Mes sentiers perdus d'Abyssinie -hommage à Rimbaud

«Je ne m’effraie pas et prends patience. Car mes jours sont à chaque pas un clou enfoncé sur le côté » (lettre de Rimbaud à sa sœur, Hôpital de la Conception, Marseille – 1891)
-------------------------------------------------------------------------
Quand triomphait le jour sous ses hardes blafardes
Je n’avais plus un songe et quand bien le cœur plonge
Dans le creux de la vague endormie qui s’allonge,
L’heure n’est plus qu’un leurre où soudain les mansardes
S’éclairent d’un trait lourd, quand la joie qui exalte
La rosée d’un sourire et le cri de l’enfant,
Abreuve le pas lent de l’esprit vacillant.
Mes serments se gravaient sur la lie de l’asphalte.
Je battais le pavé comme un fauve affamé,
Implorant le Sublime en évitant l’abîme,
Où l’insensé décor qui me servait de crime,
Effaçait l’horizon sous un trait mal-famé.
J’avais rêvé sans fin, les marchés de Louxor,
Ses parfums si brûlants et tant d’ivresses lentes.
De mon Abyssinie, je contemplais les pentes ;
De Harar à Zheila les monts sont couverts d’or.
Sur mon grabat de lin, j’ai posé, ô misère,
Mon propre sacrement emprunté au chagrin,
Qu’une fée, un soir lourd, déterra du Destin.
De la paille au bûcher il n’y a qu’une ornière.
En négociant fidèle au rusé boniment,
Je vantais les vermeils, les moresques * trésors.
Plus malin qu’un voleur, je tissais des décors,
Comme un mendiant hagard au premier beuglement.
Mais mon sac est bien vide et je n’ai plus de cœur,
Juste une obole terne où s’affale un regret
Oublié sans remord dans un vieux cabaret,
Quelques pas à brader au dernier voyageur.
-------------------------------------------------------------------------
Avant de revenir sur les rivages de France, malade et fatigué, Rimbaud écrivit ces quelques mots, qu’il posta de Marseille :
« Tu sais, bien chère sœur, j’ai traversé la mer Rouge, pour gagner Tadjoura, avec les caravaniers. En pourvoyant mes armes j’ai côtoyé quelques princes.
Mais je crois que j’ai perdu à jamais mes illusions.
Elles étaient les esclaves de mes Illuminations » **
Illustration musicale : Maurice Ravel « Jeux d’eau »
https://www.youtube.com/watch?v=v-QmwrhO3ec
* pour la couleur poétique "mauresque" est volontairement écrit à l'ancienne.
** cette lettre est par contre totalement imaginaire.
"Illuminations" est bien sûr un clin d'oeil respectueux au merveilleux recueil poétique de Rimbaud, du même nom.
-------------------------------------------------------------------------
Quand triomphait le jour sous ses hardes blafardes
Je n’avais plus un songe et quand bien le cœur plonge
Dans le creux de la vague endormie qui s’allonge,
L’heure n’est plus qu’un leurre où soudain les mansardes
S’éclairent d’un trait lourd, quand la joie qui exalte
La rosée d’un sourire et le cri de l’enfant,
Abreuve le pas lent de l’esprit vacillant.
Mes serments se gravaient sur la lie de l’asphalte.
Je battais le pavé comme un fauve affamé,
Implorant le Sublime en évitant l’abîme,
Où l’insensé décor qui me servait de crime,
Effaçait l’horizon sous un trait mal-famé.
J’avais rêvé sans fin, les marchés de Louxor,
Ses parfums si brûlants et tant d’ivresses lentes.
De mon Abyssinie, je contemplais les pentes ;
De Harar à Zheila les monts sont couverts d’or.
Sur mon grabat de lin, j’ai posé, ô misère,
Mon propre sacrement emprunté au chagrin,
Qu’une fée, un soir lourd, déterra du Destin.
De la paille au bûcher il n’y a qu’une ornière.
En négociant fidèle au rusé boniment,
Je vantais les vermeils, les moresques * trésors.
Plus malin qu’un voleur, je tissais des décors,
Comme un mendiant hagard au premier beuglement.
