La statue
Dans un angle du parc d’une petite ville,
Une femme de pierre espérait le printemps,
Nul ne la remarquait dans cet endroit tranquille :
Les passants trop pressés s’en allaient grelotants.
Notre statue avait une bien triste mine ;
L’hiver eut pitié d’elle et fort pudiquement,
Il couvrit son sein nu d’une étole d’hermine
Et le gel embellit son front d’un diamant.
Un écureuil fouinait cherchant quelques miettes
Dans un sac en papier envolé sous un banc,
Car tout eut fait l’affaire à défaut de noisettes !
La dame, en son panache, y vit un prétendant.
Un bonhomme de neige, avec son nez-carotte,
Ses petits yeux-charbon, son chapeau défoncé,
Sans mot dire admirait cette adorable idiote
En haut d’un piédestal… et lui dans un fossé.
Mais comment osez-vous, s’exclamait la donzelle,
Vous, un pauvre manant, lever les yeux sur moi ?
Ignorez-vous, bouseux, que le destin m’appelle ?
Moi qui vais épouser le fils aîné du roi !
Mais quand le redoux vint, elle se trouva nue,
Seule au fond de son parc, dans un coin, comme avant,
Elle vit disparaître, au bout de l’avenue,
Le chapeau du bonhomme, emporté par le vent.
Madame, vous avez la beauté, la richesse,
Mais comme la statue, il se pourrait qu’un jour,
Si, l’hiver finissant, la Fortune vous laisse
Vous recherchiez en vain votre vieux troubadour.
Une femme de pierre espérait le printemps,
Nul ne la remarquait dans cet endroit tranquille :
Les passants trop pressés s’en allaient grelotants.
Notre statue avait une bien triste mine ;
L’hiver eut pitié d’elle et fort pudiquement,
Il couvrit son sein nu d’une étole d’hermine
Et le gel embellit son front d’un diamant.
Un écureuil fouinait cherchant quelques miettes
Dans un sac en papier envolé sous un banc,
Car tout eut fait l’affaire à défaut de noisettes !
La dame, en son panache, y vit un prétendant.
Un bonhomme de neige, avec son nez-carotte,
Ses petits yeux-charbon, son chapeau défoncé,
Sans mot dire admirait cette adorable idiote
En haut d’un piédestal… et lui dans un fossé.
Mais comment osez-vous, s’exclamait la donzelle,
Vous, un pauvre manant, lever les yeux sur moi ?
Ignorez-vous, bouseux, que le destin m’appelle ?
Moi qui vais épouser le fils aîné du roi !
Mais quand le redoux vint, elle se trouva nue,
Seule au fond de son parc, dans un coin, comme avant,
Elle vit disparaître, au bout de l’avenue,
Le chapeau du bonhomme, emporté par le vent.
Madame, vous avez la beauté, la richesse,
Mais comme la statue, il se pourrait qu’un jour,
Si, l’hiver finissant, la Fortune vous laisse
Vous recherchiez en vain votre vieux troubadour.
6 commentaires
rivaudais · le lundi 22 juin 2015 à 17:06
Salus · le lundi 22 juin 2015 à 17:11
Vos écrits ne sont point qu'on lirait d'un hussard,
Et ce sont de vers tels que perdurent l'aronde
Et son azur fécond dont je goûte la ronde.
domi · le lundi 22 juin 2015 à 19:30
bisous.
marine · le lundi 22 juin 2015 à 20:09
nemo · le mardi 23 juin 2015 à 16:38
Micheline 1940 · le mercredi 24 juin 2015 à 03:58
Votre statue m'a fait penser à la vieille Vénus dans un bosquet chétif …de Baudelaire.
« Je n'ai pas oublié, voisine de la ville,
Notre blanche maison, petite mais tranquille ;
Sa Pomone de plâtre et sa vieille Vénus
Dans un bosquet chétif cachant leurs membres nus,
Et le soleil, le soir, ruisselant et superbe,
Qui, derrière la vitre où se brisait sa gerbe,
Semblait, grand oeil ouvert dans le ciel curieux,
Contempler nos dîners longs et silencieux,
Répandant largement ses beaux reflets de cierge
Sur la nappe frugale et les rideaux de serge. »
J'ai autant apprécié votre poème que celui qui m'est cher de Ch.B. C'est dire !
Bien amicalement,
M.
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