Le songe : 1 - Sous les ors vénitiens (nouvelle)

VENISE.
La carte postale représentait la façade aussi somptueuse que mystérieuse de la Ca’ d’Oro - la Maison d’Or – joyau du Grand Canal. Le plus parfait, le plus éblouissant palais vénitien du XVème siècle, aux yeux d’un esthète ou d’un archéologue éclairé. Lieu magique où il avait aperçu, ou cru apercevoir une femme en longue robe blanche qui ondoyait, le visage couvert par l’immense rideau de sa chevelure qu’elle avait lentement écarté de ses deux mains aux tons de porcelaine, en s’approchant pour venir le regarder en face. Mais ce n’était qu’un mirage.
Norman, dans son choix de s’offrir une heure précieuse pour errer dans Venise, la Sérénissime, avant que ne tombe le soir, avait d’abord laissé ses pas le guider vers le Palazzo Grimani et son Camaron d’Or.
Après avoir traversé la longue haie des femmes de marbre bordant les allées, il avait poussé la porte du Museo. Et, au fond d’une alcôve délicate, presque oubliée, il découvrit, étonné, couché sur une toile lumineuse, le portrait. Peint par la main d’un ange. Simonetta. La Simonetta Vespucci, au visage de Madone, presque irréel qui servit de modèle à Botticelli. L’instant figeait le temps. Et le visage aux contours immortels se grava à jamais dans ses yeux.
« Comment, dans le jour naissant de nos nostalgies,
Surgissent soudain, apprêtées comme des noces claires,
Ces couleurs nées de l’envie des jours assagis
Qui accompagnent nos pas pour des rêves bien trop précaires ?
Elles ne sont qu’un reflet, comme une ombre murmurée,
Que le cœur à effacé, en oubliant de vivre et d’espérer,
Pour s’étourdir encore un jour, dans la lumière, sans se cacher,
Et découvrir enfin le parfum des ultimes victoires. Achevées.
Norman quitta le Palazzo Grimani du pas d’un somnambule. Etourdi.
Il reprit lentement ses esprits, juste au pied des colosses d’albâtre.
A scruter les colonnes d’or.
----------------------------------------------------------------------------------
Quelques semaines plus tard…..
Près des ruines de Paestum, sud de l’Italie.
(….) En mettant la main dans sa poche, un geste qu’il faisait rarement, Norman senti le contact de la carte postale, pliée, un peu cornée, qu’il avait acheté à la librairie de la Ca’ d’Oro, à Venise. Cela lui semblait si lointain, tellement lointain.
Il eut à peine le temps d’un sourire. Ou d’une émotion.
Au pied du rivage, ou ses pas ne pouvaient le guider plus loin, comme une rafale de vent, la première, inattendue, lui rabattait une mèche sur le visage, il se mit à murmurer. Des mots très doux. Comme ces musiques que, d’un geste sûr, aux musiciens des plus grands orchestres qu’il dirigeait, il intimait d’en faire des offrandes, de leurs archets ou de leur souffle sûr.
Ou comme ces notes qu’il savait composer, avec une humble fierté.
Pour exister et faire exister les autres.
Et dans le vestibule de son âme, ces notes résonnaient de nouveau, en cet instant précis.
Dans la lueur pâle du jour où les embruns se faisaient brume, Norman la vit de nouveau.
Imaginaire. Née de ses rêves. Mais c’était aussi la madone de la Ca’ d’Oro.
« Saurez-vous un jour, pourtant, à l’orée de mes sortilèges,
Quitter à jamais la partition qui m’obsède,
Celle d’une vie où nos pas contournent les pièges
Pour courir loin d’ici quand la dernière digue cède ».
Dans un vide infini, rempli des rumeurs de l’océan, Norman, enfin, regarda devant lui.
(à suivre)
Illustration musicale :
https://www.youtube.com/watch?v=_eLU5W1vc8Y
Illustration : portrait de Simonetta Vespucci (Botticelli)/ Ca' d'Oro (Venise)
La carte postale représentait la façade aussi somptueuse que mystérieuse de la Ca’ d’Oro - la Maison d’Or – joyau du Grand Canal. Le plus parfait, le plus éblouissant palais vénitien du XVème siècle, aux yeux d’un esthète ou d’un archéologue éclairé. Lieu magique où il avait aperçu, ou cru apercevoir une femme en longue robe blanche qui ondoyait, le visage couvert par l’immense rideau de sa chevelure qu’elle avait lentement écarté de ses deux mains aux tons de porcelaine, en s’approchant pour venir le regarder en face. Mais ce n’était qu’un mirage.
