LE PARDON DES DAMNES

(Ce n’est rien que le cœur qui chiale ses regrets)
Ô vent, disperse mes regrets à tout jamais.
Mes yeux sont morts, noyés de givre étincelant.
Dans l’hiver odieux où, près de ces cœurs défaits,
Comme un supplicié, j’abjurais en chancelant,
La noirceur des jours que j’avais avec mépris
Volé au Destin pour noyer comme un pervers,
Ce qui restait de la Beauté, sans foi, surpris
Par mon geste insensé, comme un dernier revers
Avant d’embrasser la fange et renier ma vie.
Je vous en prie, laissez-moi hurler dans l’enfer
Ma damnation, comme le chant de mes envies,
Comme ce châtiment quand le glaive et le fer
Consacrent à l’infamie, son cortège de honte.
Ô, je la convoitais cette fatale fin,
Méritée et misérable, quand soudain monte
Des cœurs tant trahis, les crachats et le dédain.
Haine, haine, haine,
Que ne l’ai-je méritée !
Je vous ai fait tant de peine.
Ô vent disperse mes cendres et maudis-les !
Ce sont celles d’un lâche au regard innocent,
Mais sous le fourbe éclat de mes yeux esseulés,
Couve sous la cendre, le plus fielleux serment.
Quand ma carcasse indigne atteindra le Néant,
Il ne restera trace de mes lâchetés.
Alors, d’un regard dur, tu peux louer Satan,
Je n’ai pas mérité la moindre Eternité !
Et mon corps déchiré par les derniers désirs,
Exhibera ses plaies, je les ai méritées !
J’affronterai en vain, attendant de pourrir,
La sentence effrontée que j’avais préparée.
Peine, peine, peine,
Que ne l’ai-je méritée !
Car j’avais tant de haine.
Et me voici peut-être à regretter la nuit,
Car mes ténèbres saignent et je suis déchiré,
Entre mon infamie et mon vieux cœur détruit,
D’avoir tant consumé l’opprobre du péché.
Alors j’irai pourrir dans cette obscurité
Seul et coupable dans la noire Eternité
Où règne le mépris des lâches imposteurs,
Qui ne méritent plus la moindre des faveurs.
Vous, laissez-moi hurler cette crevance infâme !
Vous ai-je demandé le plus insigne honneur ?
J’avais pourtant le droit de charcuter mon âme,
Et renier mes serments pour brûler mon bonheur.
Mais, Dieu, comme je suis effrayé, et je tremble
En redoutant l’instant où je vais comparaître
Au bucher des regrets ! Nous n’irons pas ensemble
A l’océan si clair où je pensais renaître,
Dans les vallons précieux au-delà des collines.
Et j’irai me vautrer dans cette horrible fange,
Affalé dans l’ivresse où mes fleurs opalines
Sont d’horribles vertus abhorrés par les anges.
Saigne, saigne, saigne,
Plaie que mon cœur vomit,
C’est la fin de ton règne !
Ce n’est rien que le cœur qui chiale ses regrets.
Il n’y a pas de pardon pour les âmes damnées.
EPILOGUE :
Hagard, le damné se retrouve aux portes du désert.
Là, des juges rassemblés, attendent les repentis.
De son regard si clair et encore si doux, il attend la sentence.
Le Juge :
"Que mérite le parjure qui cache son infamie sous l'apparente pureté
qui se lit dans ses yeux ?"
La foule aguerrie murmure à l'unisson, comme un chant psalmodié :
"Qu'on lui crève les yeux !"
Ce masque rouge, à jamais comme une empreinte sur mon visage,
je suis peut être un bienheureux. Mes ténèbres sanglantes
seront la douce récompense d'un damné qui ne verra l'enfer de ses yeux.
Venez, démons, je me livre enfin à votre grâce !
Illustration musicale : "Dark world" (sombre monde)
https://www.youtube.com/watch?v=xZD54p3EX0s&feature=iv&src_vid=Hx7H_tQf16g&annotation_id=annotation_2285418651
Illustration : le Cri (Munch) recolorisé Philip
Ô vent, disperse mes regrets à tout jamais.
Mes yeux sont morts, noyés de givre étincelant.
Dans l’hiver odieux où, près de ces cœurs défaits,
Comme un supplicié, j’abjurais en chancelant,
La noirceur des jours que j’avais avec mépris
Volé au Destin pour noyer comme un pervers,
Ce qui restait de la Beauté, sans foi, surpris
Par mon geste insensé, comme un dernier revers
Avant d’embrasser la fange et renier ma vie.
Je vous en prie, laissez-moi hurler dans l’enfer
Ma damnation, comme le chant de mes envies,
Comme ce châtiment quand le glaive et le fer
Consacrent à l’infamie, son cortège de honte.
Ô, je la convoitais cette fatale fin,
Méritée et misérable, quand soudain monte
Des cœurs tant trahis, les crachats et le dédain.
Haine, haine, haine,
Que ne l’ai-je méritée !
Je vous ai fait tant de peine.
Ô vent disperse mes cendres et maudis-les !