Mais mon sac est bien vide et je n’ai plus de cœur,
Juste une obole terne où s’affale un regret
Oublié sans remord dans un vieux cabaret,
Quelques pas à brader au dernier voyageur.
-------------------------------------------------------------------------
Avant de revenir sur les rivages de France, malade et fatigué, Rimbaud écrivit ces quelques mots, qu’il posta de Marseille :
« Tu sais, bien chère sœur, j’ai traversé la mer Rouge, pour gagner Tadjoura, avec les caravaniers. En pourvoyant mes armes j’ai côtoyé quelques princes.
Mais je crois que j’ai perdu à jamais mes illusions.
Elles étaient les esclaves de mes Illuminations » **
Illustration musicale : Maurice Ravel « Jeux d’eau »
https://www.youtube.com/watch?v=v-QmwrhO3ec
* pour la couleur poétique "mauresque" est volontairement écrit à l'ancienne.
** cette lettre est par contre totalement imaginaire.
"Illuminations" est bien sûr un clin d'oeil respectueux au merveilleux recueil poétique de Rimbaud, du même nom.
15 commentaires
Philip (Jardin de Lune) · le dimanche 9 septembre 2018 à 06:42
J'ai voulu illustrer par un poème cette période peu connue de la fin de sa vie (il est mort à l'âge de 37 ans). Il revint en France, atteint d'une tumeur au genou, pour mourir à Marseille.
Vous me pardonnerez le retour à cette habitude qui est de vouloir tenter - en essayant de poser dans ma poésie un je ne sais quoi qui fait penser au style de Rimbaud - de le faire revivre ainsi, même si l'on ne peut entrer dans son esprit au moment où se situe cette fantaisie poétique.
Bonne lecture et amitiés à tous et à toutes. Philip
debbie · le dimanche 9 septembre 2018 à 10:42
Bon dimanche à toi
Avec tout mon amitié Rimbauique !
Debbie
La Mouche Nounouche · le dimanche 9 septembre 2018 à 12:09
Amitiés et remerciements Yves.
Rêveuse · le dimanche 9 septembre 2018 à 13:44
On ne sort pas "indemne " de la lecture de ton poème....comme on est profondément touché par la vie si courte et si douloureuse de Rimbaud!
Ton poème est superbement écrit , tellement désespéré et désillusionné
et ton objectif est largement atteint
de rendre un hommage "respectueux " à ce grand poète !
merci à toi avec mes meilleures amitiés, belle journée!
Philip (Jardin de Lune) · le dimanche 9 septembre 2018 à 19:06
Oui, la dernière partie de la vie de Rimbaud est peu connue. Il y a même eu une éclipse à partir du moment où il a arrêté la poésie.
Par contre on ne peut jamais affirmer que l'on va décrire les pensées de l'auteur. Merci d'avoir aimé ce poème. Amitiés. Philip
Pour YVES (La Mouche) :
Ah, toi aussi, tu connais donc l'hôpital de la Conception à Marseille ? (mais donc dans des conditions pas joyeuses. :( )
Oh "souffle d'inspiration", pas vraiment, j'ai essayé d'écrire quelqeu chose de sympa dans la forme, bien que le sujet soit sombre, quand même !
Merci à toi aussi, d'avoir aimé. Amitiés. Philip.
Pour REVEUSE :
Wow ! Ne pas sortir indemne de ces vers ! Il est vrai que toi, qui t'essaies au théâtre, l'intensité dramatique est parfois importante. Et là, bien sûr, le trait est forcé à dessein. Mai c'était probablement un peu l'état d'esprit de Rimbaud à la fin de sa vie.
Désespéré, je ne pense pas. Pendant sa période où il vadrouillait au Moyen Orient, le Rimbaud toujours un peu canaille et marginal semblait apprécier cette autre vie de bohème, parfois plus dangereuse. C'est quand il est tombé malade que son moral s'est effondré, mais il était lucide et réaliste. Ce que l'on sait de ces instants le démontre. Désillusionné ?
Je crois qu'il l'était déjà très jeune, lorsqu'il quitta le foyer familial.
