Ami lecteur
Toi qui parfois m’as fait l’insigne honneur
En me lisant de trouver ton bonheur,
Si par hasard, plus tard, à ma mémoire…
Eh ! pourquoi pas ? On peut toujours y croire !
Je disais donc : bien après mon trépas,
Si brusquement, il te prenait l’envie
De publier les œuvres de ma vie,
Qu’un éditeur ne refuserait pas
(Car, paraît-il, la mort les octavie),
Ça me ferait bien rigoler là-bas !
De mon vivant, j’eus bien quelques lecteurs
- Oh ! pas beaucoup ! trois ou quatre peut-être -
Et je ne fus jamais appelé maître ;
Mais peu nous chaut, disent certains auteurs,
La qualité passe avant le paraître !
Ouais ! entre nous, je les crois tous menteurs !
Si donc, disais-je, on voulait m’éditer
Je dois, de vous, faire mes légataires.
Il vous faudra fouiner dans mes affaires
Discrètement dans le but d’éviter
Autant qu’on peut, l’étude des notaires :
C’est un endroit à ne pas fréquenter.
Vous trouverez des lais abandonnés
Tout boudinés, au fond dans mes chaussures
(Par ce moyen, j’ai réduit les pointures !)
Dans mon chapeau, j’ai glissé des sonnets
Qui, bien souvent, sont remplis de ratures,
Mais au grenier, ceux-là sont terminés.
Donc, chers amis, mes mandements sont clairs,
Dès à présent, tout cela vous incombe !
Vous poserez ce recueil sur ma tombe,
Et je pourrai lire mes vers aux vers.
En me lisant de trouver ton bonheur,
Si par hasard, plus tard, à ma mémoire…
Eh ! pourquoi pas ? On peut toujours y croire !
Je disais donc : bien après mon trépas,
Si brusquement, il te prenait l’envie
De publier les œuvres de ma vie,
Qu’un éditeur ne refuserait pas
(Car, paraît-il, la mort les octavie),
Ça me ferait bien rigoler là-bas !
De mon vivant, j’eus bien quelques lecteurs
- Oh ! pas beaucoup ! trois ou quatre peut-être -
Et je ne fus jamais appelé maître ;
Mais peu nous chaut, disent certains auteurs,
La qualité passe avant le paraître !
Ouais ! entre nous, je les crois tous menteurs !
Si donc, disais-je, on voulait m’éditer
Je dois, de vous, faire mes légataires.
Il vous faudra fouiner dans mes affaires
Discrètement dans le but d’éviter
Autant qu’on peut, l’étude des notaires :
C’est un endroit à ne pas fréquenter.
Vous trouverez des lais abandonnés
Tout boudinés, au fond dans mes chaussures
(Par ce moyen, j’ai réduit les pointures !)
Dans mon chapeau, j’ai glissé des sonnets
Qui, bien souvent, sont remplis de ratures,
Mais au grenier, ceux-là sont terminés.
Donc, chers amis, mes mandements sont clairs,
Dès à présent, tout cela vous incombe !
Vous poserez ce recueil sur ma tombe,
Et je pourrai lire mes vers aux vers.
8 commentaires
rivaudais · le dimanche 24 mai 2015 à 19:42
marine · le dimanche 24 mai 2015 à 20:15
ma plus grande richesse c'est ça
donc venez ramasser mes cahiers mes classeurs avant le feu
ton testament est magnifique
khartago · le mardi 26 mai 2015 à 09:41
Nemo · le mardi 26 mai 2015 à 10:41
"De mon vivant, j’eus bien quelques lecteurs
- Oh ! pas beaucoup ! trois ou quatre peut-être -"
Eh bien, je ne m'étais pas trompé, j'en ai eu trois (quatre était présomptueux !)
Merci à vous trois Marine, Rivaudais et Khartago, de ne pas m'avoir fait mentir.
Lucille · le mardi 26 mai 2015 à 13:29
Nemo · le mardi 26 mai 2015 à 15:32
Car venant de si loin, ce mot d'outre-atlantique
Rempli de gentillesse et d'élan sympathique,
A reçu dans mon cœur un accueil chaleureux.
Merci à toi.
Pierre.
domidom · le mercredi 27 mai 2015 à 21:55
Vu la richesse de tes écrits, tu peux toujours espérer être lu après ta mort, il en est d'autres, bien plus mauvais que toi, dont on parle encore et toujours....
Alors! Pourquoi pas toi!
Au plaisir de te lire encore très longtemps...
Domie...
Kariane · le mercredi 27 mai 2015 à 23:46
Ah, ah !
J'ai adoré ce poème, c'est exactement mon style
Un style à la fois soutenu et familier, drôle et sérieux hmmmmmm voilà un poète original !!
Merci
Kariane
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