Visage du cheval
Les animaux, la nuit, veillent sur l’univers
Et le protègent comme une muraille en pierre.
La tête de la vache avec ses cornes lisses
Produit des frottements dans la paille qui crisse.
Un front pierreux et lourd pèse sur les pommettes
Et les écarte, aussi les gros yeux de la bête
Tournent-ils avec peine en cercle.
Le visage
Du cheval est plus beau, intelligent et sage.
Il entend chuchoter les feuilles dans les bois,
Il entend les cailloux qui bruissent sous les pas
De fauves et les voix provenant des arbustes ;
Attentif, il entend dans le bosquet vétuste
Le rossignol triller sa chanson mélodieuse.
Il ne lui manque pas de visions fabuleuses,
Mais à qui pourra-t-il raconter les merveilles
Qu’il entend et qu’il voit la nuit pendant qu’il veille ?
Le firmament nocturne est profond. Les étoiles
Brillent comme une armée sans nombre. Le cheval
Est là tel qu’un guerrier ou une sentinelle,
Le vent frais joue avec ses poils légers et frêles,
Comme une pourpre ondoie sa royale crinière,
Ses yeux étincelants sont deux grands univers.
Et si l’homme eût pu voir ce visage magique,
Il eût extrait sa langue impuissante anémique
Et la lui eût donné, pour qu’enfin il parlât :
Le cheval prodigieux est digne de cela !
Ses paroles seraient grandes comme des pommes,
Denses comme le miel, ou le lait, ou le baume,
Pareilles à des feux qui éclairent le cœur
Comme un taudis modeste et pauvre à l’intérieur,
Qui ne meurent jamais, qui jamais ne s’étiolent ;
On voudrait répéter ces brûlantes paroles,
En faire des chansons pour la postérité,
Les apprendre par cœur, savourer et scander.
Mais voilà que l’étable est déserte. Les arbres
Eux aussi sont partis. Le petit jour – blafard,
Brumeux et gris – rampant à travers monts et vaux,
Avance découvrant les champs pour les travaux,
Et la jument docile, attelée dans sa cage,
En tirant humblement son chariot, dévisage
Le monde mystérieux, cet impassible monde
À peine illuminé par le soleil qui monte.
Et le protègent comme une muraille en pierre.
La tête de la vache avec ses cornes lisses
Produit des frottements dans la paille qui crisse.
Un front pierreux et lourd pèse sur les pommettes
Et les écarte, aussi les gros yeux de la bête
Tournent-ils avec peine en cercle.
Le visage
Du cheval est plus beau, intelligent et sage.
Il entend chuchoter les feuilles dans les bois,
Il entend les cailloux qui bruissent sous les pas
De fauves et les voix provenant des arbustes ;
Attentif, il entend dans le bosquet vétuste
Le rossignol triller sa chanson mélodieuse.
Il ne lui manque pas de visions fabuleuses,
Mais à qui pourra-t-il raconter les merveilles
Qu’il entend et qu’il voit la nuit pendant qu’il veille ?
Le firmament nocturne est profond. Les étoiles
Brillent comme une armée sans nombre. Le cheval
Est là tel qu’un guerrier ou une sentinelle,
Le vent frais joue avec ses poils légers et frêles,
Comme une pourpre ondoie sa royale crinière,
Ses yeux étincelants sont deux grands univers.
Et si l’homme eût pu voir ce visage magique,
Il eût extrait sa langue impuissante anémique
Et la lui eût donné, pour qu’enfin il parlât :
Le cheval prodigieux est digne de cela !
Ses paroles seraient grandes comme des pommes,
Denses comme le miel, ou le lait, ou le baume,
Pareilles à des feux qui éclairent le cœur
Comme un taudis modeste et pauvre à l’intérieur,
Qui ne meurent jamais, qui jamais ne s’étiolent ;
On voudrait répéter ces brûlantes paroles,
En faire des chansons pour la postérité,
Les apprendre par cœur, savourer et scander.
Mais voilà que l’étable est déserte. Les arbres
Eux aussi sont partis. Le petit jour – blafard,
Brumeux et gris – rampant à travers monts et vaux,
Avance découvrant les champs pour les travaux,
Et la jument docile, attelée dans sa cage,
En tirant humblement son chariot, dévisage
Le monde mystérieux, cet impassible monde
À peine illuminé par le soleil qui monte.
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4 commentaires
claude · le lundi 17 janvier 2011 à 22:08
nyckhoff · le mardi 18 janvier 2011 à 17:51
sabaoth · le jeudi 27 janvier 2011 à 14:40
Nyckhoff · le vendredi 28 janvier 2011 à 15:00
Les trads en proses y en a déjà un max, faut essayer enfin de le traduire en vers. Le texte russe n’est pas tout à fait blanc, il est en partie rimé : je le connais par cœur. Et puis, vous n’êtes sans doute pas sans savoir que le vers russe est syllabo-tonique. Comment rendre en vers français les pieds ïambiques ? Force me fut de trouver un autre moyen rythmique, et la rime est quasi l’unique moyen dans les langues romanes qui ignorent ïambes, dactyles etc.
Les chevilles ?... Hm… Bon, peut-être bien… Vous pouvez préciser, où vous les voyez ?
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