LE SONGE DE NEUSCHWANSTEIN

(Re-post)
PROLOGUE SOUS UN CIEL D'AUTOMNE
Les lourds nuages chargés d’automne roulaient sur les toits de la Ville, lorsque soudain les cloches de Saint-Louis en l’Isle sonnèrent à la volée, comme j’abordais le portail de l’Hôtel de Morland.
Surgie du mur d’enceinte, une gerbe de feuilles roussies, craquantes sous les pieds, se répandit en cascades, à quelques pas de moi.
Alors comme le dormeur qui s’éveille et profite de la fragile démarcation entre le rêve et la réalité, je contemplais les façades dociles, témoins du temps qui passe, sans que ne s’échappent les secrets perdus dans chaque pierre ou simplement oubliés dans l’air des jours.
De l’argile d’une impression fugitive, née peut être de la perception d’une bienheureuse mélancolie, resurgit quelque part au fond de moi, un refrain dépouillé de Satie, comme l’invitation pour une croisière dérisoire, où l’on s’émerveille à l’avance de goûter au parfum de l’ambroisie.
AU BOUT DE L'EXIL
Ce fut comme une rupture, un impact soudain dans un recoin obscur de ma mémoire, à cet endroit inaccessible où s’entassent pêle-mêle nos désirs et notre besoin d’étouffer les voix de la conscience.
C’est l’heure où l’âme bouillonne, nue et désemparée devant l’infinitude des colonnes antiques qui se dressent sous l’aurore, à l’horizon de Paestum (1).
L’heure où les senteurs distraites des genêts sauvages et la brise marine mêlée, sont une invitation subtile à rejoindre un Panthéon invisible.
L’aurore me surprit ainsi aux pieds des colosses de pierre qui annoncent l’entrée du temple de Poséidon.
Et dans le vestibule fragile de mon âme, je déposais sans le savoir les derniers lambeaux de ma propre compassion.
En cette seconde précise j’étais à mon tour, comme ce paysage désert - et pourtant si riche de présences invisibles - qui s’étendait à mes pieds. Non pas que je me sentis purifié par quelque serment intérieur, ni simplement délivré d’un mal quotidien. J’étais. Enfin. Simplement, sans occurrence.
A l’ombre des symboles contournés par les premiers rayons obliques du soleil, comme s’ils n’osaient révéler les secrets de ces temples grecs oubliés par le temps, une phrase traversa soudain ma mémoire : « Il ne suffit pas de tracer le cercle magique de sa suffisance pour exorciser nos propres démons ».
(1) Vestiges d’une ancienne colonie grecque à une centaine de kilomètres de Naples, où subsistent trois temples d’une grande beauté.
PROLOGUE SOUS UN CIEL D'AUTOMNE
Les lourds nuages chargés d’automne roulaient sur les toits de la Ville, lorsque soudain les cloches de Saint-Louis en l’Isle sonnèrent à la volée, comme j’abordais le portail de l’Hôtel de Morland.
Surgie du mur d’enceinte, une gerbe de feuilles roussies, craquantes sous les pieds, se répandit en cascades, à quelques pas de moi.
Alors comme le dormeur qui s’éveille et profite de la fragile démarcation entre le rêve et la réalité, je contemplais les façades dociles, témoins du temps qui passe, sans que ne s’échappent les secrets perdus dans chaque pierre ou simplement oubliés dans l’air des jours.
De l’argile d’une impression fugitive, née peut être de la perception d’une bienheureuse mélancolie, resurgit quelque part au fond de moi, un refrain dépouillé de Satie, comme l’invitation pour une croisière dérisoire, où l’on s’émerveille à l’avance de goûter au parfum de l’ambroisie.
AU BOUT DE L'EXIL
Ce fut comme une rupture, un impact soudain dans un recoin obscur de ma mémoire, à cet endroit inaccessible où s’entassent pêle-mêle nos désirs et notre besoin d’étouffer les voix de la conscience.
C’est l’heure où l’âme bouillonne, nue et désemparée devant l’infinitude des colonnes antiques qui se dressent sous l’aurore, à l’horizon de Paestum (1).
L’heure où les senteurs distraites des genêts sauvages et la brise marine mêlée, sont une invitation subtile à rejoindre un Panthéon invisible.
L’aurore me surprit ainsi aux pieds des colosses de pierre qui annoncent l’entrée du temple de Poséidon.
Et dans le vestibule fragile de mon âme, je déposais sans le savoir les derniers lambeaux de ma propre compassion.
En cette seconde précise j’étais à mon tour, comme ce paysage désert - et pourtant si riche de présences invisibles - qui s’étendait à mes pieds. Non pas que je me sentis purifié par quelque serment intérieur, ni simplement délivré d’un mal quotidien. J’étais. Enfin. Simplement, sans occurrence.
A l’ombre des symboles contournés par les premiers rayons obliques du soleil, comme s’ils n’osaient révéler les secrets de ces temples grecs oubliés par le temps, une phrase traversa soudain ma mémoire : « Il ne suffit pas de tracer le cercle magique de sa suffisance pour exorciser nos propres démons ».
