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Jacques Prévert revisité (1900-1977)

Le mercredi 30 mai 2018 à 19:20, posté par Michel Ernest · 40 lectures

Illustration du poème « Jacques Prévert revisité (1900-1977) » Je n'ai pas eu besoin de notes
Pour écrire sur cet ami
Que dis-je ? Un camarade, un pote
Dont j'aimais tant la poésie

Je n'ai pas eu besoin de notes
Car sa musique m'a suffi
Et dans ma tête de linotte
Je la chante encore aujourd'hui

Le siècle a un trimestre à peine
Et un petit mois avant Pâques
Quand au cœur de Neuilly-sur-Seine
Vient à la vie le petit Jacques

Son père prénommé André
Et sa mère appelée Suzanne
Forment un couple embourgeoisé
Dévot, tendance vaticane

Le gamin qui n'a pas la foi
Dans les livres, souvent s'évade
Et au spectacle quelquefois
Il recopie quelques tirades

À quinze ans après son "certif"
Sans un regret pour son école
Il entre dans le monde actif
Et vit simplement de bricoles

Trop jeune pour faire la guerre
Il ne s'habille de kaki
Qu'à son service militaire
Qu'il fait à vingt ans en Turquie

De retour au bout de deux ans
À Paris Jacques s'établit
Dans une maison où souvent
Un cénacle se réunit

Parmi lesquels, Leiris, Desnos
Artaud, Malkine et Aragon
Sans oublier le chef, le boss
L'incontournable André Breton

Mais Jacques peu à peu conteste
L'autoritarisme du maître
Et sans plus demander son reste
Quitte tous ces hommes de lettres

Simone Geneviève Dienne
Qui vient d'avoir vingt-deux printemps
Épouse notre phénomène
Une fille naît l'an suivant

Nous sommes en mil neuf cent trente
Le communisme est conquérant
Et Jacques dont l'âme est errante
Adhère… intellectuellement

Depuis longtemps Jacques griffonne
Des poèmes sans lendemain
Lorsqu'au cinéma il s'adonne
Avec son frère benjamin

Il trouve sa raison de vivre
Dans dialogues et scénarios
Pour preuve les films qui vont suivre
Véritables petits joyaux

Dont : "Le crime de monsieur Lange"
"Le jour se lève", "Quai des brumes"
Et puis un jour le monde change
Les canons embrasent sa plume

Jacques quitte la grande ville
Et s'installe tout près de Cagnes
Là-bas il travaille tranquille
Attendant que l'horreur s'éloigne

Marcel Carné et lui écrivent
Le film : "Les Visiteurs du soir"
" Les Enfants du paradis " suivent
Films historiques, sans histoire

Parallèlement, il s'isole
Pour écrire des poésies
Qu'il titre simplement "Paroles"
Mais qu'on lit avec frénésie

Souvenez-vous d'un certain cancre
Qui disait "oui avec le cœur"
La "Page d'écriture" où l'encre
Redevenait eau sans couleur

Souvenez-vous des escargots
Enterrant une feuille morte
Et l'"Inventaire" un peu dingo
Qu'un raton-laveur insupporte

Jacques poursuit après la guerre
Son œuvre autour du cinéma
Avec Carné, avec son frère
Avec Crolla, avec Kosma

Ce dernier, aux textes, apporte
Une musique un peu jazzy
Dont la chanson "Les Feuilles mortes"
Du film "Les Portes de la nuit"

Vers quarante-huit Jacques se lance
Dans l'illustration pour enfants
Il prend alors quelques distances
Avec les gens du grand écran

En mil neuf cent cinquante et un
Il sort un troisième recueil
De poèmes frais et lutins
Qu'ardemment le public accueille

S'ensuit "La Pluie et le beau temps"
"Soleil de nuit", "Lumières d'homme"
Un ou deux livres pour enfants
Des journées bien remplies en somme

En cinquante-six, il se bouge
Et vient habiter à Paname
À quelques pas du Moulin Rouge
Là où Boris Vian fait ses gammes

Dans les années soixante, Jacques
Collabore avec Marc Chagall
Pablo Picasso, George Braque
Et Montand pour un récital

En soixante et onze, il achète
Une maison près de Cherbourg
Pour y passer une retraite
Sans trompettes et sans tambours

Ce n'est qu'en soixante-dix-sept
Que Jacques s'éteint pour toujours
Avec ses trente cigarettes
Qu'il fumait ainsi chaque jour
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