Norman, dans son choix de s’offrir une heure précieuse pour errer dans Venise, la Sérénissime, avant que ne tombe le soir, avait d’abord laissé ses pas le guider vers le Palazzo Grimani et son Camaron d’Or.
Après avoir traversé la longue haie des femmes de marbre bordant les allées, il avait poussé la porte du Museo. Et, au fond d’une alcôve délicate, presque oubliée, il découvrit, étonné, couché sur une toile lumineuse, le portrait. Peint par la main d’un ange. Simonetta. La Simonetta Vespucci, au visage de Madone, presque irréel qui servit de modèle à Botticelli. L’instant figeait le temps. Et le visage aux contours immortels se grava à jamais dans ses yeux.
« Comment, dans le jour naissant de nos nostalgies,
Surgissent soudain, apprêtées comme des noces claires,
Ces couleurs nées de l’envie des jours assagis
Qui accompagnent nos pas pour des rêves bien trop précaires ?
Elles ne sont qu’un reflet, comme une ombre murmurée,
Que le cœur à effacé, en oubliant de vivre et d’espérer,
Pour s’étourdir encore un jour, dans la lumière, sans se cacher,
Et découvrir enfin le parfum des ultimes victoires. Achevées.
Norman quitta le Palazzo Grimani du pas d’un somnambule. Etourdi.
Il reprit lentement ses esprits, juste au pied des colosses d’albâtre.
A scruter les colonnes d’or.
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Quelques semaines plus tard…..
Près des ruines de Paestum, sud de l’Italie.
(….) En mettant la main dans sa poche, un geste qu’il faisait rarement, Norman senti le contact de la carte postale, pliée, un peu cornée, qu’il avait acheté à la librairie de la Ca’ d’Oro, à Venise. Cela lui semblait si lointain, tellement lointain.
Il eut à peine le temps d’un sourire. Ou d’une émotion.
Au pied du rivage, ou ses pas ne pouvaient le guider plus loin, comme une rafale de vent, la première, inattendue, lui rabattait une mèche sur le visage, il se mit à murmurer. Des mots très doux. Comme ces musiques que, d’un geste sûr, aux musiciens des plus grands orchestres qu’il dirigeait, il intimait d’en faire des offrandes, de leurs archets ou de leur souffle sûr.
Ou comme ces notes qu’il savait composer, avec une humble fierté.
Pour exister et faire exister les autres.
Et dans le vestibule de son âme, ces notes résonnaient de nouveau, en cet instant précis.
Dans la lueur pâle du jour où les embruns se faisaient brume, Norman la vit de nouveau.
Imaginaire. Née de ses rêves. Mais c’était aussi la madone de la Ca’ d’Oro.
« Saurez-vous un jour, pourtant, à l’orée de mes sortilèges,
Quitter à jamais la partition qui m’obsède,
Celle d’une vie où nos pas contournent les pièges
Pour courir loin d’ici quand la dernière digue cède ».
Dans un vide infini, rempli des rumeurs de l’océan, Norman, enfin, regarda devant lui.
(à suivre)
Illustration musicale :
https://www.youtube.com/watch?v=_eLU5W1vc8Y
Illustration : portrait de Simonetta Vespucci (Botticelli)/ Ca' d'Oro (Venise)
9 commentaires
Philip (JARDIN DE LUNE) · le jeudi 3 novembre 2016 à 11:39
Lucille · le jeudi 3 novembre 2016 à 19:30
Je n'ai pas lu l'original de ta nouvelle mais j'ai été charmée par ce que j'ai lu. Une écriture qui te ressemble et dont toi seul en détient l'énigme. Elle n'appartient qu'à toi et tu demeures fidèle à ton style à travers le temps.:-)
domidom · le jeudi 3 novembre 2016 à 20:43
Cette nouvelle débute très joliment, et c'est avec beaucoup de plaisir que je t'ai lu, attendant impatiemment la suite...
Bonne nuit à vous deux...
Bisous, Domie
guillaume · le vendredi 4 novembre 2016 à 11:48
Philip (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 4 novembre 2016 à 12:19
Merci de m'avoir en quelque sorte dit que ce poème "me ressemblait" en disant que mon écriture n'appartenait qu'à moi.
Cela me fait d'autant plaisir que je pense souvent que, tellement passionné de littérature et de poésie, il me semble que, par mimétisme, mon écriture emprunte avec moins de brio, cela s'entend, les tournures qui m'ont marquées chez les auteurs et poèmes qui ont notoriété. Alors, si tu vois une touche personnelle et reconnaissable dans mes écrits, j'en suis autant heureux que touché.
Avec toute mon amitié, Lucille. Bien à toi. Philip.
Pour DOMIE :
Oui Domie, combien sont les écrits que je n'ai pas achevés. Je vais m(appliquer à finir cette nouvelles à la fois imaginaire mais dans laquelle je me projette un peu. Elle me tient à coeur.