Ce sont celles d’un lâche au regard innocent,
Mais sous le fourbe éclat de mes yeux esseulés,
Couve sous la cendre, le plus fielleux serment.
Quand ma carcasse indigne atteindra le Néant,
Il ne restera trace de mes lâchetés.
Alors, d’un regard dur, tu peux louer Satan,
Je n’ai pas mérité la moindre Eternité !
Et mon corps déchiré par les derniers désirs,
Exhibera ses plaies, je les ai méritées !
J’affronterai en vain, attendant de pourrir,
La sentence effrontée que j’avais préparée.
Peine, peine, peine,
Que ne l’ai-je méritée !
Car j’avais tant de haine.
Et me voici peut-être à regretter la nuit,
Car mes ténèbres saignent et je suis déchiré,
Entre mon infamie et mon vieux cœur détruit,
D’avoir tant consumé l’opprobre du péché.
Alors j’irai pourrir dans cette obscurité
Seul et coupable dans la noire Eternité
Où règne le mépris des lâches imposteurs,
Qui ne méritent plus la moindre des faveurs.
Vous, laissez-moi hurler cette crevance infâme !
Vous ai-je demandé le plus insigne honneur ?
J’avais pourtant le droit de charcuter mon âme,
Et renier mes serments pour brûler mon bonheur.
Mais, Dieu, comme je suis effrayé, et je tremble
En redoutant l’instant où je vais comparaître
Au bucher des regrets ! Nous n’irons pas ensemble
A l’océan si clair où je pensais renaître,
Dans les vallons précieux au-delà des collines.
Et j’irai me vautrer dans cette horrible fange,
Affalé dans l’ivresse où mes fleurs opalines
Sont d’horribles vertus abhorrés par les anges.
Saigne, saigne, saigne,
Plaie que mon cœur vomit,
C’est la fin de ton règne !
Ce n’est rien que le cœur qui chiale ses regrets.
Il n’y a pas de pardon pour les âmes damnées.
EPILOGUE :
Hagard, le damné se retrouve aux portes du désert.
Là, des juges rassemblés, attendent les repentis.
De son regard si clair et encore si doux, il attend la sentence.
Le Juge :
"Que mérite le parjure qui cache son infamie sous l'apparente pureté
qui se lit dans ses yeux ?"
La foule aguerrie murmure à l'unisson, comme un chant psalmodié :
"Qu'on lui crève les yeux !"
Ce masque rouge, à jamais comme une empreinte sur mon visage,
je suis peut être un bienheureux. Mes ténèbres sanglantes
seront la douce récompense d'un damné qui ne verra l'enfer de ses yeux.
Venez, démons, je me livre enfin à votre grâce !
Illustration musicale : "Dark world" (sombre monde)
https://www.youtube.com/watch?v=xZD54p3EX0s&feature=iv&src_vid=Hx7H_tQf16g&annotation_id=annotation_2285418651
Illustration : le Cri (Munch) recolorisé Philip
9 commentaires
Chiara · le mardi 16 février 2016 à 13:11
Ténébres sanglantes et douces?
fort en mot et en image ... c'est un thriller ce poème???
heureusement je le lit à midi...
Je vais le relire mais...pas de suite...
Cela me fait prendre les jambes à mon cou!!!
Sentence...
Cela me rappelle un film avec Vincent Cassel "le Moine"
adapter du roman de Matthieu G. LEWIS..à méditer...
Bonne journée,
Amicalement,
Chiara
Philip (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 17 février 2016 à 07:26
Philip (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 17 février 2016 à 07:29
Paradoxe, alors qu'à l'instant même, en répondant à mes commentaires sur le post que j'ai fait dimanche en mettant les paroles "Y a d'la joie", je soulignais de nouveau combien le monde est bien trop gris.
Je reprécise au passage que ce poème et les autres, pas très gais ne sont pas irrespectueux à l'égard de personne, ni blasphématoireS (j'utilise plusieurs fois le mot "Satan"). J'ai trop de respect et pour les gens, et pour le site.
Je ne ferai pas de réponse individuelle, simplement citer Spinal (ce n'est pas une préférence à son égard) qui pointe que "nous sommes nos propres juges, justes et impitoyables".
Je voulais ajouter ceci, qui n'est pas si décalé dans le contexte de mes derniers poèmes. Un extrait de la fameuse chanson "Aimer" de la comédie musicale "Roméo et Juliette" : Aimer.....pour avoir moins peur !"
Je m'interroge de savoir si désormais mes commentaires ne doivent être que minimalistes, car mes loooooongs commentaires empêchent la discussion pour les autres.
Et enfin, j'ai cette vague appréhension que, tout en étant respectueux de chacun, mon comportement sur le site contribue pour une part a ne pas apporter toute la belle harmonie qui lui est nécessaire. Je m'en excuse très profondément. A chacun, mes plus vives et sincères amitiés, et tout le respect que je vous dois. Philip.
