Le Songe - 2. Pour des matins d'argent (nouvelle)

LE SONGE - suite......
Chapitre 2 : POUR DES MATINS D’ARGENT
Il est des madones à l’âme porcelaine, dont le pâle regard embrase nos destins…..
Et cette image douce, sertie de sa vibrance, obsédait sa ferveur, la nuit, le jour, les heures.
Venise était si loin. Et dans la lueur du petit matin, où les embruns se faisaient brume, Norman la vit de nouveau. Les rumeurs de l’océan remplissaient son vide infini.
Norman se souvenait…..
Il est de ces poussières du Temps, renouvelées toujours, où dans l’instant figé, les yeux se ferment lentement avant de porter la lumière.
Comme une éternité qui s’installe et bouscule. Comme une récompense et une peur tout à la fois. Une caresse, une douleur (…)
Plus un bruit ne s’étale et le public devine l'ombre des cinquante musiciens que compose le Philarmonique de Philadelphia. Rien que des regards qui chiffonnent l’Invisible. Pour conquérir peut-être ces vagues nues que l’orchestre ravivera comme une incroyable tempête, et les recevoir. Comme une offrande. Ou un regret obscur.
Norman Alexander, le « conductor » * aux rêves bleus, déjà perdu dans sa lumière, alors que règnent l’obscurité et le silence, va une fois encore, comme au point de rosée, offrir à l’orchestre les premiers accords de l’Adagio de Barber.
Pour de nouvelles fièvres. Pour des matins d’argent.
« Revivre à en mourir, comme une mélopée,
D’autres matins d’argents, où la note était belle,
Emportée par les chœurs, sans jamais succomber,
Et se redire encor que le cœur est rebelle.
Et se noyer parfois, se relever toujours,
Quand, sur la partition, se dessine soudain,
Les contours d’un Destin, où s’emmêlent velours
Et pourpres fatigués qu’accentue le refrain »
La note s’élance. Un si bémol. Comme un cristal éternel. L’audience n’a peut-être pas
conscience que le moment est unique. Comme à chaque fois.
« Qu’ils sont aveugles ! » maudira comme à chaque fois Norman, quand il retrouvera le silence de sa loge.
Un claquement, léger, se fait entendre dans la salle. Puis un raclement de gorge, presque insolent. Qu’importe.
Le chœur monte. Doucement. Lentement. Et plus haut, encore plus haut.
A tutoyer le ciel.
Et tandis que s’achèvent les derniers accords, il fermera de nouveau les yeux ; Pour revoir la dame blanche aux cheveux d’or.
Et rejouer la séquence. Comme ce dormeur halluciné des vieux tableaux de Goya.
Una volta piu ! Une fois encore, une fois de plus.
« Te souviens-tu mon âme au tout premier soleil
Qui brûlait tous mes rêves, à me damner à l’éveil
De ma jeune vie, quand la musique contenait mon amour
Eprouvé, maltraité sous la cendre et le gris du jour ».
Et, comme à chaque fois, c’est une houle qui enfle, des vivats mérités.
Ou usurpés. Norman, ne saura jamais. Ne l’a jamais su.
Sous les feux encore embrasés du Teatro alla Scala, il rentre à son hôtel.
C’était le dernier concert de la tournée. Il va visiter l’Italie.
Il pleut sur Milan… Les étoiles attendent le jour pour mourir encore.
https://www.youtube.com/watch?v=Q1_ZfaOLdZ8
* conductor est le nom donné en anglais, au chef d'orchestre
Chapitre 2 : POUR DES MATINS D’ARGENT
Il est des madones à l’âme porcelaine, dont le pâle regard embrase nos destins…..
Et cette image douce, sertie de sa vibrance, obsédait sa ferveur, la nuit, le jour, les heures.
Venise était si loin. Et dans la lueur du petit matin, où les embruns se faisaient brume, Norman la vit de nouveau. Les rumeurs de l’océan remplissaient son vide infini.
Norman se souvenait…..
Il est de ces poussières du Temps, renouvelées toujours, où dans l’instant figé, les yeux se ferment lentement avant de porter la lumière.
Comme une éternité qui s’installe et bouscule. Comme une récompense et une peur tout à la fois. Une caresse, une douleur (…)
Plus un bruit ne s’étale et le public devine l'ombre des cinquante musiciens que compose le Philarmonique de Philadelphia. Rien que des regards qui chiffonnent l’Invisible. Pour conquérir peut-être ces vagues nues que l’orchestre ravivera comme une incroyable tempête, et les recevoir. Comme une offrande. Ou un regret obscur.
Norman Alexander, le « conductor » * aux rêves bleus, déjà perdu dans sa lumière, alors que règnent l’obscurité et le silence, va une fois encore, comme au point de rosée, offrir à l’orchestre les premiers accords de l’Adagio de Barber.
Pour de nouvelles fièvres. Pour des matins d’argent.
