MEMOIRES IMAGINAIRES : LE PURGATOIRE

Cher journal,
J’étais immobile dans une Eternité blême, sans repère, hurlant un cri ininterrompu qui se perdait dans l’immensité du Néant, jusqu’à ce que foi succombe à la lueur des brasiers infernaux.
Et me voici en ce lieu, parmi ces âmes qui ont tellement survécu, le corps ployé de tant de suppliques vaines.
Tous mes pleurs endurcis ont creusé le lit d’une rivière aux flots noirs qui s’engouffre et s’exaspère puis disparait dans le sinistre corridor des restes de mes dérisions fanées. Comme un chemin stérile au bord duquel ne poussaient que des herbes folles et des cris fatigués.
Et je cherchais des yeux les incroyables cascades que j’avais tant rêvées, dans les vapeurs de l’Aube que ne réchauffe aucun soleil.
J’ai dissipé mes fautes et dans ma sainte pénitence, le cœur encore contrit, j’avance.
Où sont les chants célestes quand, alentour, un vent docile emporte au Zénith l’âme des corps brûlés et leur foi misérable ?
Où sont ces doux cortèges d’anges étincelants étreints par la pitié des Hommes ?
Mon cœur s’est raffermi. Il n’est plus le compagnon méprisable de mes vents contraires, où soufflaient à l’infini tous les frissons de vagues qui noyaient mon jardin.
Je ne sens plus mon corps. Comme une sombre dépouille, je l’ai abandonné, prodigieuse carcasse aux ossements blanchis.
Me voici presque nu, vêtu de mon pardon, gravissant l’Horizon, qui n’a plus de frontière, pour un derniers recours, quand meurt le point du jour.
Parmi les innocents, je partage mes pas, encore si fiévreux dans ces limbes de nacres et ces buissons froissés.
Qu’on me donne la force de boire à la source, de cueillir sur les vignes les caresses du jour. Et près des pâturages et des ruches aux yeux d’or, qu’on me laisse m’étendre pour le repos sacré.
Mes haillons fatigués d’une intime noblesse ont portés mes paupières aveuglées par le froid des éternels tombeaux creusés jusqu’à l’ivresse, pour cacher nos regards.
Et vais-je mériter, pèlerin sans boussole, le dernier des pardons avant les ors célestes, pour regarder le ciel, écraser une larme, comme l’ultime aveu lavant tous les péchés.
Dans la brume blanche enfin j’avance.
Je te confie ces lignes, cher journal et te dis à bientôt.
…………………………………………………………………………………
"La tombe est soit un jardin parmi les jardins du Paradis ou un fossé parmi les fossés de l'Enfer " (Zayn al-Abidîne)
(PHOTO : le Purgatoire de Botticelli)
J’étais immobile dans une Eternité blême, sans repère, hurlant un cri ininterrompu qui se perdait dans l’immensité du Néant, jusqu’à ce que foi succombe à la lueur des brasiers infernaux.
Et me voici en ce lieu, parmi ces âmes qui ont tellement survécu, le corps ployé de tant de suppliques vaines.
Tous mes pleurs endurcis ont creusé le lit d’une rivière aux flots noirs qui s’engouffre et s’exaspère puis disparait dans le sinistre corridor des restes de mes dérisions fanées. Comme un chemin stérile au bord duquel ne poussaient que des herbes folles et des cris fatigués.
Et je cherchais des yeux les incroyables cascades que j’avais tant rêvées, dans les vapeurs de l’Aube que ne réchauffe aucun soleil.
J’ai dissipé mes fautes et dans ma sainte pénitence, le cœur encore contrit, j’avance.
Où sont les chants célestes quand, alentour, un vent docile emporte au Zénith l’âme des corps brûlés et leur foi misérable ?
Où sont ces doux cortèges d’anges étincelants étreints par la pitié des Hommes ?
Mon cœur s’est raffermi. Il n’est plus le compagnon méprisable de mes vents contraires, où soufflaient à l’infini tous les frissons de vagues qui noyaient mon jardin.
Je ne sens plus mon corps. Comme une sombre dépouille, je l’ai abandonné, prodigieuse carcasse aux ossements blanchis.
Me voici presque nu, vêtu de mon pardon, gravissant l’Horizon, qui n’a plus de frontière, pour un derniers recours, quand meurt le point du jour.
Parmi les innocents, je partage mes pas, encore si fiévreux dans ces limbes de nacres et ces buissons froissés.
Qu’on me donne la force de boire à la source, de cueillir sur les vignes les caresses du jour. Et près des pâturages et des ruches aux yeux d’or, qu’on me laisse m’étendre pour le repos sacré.
Mes haillons fatigués d’une intime noblesse ont portés mes paupières aveuglées par le froid des éternels tombeaux creusés jusqu’à l’ivresse, pour cacher nos regards.
Et vais-je mériter, pèlerin sans boussole, le dernier des pardons avant les ors célestes, pour regarder le ciel, écraser une larme, comme l’ultime aveu lavant tous les péchés.
Dans la brume blanche enfin j’avance.
Je te confie ces lignes, cher journal et te dis à bientôt.
