Un Tableau d'Hélène VINCENT

POÈMES AJOUTÉS
XIX
UN TABLEAU D’HÉLÈNE VINCENT
Amour ! Quand tu le veux, acquiers ce qu’il te plait !
C’est ainsi que je fis en un instant, un seul,
Le bel achat d’une œuvre en tout point mémorable,
À la charmante Hélène, un tableau fabuleux
Baptisé Jeux d’échecs, excusez moi du peu.
Je vais dès à présent vous dérouler sans heurt
Cette œuvre qui me fit l’effet d’un coup de cœur.
Le fond est de Rembrandt, sombre et mystérieux.
Émerge en premier plan, au bas et milieu,
Un morceau d’échiquier supportant une tour
Se détachant sur un personnage de dos
Atourné d’une vague étonnamment soyeuse
De bayadère d’un chatoiement onduleux,
Aux tons de bleu pétrole et noir geai alternés,
Tombant du chef après l’épaule, et par de là
Du cadre du jeu qui, dans un abîme plonge.
S’appuyant sur le coude et levant la sinistre
À la paume éclairée aux longs doigts gracieux,
Il semble soutenir parole en ce lieu.
À gauche de la main qui, d’elle-même parle,
Un fier destrier noir caracole dans l’ombre.
Un second échiquier porte deux autres pièces,
Et derrière la main, un pion dame repose.
L’adversaire se tient, de face, hiératique,
Paré comme il sied à Venise, en arborant
La coiffe enturbannée de couleurs chatoyantes
En trois pans de tissus, bayadères aussi,
Dans des beiges et bleus aux côtés cascadant
Sur un large pourpoint aux reflets de grenat.
Sur des yeux en mystère un grand loup à voilette
Déborde sur le col où fleurit un jabot
Imposant de blanc crème et lui-même tombant
Jusques au Jeu qui fort occupe les Seigneurs.
Un voile de manchette habille le poignet
D’une mousse laiteuse et d’un fort bel effet.
La nonchalante main sortant de cet écrin
Me parait s’attarder mollement sur un roi.
Sur le coin droit du Jeu, bien éclairé en plein,
Crénelée est la tour, à cheval sur trois cases,
Paraissant affronter une maison qui tente
De s’agripper au Jeu, bien que se basculant
Très fort sur l’arrière et va chuter au gouffre !
Revenons au poignet à l’aisance élégante,
Et le bras du sieur où pose un autre jeu,
Presque se balançant, en instabilité,
Laissant à penser qu’il se joue d’apesanteur.
Au fond et sur la droite, un grand déséquilibre
Confond des bâtiments qui semblent chanceler
Autour d’un vaste jeu d’échecs se propulsant
Tel un tapis volant éclairant ce désordre.
Cataclysmique instant qui ne choque en rien
Le calme sérieux de ces deux personnages.
Tout s’effondre autour d’eux ! Rien ne les émeut !
Un fenestron de toit reste encor allumé.
Imperturbablement ils joueront jusqu’au jour.
Prose Alexandrine
Page 23 et 24
Cannes, le 3 Novembre 2014
M.A.B.M.
Droits Réservés
XIX
UN TABLEAU D’HÉLÈNE VINCENT
Amour ! Quand tu le veux, acquiers ce qu’il te plait !
C’est ainsi que je fis en un instant, un seul,
Le bel achat d’une œuvre en tout point mémorable,
À la charmante Hélène, un tableau fabuleux
Baptisé Jeux d’échecs, excusez moi du peu.
Je vais dès à présent vous dérouler sans heurt
Cette œuvre qui me fit l’effet d’un coup de cœur.
Le fond est de Rembrandt, sombre et mystérieux.
Émerge en premier plan, au bas et milieu,
Un morceau d’échiquier supportant une tour
Se détachant sur un personnage de dos
Atourné d’une vague étonnamment soyeuse
De bayadère d’un chatoiement onduleux,
Aux tons de bleu pétrole et noir geai alternés,
Tombant du chef après l’épaule, et par de là
Du cadre du jeu qui, dans un abîme plonge.
S’appuyant sur le coude et levant la sinistre
À la paume éclairée aux longs doigts gracieux,
Il semble soutenir parole en ce lieu.
À gauche de la main qui, d’elle-même parle,
Un fier destrier noir caracole dans l’ombre.
Un second échiquier porte deux autres pièces,
Et derrière la main, un pion dame repose.
