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Georges Marchais revisité (1920-1997)

Le samedi 28 décembre 2019 à 18:03, posté par Michel Ernest · 19 lectures

Illustration du poème « Georges Marchais revisité (1920-1997) »
Georges Marchais me faisait rire
Vers mil neuf cent soixante-trois
Non pas par ce qu'il voulait dire
Mais par ses gestes et sa voix

Comme il est parti pour toujours
Je n'en ris plus, bien au contraire
Lorsque je relis ses discours
De plus en plus souvent j'adhère

Georges naît dans le Calvados
Près de Falaise, en Normandie
Dans le pays du Calendos
Et de la célèbre eau-de-vie

Jojo est l'unique enfant sage
D'un maître-carrier qui extrait
Près de Falaise, avec courage
Dans les falaises de la craie

Ses parents, d'un premier mariage
Avaient eu quatre autres enfants
C'est dire le remue-ménage
Autour de son petit lit blanc

Ce n'est qu'au bout d'une décade
Où plutôt d'une décennie
Que les aînés passent muscade
Et quittent leur familial nid

Alors, avec ses père et mère
Au cœur d'Issy-les-Moulineaux
Ils viennent refaire carrière
[Pardonnez-moi ce jeu de mots]

On est en mil neuf cent-quarante
Mais bien que l'ennemi approche
Jojo est d'humeur excellente
Car il a un contrat en poche

Dans une gigantesque usine
Sous-traitante d'un avionneur
Du matin au soir, il turbine
En tant qu'ouvrier-ajusteur

Mais le travail obligatoire
Pour l'effort de guerre des "Fritz"
Envoie le jeune banlieusard
Serrer les vis des Messerschmitts

Un an plus tard, il se marie
Avec une nommée Paulette
Qui, au joli mois refleuri
Lui donne une aimable fillette

Après la guerre, opportuniste
Il avoue quelques sabotages
Ce qui plaît aux syndicalistes
Qui, pour saluer son courage

Le nomment cadre "Cégétiste"
Tandis que parallèlement
Il entre au parti communiste
Dont Thorez est le dirigeant

Sous ses respectables auspices
Il gravit vers le firmament
Et à l'été cinquante-six
Il entre dans la cour des grands

Élu au Bureau politique
Au "Politburo", comme on dit
Il est pour l'ami soviétique
L'étoile rouge du parti

Un poste de haut secrétaire
Bientôt Georges va décrocher
Lorsque Thorez quitte la terre
Remplacé par Waldeck Rochet

En mil neuf cent soixante-huit
Lors des fameux événements
Il traite Daniel Cohn-Bendit
De pauvre anarchiste allemand

Mais lorsque l'armée de Brejnev
Pénètre en Tchécoslovaquie
Notre capricieux petit chef
Bizarrement n'a pas d'avis

Waldeck Rochet étant malade
Il lui faut un bras droit, de gauche
Et parmi tous les camarades
C'est l'ami Georges qu'il embauche

Avant que Waldeck ne succombe
Il laisse place à son adjoint
Qui aux présidentielles tombe
Sur Valéry Giscard d'Estaing

Pendant sept années, il s'enflamme
Pour faire chuter l'Aristo
Signant même un commun programme
Avec l'ennemi socialo

Puis, arrive le jour de gloire
En mil neuf cent quatre-vingt un
Où la gauche prend le pouvoir
Laissant Giscard à son destin

Trois communistes sont ministres
Dans le nouveau gouvernement
Georges Marchais en parfait cuistre
Ironise sur les perdants

"Taisez-vous monsieur Elkabbach !"
Grommelle-t-il au journaliste
Et quand on sourit, il se fâche
Puis ricane comme un clown triste

Cependant, c'est paradoxal
Son déclin semble s'annoncer
C'est même "la chute finale"
Dit la presse spécialisée

Quand le mur de Berlin s'effondre
Las des régimes répressifs
Georges ne sait que répondre
"C'est globalement positif !"

Mais il est sur la corde raide
Et au vingt-huitième congrès
Au comité central succède
Super-Hue à super-Marchais

En mil neuf cent quatre-vingt-seize
Il a si mauvaise santé
Qu'il doit mettre une parenthèse
À son mandat de député

L'an suivant, quand d'un infarctus
Son rythme cardiaque se plombe
Quelques Français, Cubains et Russes
L'accompagnent jusqu'à sa tombe
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