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Poésie 17

ET L'OR DE LEURS CORPS

Le samedi 1 novembre 2014 à 19:41, posté par Iroquoisie · 209 lectures

ET L’OR DE LEURS CORPS

« Je suis belle, ô mortels ! Comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.»
Charles Baudelaire (La beauté)

C’est dans le miracle de l’arche, la croupe arrondie des collines, l’ondulation
des blés, ou bien encore dans la plénitude du cercle qu’il nous faut chercher l’essence
même de la beauté. Mais dans cet insondable mystère, sans doute n’existe-t-il
séduction ni harmonie plus grandes que l’ostentation d’un corps féminin.
Ainsi, à l’orée des taillis luxuriants, ce duo de vahinés complices, assises à la
mode tahitienne, qui affiche des splendeurs différentes, d’âge mûr et de jeune fille,
mais d’une égale perfection pour interdire tout dévolu:
L’une dévoile les charmes de la Dryade secrète des sous-bois, baignée des
senteurs du bananier sauvage et des gardénias, nymphe des sources vives, au ventre
lisse de vallée fertile, aux seins de dunes aquatiques et de rubis ciselés, au sexe
d’orage, aux cuisses de contrescarpe...
Dans la gémellité, l’autre nous rappelle une Néréide des mers chaudes, aux
coulées d’or fauve, fille du soleil et des sèves printanières, à la peau douce de monoï
et de canne sucrée, aux hanches souples de pirogue à balancier...
Sculpturales et sensuelles, dans la proximité des criques amarrantes, comme
deux fleurs déposées par l’unique Providence sur ce rivage où elles paressent en
attendant l’amour, elles composent ici l’étonnant paradoxe d’insolite beauté.
En comparaison, diamants, émeraudes, gemmes rares ne sont qu’insignes
verroteries, crachats de magmas rocheux dont les reflets trompeurs n’ont d’autre
préciosité que leur fonction de parure. De même, l’or le plus pur ne vaut mieux que le
bronze qui est sans plaisir et sans joie.
La beauté se conçoit nue, sans voiles, sans artifices et jamais n’est impudique.
Elle se veut libre aussi, dans l’entrelacement des lianes.

Emile Ducharlet (extrait de “Dix poèmes dans le jardin de Gauguin”)

Voir Blog perso : http://poesie14-18.blogspot.fr/
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