« Revivre à en mourir, comme une mélopée,
D’autres matins d’argents, où la note était belle,
Emportée par les chœurs, sans jamais succomber,
Et se redire encor que le cœur est rebelle.
Et se noyer parfois, se relever toujours,
Quand, sur la partition, se dessine soudain,
Les contours d’un Destin, où s’emmêlent velours
Et pourpres fatigués qu’accentue le refrain »
La note s’élance. Un si bémol. Comme un cristal éternel. L’audience n’a peut-être pas
conscience que le moment est unique. Comme à chaque fois.
« Qu’ils sont aveugles ! » maudira comme à chaque fois Norman, quand il retrouvera le silence de sa loge.
Un claquement, léger, se fait entendre dans la salle. Puis un raclement de gorge, presque insolent. Qu’importe.
Le chœur monte. Doucement. Lentement. Et plus haut, encore plus haut.
A tutoyer le ciel.
Et tandis que s’achèvent les derniers accords, il fermera de nouveau les yeux ; Pour revoir la dame blanche aux cheveux d’or.
Et rejouer la séquence. Comme ce dormeur halluciné des vieux tableaux de Goya.
Una volta piu ! Une fois encore, une fois de plus.
« Te souviens-tu mon âme au tout premier soleil
Qui brûlait tous mes rêves, à me damner à l’éveil
De ma jeune vie, quand la musique contenait mon amour
Eprouvé, maltraité sous la cendre et le gris du jour ».
Et, comme à chaque fois, c’est une houle qui enfle, des vivats mérités.
Ou usurpés. Norman, ne saura jamais. Ne l’a jamais su.
Sous les feux encore embrasés du Teatro alla Scala, il rentre à son hôtel.
C’était le dernier concert de la tournée. Il va visiter l’Italie.
Il pleut sur Milan… Les étoiles attendent le jour pour mourir encore.
https://www.youtube.com/watch?v=Q1_ZfaOLdZ8
* conductor est le nom donné en anglais, au chef d'orchestre
8 commentaires
domidom · le mercredi 16 novembre 2016 à 17:24
Bises, Domie
Pierre · le mercredi 16 novembre 2016 à 19:10
velle et je suis subjugué ! Amitiés Phil
Philip (JARDIN DE LUNE) · le jeudi 17 novembre 2016 à 06:42
¨Pour PIERRE : ah, il n'y a pas de quoi être subjugué. J'essaie - suis-je dans le vrai, je doute souvent tu sais sur le vrai intérêt de mon écriture ? - juste de bien écrire, un peu "guimauve" très souvent hélas dans mes nouvelles aux contours sentimentaux. Mais bon, la délicatesse du verbe m'a toujours intéressé. PS : ce n'est pas le début, mais le 2ème petit chapitre d'une nouvelle. Amitiés, et merci pour ta fidélité. Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
guillaume · le jeudi 17 novembre 2016 à 12:00
Philip (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 18 novembre 2016 à 14:48
Merci à toi. Ah oui, là je ne repousse pas : je tiens à ma délicatesse dans l'écriture, que je revendique comme une partie de moi-même. Bon, c'est peut-être prétentieux de dire ça : mais j'assume. :) Amitiés à toi et à bientôt. Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
Elise 289 · le lundi 5 décembre 2016 à 21:39
Un coup de coeur ce poème mélodie d'envie et de vie qui fait valser l'Amour ..
Toujours..
Il y a des madonnes qui te font écrire de bien belles musiques monsieur le chef d'orchestre
Mots et notes s'épousent magnifiquement bien!!
Bravo!
Amitié
Elise
lilo · le vendredi 9 décembre 2016 à 21:52
oups j'ai commencé par le deux tant pis, je me ferais un plaisir de le relire !
Philip (JARDIN DE LUNE) · le samedi 10 décembre 2016 à 09:49
Chère Elise, tu sais combien la musique - dans le ressenti que j'en tire - a autant, sinon plus d'importance même que mon écriture. Oui, c'est cela, à travers les quelques mots de cet épisode, j'ai traduit une sorte de ressenti qui est le mien au regard de la musique.
Oui, les Madonnes, toujours idéalisées, peut-être, me font écrire (en mots mais aussi avec les notes de mon piano) des musiques qui pour moi seules sont belles. Elles vibrent dans mon coeur.
C'est un bonheur incomparable et rare de savoir composer, humblement bien sûr, mais savoir le faire quand même. Merci de ton appréciation. Amitiés Philip
Pour LILO :
Merci, Lilo. Tu sais qu'un je me suis lancé dans ce style qui est narratif (des sortes de nouvelles....jamais finies d'ailleurs) en y incluant des vers, me disant que nous sommes ici, avant tout en poésie. Mais ce qui peut éventuellement donner quelque chose de jolie, ici, à mon écriture, ce n'est pas un talent quelconque, mais un ressenti profond. Amitiés et bisous, Lilo. Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)
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