L’adversaire se tient, de face, hiératique,
Paré comme il sied à Venise, en arborant
La coiffe enturbannée de couleurs chatoyantes
En trois pans de tissus, bayadères aussi,
Dans des beiges et bleus aux côtés cascadant
Sur un large pourpoint aux reflets de grenat.
Sur des yeux en mystère un grand loup à voilette
Déborde sur le col où fleurit un jabot
Imposant de blanc crème et lui-même tombant
Jusques au Jeu qui fort occupe les Seigneurs.
Un voile de manchette habille le poignet
D’une mousse laiteuse et d’un fort bel effet.
La nonchalante main sortant de cet écrin
Me parait s’attarder mollement sur un roi.
Sur le coin droit du Jeu, bien éclairé en plein,
Crénelée est la tour, à cheval sur trois cases,
Paraissant affronter une maison qui tente
De s’agripper au Jeu, bien que se basculant
Très fort sur l’arrière et va chuter au gouffre !
Revenons au poignet à l’aisance élégante,
Et le bras du sieur où pose un autre jeu,
Presque se balançant, en instabilité,
Laissant à penser qu’il se joue d’apesanteur.
Au fond et sur la droite, un grand déséquilibre
Confond des bâtiments qui semblent chanceler
Autour d’un vaste jeu d’échecs se propulsant
Tel un tapis volant éclairant ce désordre.
Cataclysmique instant qui ne choque en rien
Le calme sérieux de ces deux personnages.
Tout s’effondre autour d’eux ! Rien ne les émeut !
Un fenestron de toit reste encor allumé.
Imperturbablement ils joueront jusqu’au jour.
Prose Alexandrine
Page 23 et 24
Cannes, le 3 Novembre 2014
M.A.B.M.
Droits Réservés
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16 commentaires
Micheline 1940 · le lundi 8 décembre 2014 à 03:24
"Sono rimasta colpita " !
En espérant que vous aussi, Amis Poètes, ressentirez bientôt, au thème de ce tableau, une certaine émotion !
Bien amicalement.
Micheline 1940 · le lundi 8 décembre 2014 à 05:35
louis · le lundi 8 décembre 2014 à 07:58
Amitiés. Richard.
larose · le lundi 8 décembre 2014 à 11:14
Une belle toile et un poème énivrant!! Merci pour ce beau partage!! Bonne journée!! Amitiés
Guy · le lundi 8 décembre 2014 à 17:14
Un tableau attirant et un poème agréable.
Amitiés.
Philip de Berg (Jardin de Lune) · le lundi 8 décembre 2014 à 19:04
Eh bien il se trouve que (à l'instar de Baudelaire, critique d'Art ?????) je découvre ta/votre sensibilité en matière de peinture. D'Art en général, sans doute. Sono meravigliato che !!!! Personnellement ce n'est pas cette peinture qui m'émeut le plus, mais je suis émerveillé par les mots que tu/vous as choisis pour nous faire partager ton ressenti sur cette toile. Comme le souligne la Rose, non seulement l'oeuvre devient énivrante, mais ton poème aussi. Nous autres, sommes gagnants ! (sourires).
Tout cela me ravit, sincèrement, car j'ai dans l'idée que sur notre si sympathique site de poésie, nous enrichissions nos échanges en évoquant également toutes nos petites passions, pas seulement autour de l'Art et du Beau, mais ce qui nous apaise et nous interpelle (musique, peinture, pêche, cinéma.....).
Sans doute évoquerai-je bientôt mon éternelle émotion devant les toiles de Botticelli. En attendant, continuons à distiller entre nous ces belles émotions et les partager. Quel régal, quel bonheur. Merci infiniment. Amitiés. Philip.
Micheline 1940 · le mercredi 10 décembre 2014 à 04:56
Micheline.
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 10 décembre 2014 à 13:33
Domidom · le mercredi 10 décembre 2014 à 17:11
Grâce à votre grand talent, l'art et la prose se confondent....
Vous lire fut un réel bonheur...
Amitiés, Domie...
Micheline 1940 · le vendredi 12 décembre 2014 à 19:38
Poursuivant sur votre commentaire d’Hèlène Vincent, croyez bien que je vous en remercie, tout en restant votre modeste obligée, et vous suggère si vous me le permettez et si vous ne l’avez déjà fait, d’aller la rencontrer sur son Site où elle parle si joliment de sa peinture. Vous verrez ainsi, combien son style a évolué magnifiquement. Me direz-vous ce que vous en pensez ? Je pose ici un temps ma plume, pour vous en laisser à votre belle ouvrage, votre plus chère amie, la Poésie.