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
Philip (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 17 février 2016 à 08:47
Ben, avec mon étourderie d'avoir effacé les autres coms, tu es la seule à qui je eux répondre : oui, de quoi prendre ses jambes à son cou. J'ai lu le moine (mais pas vu sa version filmée). Ce poème n'est qu'une allégorie (l'épilogue m'a été inspiré par un réminiscence de la fin d'un film un peu série B, de Roger Corman, avec une excellente interprétation de Ray Milland : "the man with X-Rays eyes", presque introuvable en France. Le reste emprunte un peu à Lautréamond et une ambiance du 1984 d'Orwell (la foule qui scande Haine, haine !). Voilà pour les références cinéphiliques et littéraires. :) Amicalement, Chiara. Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
domidom · le mercredi 17 février 2016 à 11:23
Ne sois pas fâché, mais je ne le recommence pas....
Bisous, Domie...
chiara · le mercredi 17 février 2016 à 12:48
Je ne pense pas que ton texte soit insuportable pas plus que tes coms. les poèmes ne sont pas toujours là pour planer" dans de douces sphères" mais aussi pour se questionner...échanger en faisant des liens cinématographique ou littéraires est un enrichissement.
D'ailleurs tu le fait avec respect et diplomatie et je trouve cela bien. Ce poème reste un "chef d'oeurvre"ma plume est aussi parfois sanglante comme mon dernier post...
mais la vie c'est aussi cela !
Pour te rassurer , j'aprècie l'analyse de tes commentaires.
ps: les fautes d'orthographes aussi je connais . d'où mes com parfois courte pour éviter les coquilles!!! (sourires!!)
Amicalement,
chiara
Philip (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 17 février 2016 à 12:59
Coucou, Domie. Ah, pas de chance, ça tombe souvent sur toi ! Grrrr ! Tu fais partie de ceux dont j'ai effacé par erreur le com', un peu perturbé dans la matinée ! Non, t'inquiète, comme en plus de ça, comme moi, je sais que tu cours à gauche et à droite, perds pas de temps, si tu n'en as pas, à réécrire ce que tu m'as dit (d'ailleurs, le plus important c'est la réponse que je t'ai fait ce matin sur ton dernier poème en réponse à ton com' qui m'a beaucoup touché. Bisous.
CHIARA : merci pour ton com'.Avec une après-midi chargée qui s'annonce, je te répondrai sans doute dans la soirée, peut-être même seulement demain matin et passerai voir tes récents poèmes.
Grrr ! le temps, le temps qui nous bouffe !
Amitiés. Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
spinal · le mercredi 17 février 2016 à 13:34
j'ai beaucoup aimée, l’interprétation du cri et la colorisation est bien de propos.
moi quand je pense enfer, je pense sartre dans huit-clos : l'enfer ses les autres, cette notion se retrouve dans mon poème que tu as commenté, j'oppose la naïveté au venin de la rue (donc les autres).
cependant dans ton poème, la naïveté est une arme, dont le viseur serait l'oeil.
en crevant l'oeil, l'arme est inutilisable et la raison doit reprendre les rennes, finalement la sentence peut sembler plus juste et redemptoire que prévu. ce qui est paradoxal, car l'enfer n'est plus l'enfer si Satan fait preuve de discernement et de justesse; en enfer la nuance n'existe pas!
par contre la nuance et le paradoxe sont le propre de l'homme, alors l'enfer c'est pas les autres, c'est pas la mort, c'est pas les comptes de fées, c'est NOUS! nous sommes nos propres juges et bourreaux! juste et impitoyable!
voilà c'est à peu près tout ce que je voulais dire(n'hésite pas à me dire si je dis des bêtises^^) merci pour cette réflexion!
à bientôt
Philip (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 17 février 2016 à 20:44
Non, ce poème est une sorte d'exercice de style, dur certes, et allégorique. Rien à voir avec mon poème de ce matin "le souriceau". Comme tu le soulignes, l'important sur le site (moins, plus ? Je dirais : pareil) c'est l'échange et le partage. Si tu savais combien, moi qui connait, parle avec et ai rencontré en rencontre pas mal de poètes du site, cette somme d'échanges et de partages, d'accord et de désaccords parfois sont une richesse et contribue à une amitiés durable. Et même ceux que je ne vois plus resteront à jamais des ami(e)s pour moi. Respect et diplomatie, je m'y attache. Je viens de commenter ton poème sur la NDE, il me reste celui dont tu parles, le dernier, ce sera pour demain. Amitiés et bonne soirée, Chiara. Philip.
Pour SPINAL :
Très sympa d'avoir pris du temps pour ré-écrire ton com. Ce n'était pas une obligation. Pour une fois je vais faire bref. Ton analyse tient très bien la route. J'aime bien ton passage où tu soulignes le paradoxe "l'enfer n'est plus l'enfer si Satan fait preuve de discernement....".
Et, oui, nous sommes nos juges, nos bourreaux, nos censeurs. Sur ce point faire gaffe, car s'affranchir de nos censures débouche sur la perte de ce que l'on appelle le surmoi, c'est a dire, cet espèce de garde-fou qui nous fait prendre la mesure de nos culpabilité et de notre perception de la moralité. C'est pour ça que je mets en garde en disant "fais gaffe aux flics, les flics dans ta tête !"? Bé, non, t'as pas dit de bêtises. A bientôt. Amitiés, Spinal. Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
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