(1) Vestiges d’une ancienne colonie grecque à une centaine de kilomètres de Naples, où subsistent trois temples d’une grande beauté.
16 commentaires
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le jeudi 3 juillet 2014 à 17:07
Le présent texte qui regroupe les deux premières parties (un prologue et le début d'un premier chapitre), m'est très cher. En effet, j'ai commencé à l'écrire en 1988 je crois, en témoignage de l'admiration que je porte à l'écriture de Stendhal et de Chateaubriand. Je crois que c'est à cette période que j'ai pris conscience de la musique qu'engendrent les mots lorsqu'ils sont mis en forme avec.....amour, l'amour de l'écriture. Oui, amour de l'écriture ou respect du verbe. Il s'agit ici de prose. Certains littérateurs reconnaissent le genre que l'on appelle la "prose poétique". D'autres, pas. Mais celui qui aura peut-être fait quelques études de lettres apprendra que le langage poétique s'analyse à deux niveaux (que l'on pardonne le langage savant qui suit !!!) : l'un phonique - et à cette fin, la prosodie, les rimes, etc.... prennent tout leur sens - et la sémantique où les mots et leurs associations font émerger un signifiant que veut exprimer l'auteur. Mon texte qui donc est écrit dans un langage non versifié à l'ambition (que je ne me donne qu'à moi-même) de poser les même signifiances que dans le cadre d'un poème. (Ouh, là, là ! J'ai l'impression d'être extrêmement prétentieux !).
Je vous dis cela parce que, comme je l'ai précisé, ce texte m'est cher car il concrétise pour moi l'amour de l'écriture et du Beau.
Sur le fond, alors que mon écrit n'avait pas d'intitulé générique voici deux ans, il a aujourd'hui un titre : "le Songe de Neuschwanstein". Neuschwanstein est le nom du château de Louis II de Bavière, véritable décor de théâtre pour saga wagnériennes. Eh bien justement, car l'histoire est celle d'un chef d'orchestre qui "lâche tout" pour un exil et composer l'oeuvre de sa vie, en se rendant à l'ultime étape de son périple : Neuschwanstein.
Le récit nous conduit ce soir à Paestum, sur la côte amalfitaine, après Naples, un lieu magique où j'eus la chance de me rendre il y a quelques années.
Enfin, à l'heure où nous somme en plein débat sur les posts avant et après minuit qui remplissent la page journalière des poèmes, je vous fait mes excuses pour avoir reposté un texte ancien. Avec le suivant, j'en aurai regroupé 2 chapitres par 2 chapitres.
Mais chacun, il faut le souligner à l'attention des nouveaux, est libre de reposté un poème ou un texte ancien, à condition de ne pas en abuser.
Je vous souhaite, je l'espère, un peu d'intérêt pour mon écrit et vous assure des mes amitiés les plus sincères. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
salus · le jeudi 3 juillet 2014 à 17:09
philipchevalier · le jeudi 3 juillet 2014 à 17:12
Eh bien, mon cher Salus, alors que tu me lisais et me faisais ce commentaire, j'étais en train d'écrire mon auto-com, dans lequel - outre un petit à propos sur la poétique - je donne une première explication. Mais, meêm sans les explications, le texte n'est pas si étrange que ça, uh ? Et il est contemporain, l'action se passe de nos jours, même si mon écriture est (volontairement) datée genre XIXème siècle. Amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Ivy · le jeudi 3 juillet 2014 à 17:23
Puis, à mon sens, c'est mieux de poster en deux fois que de risquer d'ennuyer les lecteurs avec un texte à rallonge.Mais cela n'engage que moi.
Amitiés
----
http://www.mespoemes.net/neige
Cerise · le jeudi 3 juillet 2014 à 17:35
Merci aussi pour toutes ces explications concernant la prose poétique. J'ai lu, il y a peu, un roman infiniment poétique "le cœur cousu" de Carole Martinez.
Bon je remonte lire tranquillement ton histoire.
à bientôt
amicalement,
Béatrice
cerise · le jeudi 3 juillet 2014 à 17:41
J'ai particulièrement aimé :
"En cette seconde précise j’étais à mon tour, comme ce paysage désert - et pourtant si riche de présences invisibles - qui s’étendait à mes pieds. Non pas que je me sentis purifié par quelque serment intérieur, ni simplement délivré d’un mal quotidien. J’étais. Enfin. Simplement, sans occurrence. "
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le jeudi 3 juillet 2014 à 18:23
Merci Béatrice. Il y a dans l'extrait que tu as cité, un peu de réminiscences de mon lointain séjour sur la côte amalfitaine, une endroit merveilleux de l'Italie. Et, aujourd'hui, encore, il me suffit de fermer les yeux pour revoir la couleur turquoise du rivage, et le tremblement de l'air à l'été frémissant. C'était des moments.....magiques qui faisaient que - comme je l'ai écrit/décrit - "c'était l’heure où l’âme bouillonne, nue...".