Ma bien sincère amitié,
Micheline.
Micheline 1940 · le vendredi 12 décembre 2014 à 19:52
Votre mot, toujours, je le ressens comme une belle et franche poignée de main que l'on tend à celui ou celle qui nous ressemble, et c'est ainsi qu'il m'est perçu, avec toute l'amitié qui me porte à vous en remercier.
Bien à vous et amicalement,
Micheline.
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le samedi 13 décembre 2014 à 15:15
Au-delà de la poésie même, comme je suis heureux de votre sensibilité à l'Art en général. L'Art que moi aussi je chéris sous toutes ses formes. Subsidiairement, je dirai également que je me réjouis de voir la belle tournure et la belle nature des échanges qui s'instaurent entre les uns et les autres, sur notre cher site, sur des sujets qui dépassent la poésie.
Pour en revenir à la peinture, vous m'avez devancé d'une courte longueur, car, "la perche était certainement tendue" lorsque j'ai évoqué Botticelli, mon coeur s'affole à l'évocation du Quattrocento ! J'ai eu la chance - comme vous certainement, quel bonheur ! - d'aller plusieurs fois au Musée des Offices à Florence, m'abimer dans la contemplation jamais rassasié des oeuvres de tous ces maîtres que vous avez mentionnés. Tiens, vous avez oublié Filippo Lippi, que j'affectionne particulièrement pour la délicatesse et la spiritualité qui se dégage de ses oeuvres. Mais je suis persuadé que l'absence de Filippo Lippi dans votre énumération n'est que simple oubli fortuit. Et d'ailleurs ils sont si nombreux ces maîtres ! Chacun d'entre eux est merveilleux. Quant au choc émotionnel et esthétique, je l'ai reçu avec Botticelli. Quel émotion extraordinaire quand pour la première fois, je me suis trouvé en face du Printemps ou de Vénus sortant des eaux. Je croyais rêver ! J’avais pourtant ces œuvres magnifiquement reproduites sur de somptueux livres en papier glacé reproduisant les couleurs à merveille. Mais voir cela de près, « en vrai » ! Je me souviens de ma fascination pour la transparence des dentelles des personnages féminins du Printemps. J’ai passé à chaque fois de longues minutes à en regarder le détail pour essayer de savoir comment le maître s’y prenait. Jusqu’au jour où un étudiant aux Beaux-Arts, florentin érudit m expliquât que le secret était dans la pratique des glacis et des lavis.
Il se trouve, c’est sans doute immodeste d’en faire part, qu’outre l’écriture et la musique, je peins un peu. Oh, je n’ai pas le talent créatif et me contente de faire des copies. Tout à fait conformes dans les dimensions et les couleurs. Mais ce sont des copies. Et, je serais bien entendu incapable de copier un style de la Renaissance Italienne, alors je choisi la voie de la facilité, je copie des toiles peu connues de peintres impressionniste. Je vous le même amour pour les Impressionnistes. Mais pour moi, bien sûr, ce style m’est plus facile à copier.
Tout cela pour dire que sur trois de mes toiles copiées (un paysage de neige de Manet, un bord de rivière de Renoir et la Seine à Paris en hiver, d’un peintre mineur, oh bonheur j’ai réussi à créer qui un effet de lumière, qui des transparences ou des reflets, en travaillant les glacis. J’étais particulièrement fier.
Voilà chère Micheline, j’espère ne pas vous avoir importuné en démarrant « au quart de tour » sur le domaine de la peinture.
Nous évoquions Baudelaire, critique d’Art. Quelle excellence il déployait dans ce domaine !
Pour le reste, si je suis ouvert à toutes les formes d’Art, y compris l’Art moderne, il va sans dire que les crabes et autres chiens de baudruche d’un Jeff Koons ou les phallus d’un McCArthy ornant l’incomparable place Vendôme à Paris peuvent difficilement à mes yeux souffrir le qualificatif « d’Art » !!
Je vais m’arrêter ici, mais au détour d’un commentaire de tes/vos poèmes, nous aurons certainement l’occasion de revenir sur la peinture, la sculpture, la musique….
En matière de musique, vous aurez donc compris que je suis un touche à tout, fasciné par ce que l’on appelle la « rock culture », et rocker à mes heures !!! Mais il y a ce Philip délicat qui a une fascination pour la musique classique et le piano en particulier. Mon cher piano que j’appelle souvent « le miroir de l’âme ».