Merci d'avoir apprécier les premières lignes. Gros bisous. Philip
Pour GUILLAUME :
Merci Guillaume. Fascination, pas à ce point, mais non ! Délicatesse ! Oui, je suis heureux que tu le soulignes. Car si elle ne me sert plus à grand chose, elle est en moi, elle fait partie de ma dignité.
Ah, arrête de me dire que l'on n'écrit pas aussi bien qu'Untel. Elise me disait tout à l'heure, quand je disais que nous étions des poètes "amateurs" : "mais non, nous sommes des poètes à part entière, avec nos émotions et noous serions à l'époque des grands poètes, nous aurions notre place et referions le monde et nous réunirions souvent.
Enfin, cher Guillaume, arrête de dire que tu aurais pu penser du mal de notre site !!!! Mais non, tu es AUSSI un poète, un des membres du groupe, avec des sentiments humains. Alors, flatte-tooi, oui, réjouis-toi d'être parmi nous, et t'apporter ta part de vérité ou d'espoir. Amities. Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
Elise289 · le dimanche 6 novembre 2016 à 17:54
Que vous le vouliez ou non vous êtes un maître en matière d'écriture et d'histoire .
Je me dois d'être plus que courtoise .
Élégance vénitienne oblige...
je découvre non seulement un poète mais aussi un conteur..
une gymnastique poétique entre la prose conter et les vers poétiques.
On suit Norman dans sa frénésie calme qui s'exalte avec pudeur .
Madonna 'bellissima!
Je suis et suis Norman... A quand la suite?
Amitié:)
L'une de tes apprenties qui découvre encore et encore des coins de paradis .
Philip (JARDIN DE LUNE) · le lundi 7 novembre 2016 à 05:22
Je voulais plaisanter et dire sur un ton faussement docte "chère apprentie". Mais non, cela ne m'est pas possible. Outre le fait que je persisterai à dire - et on me le conteste toujours, que mon métier ne m'a laissé d'autre choix que de bien écrire, toujours, toujours, sans faille si possible - si aujourd'hui j'écris peut-être un peu mieux, avec encore plus de délicatesse, c'est que j'ai des raisons. Poète, conteur.....Alors on rajouterait : rédacteur de discours politiques (je l'ai presque fait, sans être un politique), tribun (je n'en suis pas un). J'ai plutôt envie de dire tout simplement : soif de mots d'un Homme qui sait à peine regarder le Ciel et pour qui les mots deviennent pensées pour comprendre le monde et comprendre mes propres actes.
Une chose est sûre, je crois que tu me l'a écrit un peu dans ce sens : plus mes mots viennent du plus profond de mon coeur, plus je sais qu'ils resplendissent. Et (est-ce immodeste ?) ces mots ne sont pas pour moi, mais pour vous tous.
"On suit Norman dans sa frénésie calme qui s'exalte avec pudeur". Si tu savais, Elise !
"Suis" : verbe être et verbe "suivre".
Je suis ce que je suis, je suis ! dit-on.
Enfin, tu découvres (par mes mots et attitudes) des "coins de paradis" ? Sans équivoque, je t'y fais place, Elise. Mais....est ce que mes coins de Paradis ne sont rien d'autre que des rêves, des paradis artificiels ? Je dirai seulement : si tu me fais l'honneur de voir, dans mes mots, quelques bouts de ce qui pourrait ressembler à un petit coin calme (et non le Paradis), pose toi quelques instants, alors, juste quelques instants. Tu sais bien que je ne puis t'offrir le moindre paradis. Juste un peu de la lumière de mes mots. Merci, Elise.
Tu pourras suivre très bientôt les pas de Norman. La suite arrive. Amitiés et belle semaine à toi. Philip.
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
lilo · le vendredi 9 décembre 2016 à 21:58
je sais c'est un récit, donc je vais dire pari réussit puisque cette partie à tout d'un récit, ce qui n'est pas un mal attention, j'attends le 3 lol
Philip (JARDIN DE LUNE) · le samedi 10 décembre 2016 à 09:41
Coucou, Lilo. Crois-tu vraiment que mon écriture poétique est...instinctive ? A moins de donner une définition particulière à l'instinct. Quand les mots sont "jolis" (et cela vaut pour chacun) c'est parce qu'ils viennent en direct du coeur. Il y a dans chacun de mes écrits une forte dose d'émotionnalité, tu t'en doutes, et quand il s'agit de récits, je rentre facilement dans la peau des personnages....qui sont d'ailleurs souvent, un peu de moi-même ! Amitiés et gros bisous, Lilo. Le 3ème chapitre est en cours d'écriture. Philip.
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
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