleil plus doux. Les jeunes pousses du Bois de la Chaize sont habillées de vert tendre. On a repeint les places du parking de l'Épine. La saison se prépare car bientôt…
Oui, bientôt « ils » seront là, bruyants, encombrants, polluants, râlants, pédalants en habits de crème solaire, les vacanciers. Le calme de la Gran’rue sera bousculade. Les prix et la température vont augmenter mais la mer sera bonne et le sable sera chaud. Le marché bourdonnera à la manière d’une grande ruche et le petit train reprendra sa tournée des plages. Les grands s’aimeront sous les pins. Les enfants feront des châteaux de sable mouillé à marée basse et tendront leurs petits bras pour prendre les chichis emmaillotés de papier de soie ou les glaces à l’italienne qui ont la fâcheuse tendance de couler sur les doigts.
Il y aura des peaux rouges sur les plages et des vauriens sur la mer.
Le Gois sera couvert par la marée les jours et les nuits, les nuits et les jours.
Et comme la marée se retire, ils repartiront vers leur destin d’ailleurs. Des ailleurs sans le parfum des pins, de l’iode et de l’insouciance des vacances. Des ailleurs où la mer ne se marie pas au ciel là-bas à l’horizon derrière lequel va le soleil pour saluer l’Amérique.

Et moi qui t’aime, je suis encore aujourd’hui loin de toi. Loin de ton ciel bleu qu’il se perd dans les yeux pailletés d’or mon amour. Loin de tes bois de pins qui calment l’ardeur du soleil de midi et accueillent aimablement les amants.
Alors, quand la Camarde viendra me chercher, qu’elle m’emmène une dernière fois voler pareil au cormoran au dessus toi, fleur posée là sur la mer tout près de la douce Vendée, et qu’elle me dépose dans un petit coin oublié du cimetière de Noirmoutier au nom de mon Saint patron afin qu’il veille sur mes cendres pour les siècles des siècles.
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1 commentaire

domidom · le mercredi 16 janvier 2013 à 14:08

Sublime!!!
Voilà un texte qui nous emmène dans un paysage magnifique, il suffit de fermer les yeux l'espace d'un instant pour vivre des vacances inoubliables, il ne manque rien dans cet écrit, même le chant de la mer vient me bercer doucement.....
J'ai adoré te lire, et je reviendrai, uniquement pour le plaisir....
Amicalement....
Domie...

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