Le narrateur, qui est le personnage principal de la nouvelle, est, lui aussi musicien !!!!!! Il s'appelle.......Norman ! (l'autre c'est Malcom, ha, ha !).
Amitiés, chère Cerise. Philip.
(merci , au fait, pour tes conseils de lectures).
Pour IVY :
Eh bien, avec ces histoires de posts qui - tout à fit dans le respect des règles du site - font redescendre les autres poèmes rapidement en page 2, je me suis senti un peu gêné de remettre un de mes textes. J'avais reposté aussi un de mes anciens poèmes, il y a quelques semaines. Mais, tout ça - si le respect est là - ce n'est pas bien grave ! Amitiés et bises. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
Ivy · le jeudi 3 juillet 2014 à 19:07
Biz
http://www.mespoemes.net/worrell02
euphonie · le jeudi 3 juillet 2014 à 20:39
http://www.mespoemes.net/euphonie
Le coeur léger, la paix au coeur j'ai lu ton repostage, pour la première fois vu que je suis nouvelle dans mespoèmes
J'aime, "a cette seconde précise, j'étais à mon tour, comme ce paysage"
Souvent assise dans mon jardin, je ne fait plus qu'un avec la nature
Mais Philip on restera toujours sur notre faim, consernant Martha et Malcom!
Philip si tu as Domie au téléphone fait lui le bonjour de la part de la Marie
Om
Marie
Philip de Berg · le jeudi 3 juillet 2014 à 21:19
Chère Marie, merci pour ton appréciation de cet écrit que je ressort et espère poursuivre. Tout comme Martha et le reste. Je m'y suis résolu. On verra bien. Si j'ai ressorti ce texte (la suite demain), c'est un peu par orgueil, car c'est un texte en prose que je considère bien écrit. C'était à une période où j'écrivais à peu près bien. Malgré tout ce que peuvent penser les ami(e)s, à quelques exceptions près, comme mon "Aurores des bals oubliés" d'hier, dont je suis satisfait, mon écriture s'étiole de plus en plus et - mais je suis peut-être le seul à le ressentir - et n'a plus la même force qu'autrefois.
Domie ? Je l'ai eu au téléphone en fin d'après-midi. Elle va bien. Elle a seulement eu des problèmes d'ordinateur. Mais je dois la rappeler demain matin. Je ne manquerai pas de lui passer le bonjour de ta part. Amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
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micheline1940 · le jeudi 3 juillet 2014 à 21:46
Bisous, et à demain...
Merci Euphonie, j'ai beaucoup de retard à combler dans mes lectures, mais j'espère bien m'en sortir avec un peu de temps....
En attendant, je te fais un gros bisous ...
A plus, Domie...
http://www.mespoemes.net/micheline1940
domidom · le jeudi 3 juillet 2014 à 21:47
J'ai encore oublier d'inscrire mon pseudo....
Bisous...
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
rivaudais · le vendredi 4 juillet 2014 à 00:29
http://www.mespoemes.net/cauria
neige · le vendredi 4 juillet 2014 à 08:51
http://www.mespoemes.net/neige
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 4 juillet 2014 à 19:08
Pour RIVAUDAIS :
Merci pour ton compliment. Est-ce parce que j'évoquais - en filigrane de cet écrit - mon amour pour Stendhal et Chateaubriand que tu as perçu le petit effort d'écriture que j'ai voulu faire en son temps (rien qu'un petit challenge personnel).
Je remarque que nombre d'ami(e)s utilisent des superlatifs flatteurs pour moi, pour décrire mon écriture. Cela me gêne parfois énormément, même si cela me flatte. J'ai dû dire un jour qu'un proverbe corse dit "troppo, estropio". Cela se passe de commentaires. Je suis pourtant dans ce paradoxe pas évident, de vouloir me faire tout petit et que l'on m'oublie et en même temps dans ce besoin lancinant d'exister et de ne pas être oublié. C'est pour cela que je prends conscience que chacun de mes mots est pour moi d'importance car il n'est pas forcément porteur de simplicité et de respect. Amitiés. Philip.
Pour DOMIE :
Merci de ta fidélité, mon amie. Pourquoi donc m'affublez vous de termes comme "formidable écriture" ou "fabuleux conteur".
Ce serait difficile à expliquer, mais cela devient presque une souffrance pour moi, à peine de penser que chacun de mes mots peut être considéré comme insincère. Il ne faut voir en moi que quelqu'un de doux et "d'innocent" (au sens simple d'esprit' qui ne voit pas le mal) c'est à dire celui - et toi tu me connais bien maintenant - qui n'est que le doux rêveur sur son Jardin de Lune. Je crois que de plus en plus ce pseudo, qui m'est venu spontanément à l'esprit voici deux ans et demi, me correspond bien. Mais en fait, je n'aurais jamais dû atterrir sur ce site, pourtant merveilleux par ses échanges et ce qui s'en dégage. Amitiés et bisous. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
debbie · le jeudi 23 août 2018 à 10:40
Belle journée !
Amitié
Debbie
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