Mais comme nous sommes ici sur le terrain de la poésie, tu/vous as peut être remarqué que j’évoque souvent la « musique des mots » (lorsque j’écrivis un jour « …..et ses cheveux traçaient dans l’azur des arabesques merveilleuses » pour moi, la déclamation à haute voix de cette phrase est une véritable musique qui vous transporte bien loin ! Je parle rarement de la couleur des mots. Mais tout comme leur musique, les mots ont des couleurs, aussi belle que ces peintures que nous avons évoquées.
Tout au plaisir de nos si sympathiques échanges sur l’Art, je te/vous souhaite, chère Micheline un très bon dimanche et te/vous adresse mes plus sincères et délicates amitiés.
(PS : je vais aller plus avant à la rencontre d’Hélène Vincent, ce qui sera donc un sujet d’échange lorsque je vous ferai part de mes impressions moins diffuses.
PPS : « Ma plus chère amie, la poésie » ? Eh bien elle va désormais être très jalouse de ces deux autres chères amies que sont pour moi la musique et la peinture !!!!)
Philip.
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le samedi 13 décembre 2014 à 15:19
Micheline 1940 · le samedi 13 décembre 2014 à 20:53
Pardonnez-moi si je n'ai pas cité Filippo Lippi le Maître de votre très adulé Botticelli, mais je n'ai pas cité non plus Piero della Francesca, le très exceptionnel Mantegna, Vasari, Giovanni Bellini et des dizaines d'autres, comme vous le savez ! Sans évoquer la sculpture qui est tout à fait prépondérante et foisonnante en Italie.
C'est super important de réaliser de bonnes copies, et de plus difficile, car il faut surprendre et attraper la patte de l'artiste, ce qui n'est pas une mince affaire. Aux A.A. nous avions aussi cours de copie, et à l'époque, adoratrice de Gauguin et de Van Gogh je me suis fait plaisir. Les deux Gauguin dont il ne me reste hélas que des photos en noir et blanc ( un comble pour la très riche palette tahitienne du coloriste Breton ) ont filé sous le manteau d'un indélicat déménageur entre Cannes et Cannes, avec un tapis de Perse ... Pourtant, l'entreprise qui s'occupa du transport entre le Vésinet et Cannes eut toutes les attentions, les délicatesses et une bien extraordinaire honnêteté peu courantes de nos jours. Quand aux copies de Van Gogh, elles ont été offertes, car vous n'êtes pas sans savoir que l'on est pillé lorsque famille et amis pleurent pour avoir "un souvenir de vous" ... Si je devais compter les huiles, les modelages, les portraits et foulards peints sur soie, je pourrai sans exagérer faire une conséquente exposition ! Je n'irai pas plus avant, mais en vous quittant, je vous dirai que les couleurs ont aussi des notes, comme la Musique, et comme la Vie que l'on peut dire rutilante, atone, chaude, froide, vivante ou morte, et de combien d’autres façons encore ! Bon Dimanche à vous, et toutes mes amitiés cher Philippe !
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mardi 23 décembre 2014 à 18:51
Je réponds bien tardivement à votre nouveau commentaire qui rebondit sur mes précédentes réflexions. La vie est dévorante, et les journées sont si courtes. Il m'a même fallu me souvenir de quel poème j'avais pu rebondir et parler de l'Art. Je suis revenu sur Hélène Vincent donc. Et j'ai lu votre réponse. Je n'irai pas plus loin, je suis totalement d'accord avec vous. J'ai revu il y a quelque temps une magnifique reproduction sur papier glacé de la Maria Maddalena de Piero de la Francesca. Des frissons m'ont parcouru le corps devant tant de beauté picturale. De quoi tomber amoureux, à des siècles de distance, du modèle qui servit à ce tableau de la Madone ! Enfin, à Prague puis à Vienne, il y a un peu plus d'un mois, je me suis immergé dans l'Art Nouveau, Mucha d'abord et Klimt ! Ah....le Baiser de Klimt, sous ses yeux. L'Art, toujours l'Art, différent...mais toujours merveilleux ! A bientôt chère Micheline, il me reste d'autre poèmes de toi/vous à lire et commenter. Nos discussions sur l'Art sous toutes ses formes est loin d'être terminée. Amitiés chaleureuses et respectueuses. Philip.
Micheline 1940 · le mardi 30 décembre 2014 à 21:12
Mes meilleures amitiés,
Micheline.
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