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"La tombe est soit un jardin parmi les jardins du Paradis ou un fossé parmi les fossés de l'Enfer " (Zayn al-Abidîne)
(PHOTO : le Purgatoire de Botticelli)
10 commentaires
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 6 novembre 2013 à 18:00
Je vous souhaite une bonne lecture. Amitié à tous et à toutes. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 6 novembre 2013 à 18:48
Merci, chère Marie. Je mesure tout ce que porte tes mots, pour toi, lorsque tu écris "une lumière blanche est apparue"". Je ne suis pas porteur de lumière. Je l'ai cru si souvent. Je le crois parfois encore. Il m'est toujours émouvant de voir que parfois mes mots apportent de l'émotion. Mais c'est réciproque. La poésie est quelque chose de merveilleux. Elle est partage, elle est message. Ces messages s'adressent-ils à chacun d'entre nous. Je veux bien le croire. Et crois-moi, chère Marie, ce petit site de poésie où nous avons atterri un jour, peut être un havre de joie, un....rayon de lumière, n'est-ce pas ? Tous ces mots qui viennent de tous les coins de notre pays et même de bien plus loin. Des mots griffés, chantés, murmurés, hurlés, écrits avec notre émotion. Merci de tes commentaires. Ils sont aussi importants que le reste. Mots croisés et souvent maux croisés, n'est-ce pas. Ces mots nous relient dans le temps et dans l'espace et à toute heure peuvent nous apaiser.
La suite de ces mémoires ? Bah, il me faut alterner avec les poèmes plus traditionnels et puis il me faut de l'imagination. Mais je vais continuer à écrire, bien sûr, à m'en écorcher l'âme et en vous donnant à tous la seule chose que je puisse donner sans erreur : ma chaleur. Un bien modeste, un très modeste présent dont je mesure la vaniteuse ambition. Prends soin de toi chère Âme. Amitié sincère. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
larose · le jeudi 7 novembre 2013 à 12:03
Je vais me confesser car j'ai très peur!!! :)
Toujours aussi talentueux cher poète, une histoire passionnante et émouvante j'ai adoré!!! Merci pour ce beau partage!! Bonne journée!! Biz
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le jeudi 7 novembre 2013 à 13:31
Bonjour, Marie, pas la peine d'aller à confesse. Et puis, là, nous sommes au Purgatoire, juste aux portes du Paradis. Cette prose poétique n'est pas à proprement une histoire, tu sais....mais peut s'interpréter comme telle. A suivre donc ! Amitiés et bisous. Philip.
Pour EUPHONIE :
Désolé, je m'aperçois que j'ai dû cliquer trop rapidement, je ne retrouve plus ton commentaire. Mais au moins tu as ma réponse et le lecteur peut à peu près comprendre quel était le fond de ton commentaire. A bientôt. Amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
domidom · le jeudi 7 novembre 2013 à 16:47
Peut-être que l'enfer est sur la terre et le Paradis sous la terre, on peut tout imaginer, et tu le fais très bien. J'espère simplement que nous aurons une suite, car moi, j'attends toujours la suite de mon feuilleton et j'ai bien peur de rester sur ma faim....
Bisous, Domie...
http://www.mespoemes.net/domidom
Aline · le vendredi 8 novembre 2013 à 10:39
J'attends ton prochain poème avec impatience :)
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 8 novembre 2013 à 11:53
Oui, ce n'est que de l'imagination. Bon, la suite ne sera pas très longue. Encore un petit passage au Purgatoire, puis enfin le Paradis. Et comme ce ne sont pas de vraies mémoires (n'est-ce pas ?) on passera à autre choses. Merci d'aimer mes écrits. Gros bisous. Philip.
Pour ALINE :
Oui, mon personnage est un peu perdu, mais c'est normal, j'ai imaginé le Purgatoire un peu brumeux (décidément, la brume, la brume, c'est la saison qui veut ça !) alors l'on ne sait pas trop où l'on est. ! Bon, ben on va tranquillement s'atteler à la suite, mais en attendant on va alterner avec d'autres poèmes (et n'oublie pas qu'on a notre poème à deux en préparation !).
Gros <3 et amitiés :o) Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le samedi 9 novembre 2013 à 17:08
Oups, désolé Raphaëlle, j'ai cliqué par erreur sur "supprimer" ou lieu de "lire le commentaire". Je te demande pardon. Mais le l'ai lu, ne t'inquiète pas. Un gentil commentaire. Tu as aimé ? C'est imaginaire, mais c'est quand même un peu le long et difficile chemin de ma vie. Mais elle n'est ni enfer, ni purgatoire, simplement c'est la vie, comme chacun de nous la traverse. Mis en poème, avec la touche romantique d'usage. Merci d'avoir apprécié. Amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
raphaelle13 · le samedi 9 novembre 2013 à 21:14
J'aime ce romantisme. Amicalement, Raphaëlle.
scorpionne · le jeudi 11 octobre 2018 à 10:22
Quel plaisir de poursuivre tes mémoires imaginaires ! On retrouve le narrateur au Purgatoire et on le sent perdu mais en même temps, on le sent un peu plus serein. La dernière phrase ("Dans la brume blanche enfin j’avance.") est porteuse d'espoir.
Profite bien de tes vacances bien cher Philip.
Très amicalement,
Jocelyne
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