Eh bien tant mieux si j'ai atteint mon objectif (sourire). Amitiés et belle soirée, Rêveuse. Philip
guillaume · le dimanche 9 septembre 2018 à 20:49
Susan* Coquelicot * · le lundi 10 septembre 2018 à 08:53
Ton poème est un bel hommage où ta plume dévoile les faces un peu cachées de Rimbaud …
Un grand poète qui n’aura écrit que durant quelques années…
C’est vraiment dommage !!!
J’aime beaucoup moins ce qu’il fit au Moyen Orient «trafiquant d'armes ».
Merci pour ce beau partage poétique !
Sur les traces de Rimbaud …Nous continuerons, très prochainement à Marseille !
Belle journée !
Gros bisous
scorpionne · le lundi 10 septembre 2018 à 09:14
Très bel hommage à Rimbaud ! Ce n'est pas facile de faire "revivre" un si grand poète mais tu as fort bien réussi. Peu importe que ce ne soient pas ses propres pensées, tu es resté dans sa veine pour nous offrir ce pan de sa vie.
Passe un excellent lundi, cher Philip.
Très amicalement,
Jocelyne
Philip (Jardin de Lune) · le mardi 11 septembre 2018 à 07:51
Bonjour, Guillaume. Merci pour ton compliment.
Oh, tu sais, ce n'est pas évident que Rimbaud eut été fier de cet écrit, car en fait, si il y a un petit quelque chose de son style, par contre Rimbaud, lui dans sa poésie n'était que très peu pessimiste. Là c'est plus une vraie-fausse observation de quelqu'un qui aurait été proche de lui à ses derniers jours alors qu'il était sans doute, déprimé.
Bonne continuation Guillaume. Amitiés. Philip.
Pour SUSAN :
Coucou, Susan. En principe, mais sans certitude, c'est ce qui aurait pu être les dernières faces cachées de Rimbaud. En tout cas, le grand public qui se connait pas son historiographie, ignore en principe ce que fit Rimbaud à la fin de sa vie.
En effet, il fut touche à tout au Moyen Orient, et même trafiquant d'armes (mais à petite échelle !).
Belle journée. Bisous. Philip
Pour JOCELYNE :
Bonjour, Jocelyne. J'ai essayé, avec une grande part d'imaginaire, bien sûr, de faire revivre ce qui "aurait' pu être les pensées de Rimbaud à la fin de sa vie.
On a surtout, par quelques lettres, des témoignages du poète, revenu en France, sachant vraisemblablement que ses jours étaient comptés. Mais, comme tu le soulignes, peut importe que ce ne soit pas ses propres pensées. Très amicalement. Philip.
micheline1940 · le mercredi 12 septembre 2018 à 08:10
Infiniment je vous envie !
Bien amicalement, cher Philip,
Micheline.
Philip (Jardin de Lune) · le mercredi 12 septembre 2018 à 12:57
Bien chère Micheline,
Merci infiniment pour votre compliment. A rester sans voix ? Oh, je ne pense pas. Mais je ne boude pas mon plaisir, car je n'ai d'autre but que de donner un peu d'émotion quand cela est possible.
Car la poésie nous permet de nous évader dans des contrées où l'on peut très souvent rencontrer des sentiments que la plume revisite selon nos rêveries.
Résider à la villa Médicis, je ne le pense pas non plus. Ma "trace" si elle reste un peu chez les gens qui m'auront aimé, ce sera mon humble joie.
Avec toute mon amitié, Micheline. Philip.
cristalle · le jeudi 13 septembre 2018 à 23:34
Quelle belle inspiration,poèmemagnifique
merveilleusement ecrit,des details subtils qui nous renvoient à l atmosphère ''rimbalienne" et l' histoire de la dernière periode de sa vie que je ne connaissais pas.Merci pour le partage d'un moment plein de sensibilite.Quel talent dans tes écrits (la forme et le fond)!,les vers coulent fluides,riches et harmonieux,j aimerais apprendre "les accords" de ta musicale poésie....
Bonne soiréePhilip
Philip (Jardin de Lune) · le vendredi 14 septembre 2018 à 14:13
Bonjour Martine, et merci encore d'avoir aimé ma poésie.
Oui, tu as souligné que ce sont les "détails subtils" qui sont importants dans ce poème. Quand un poème doit "informer" le lecteur sur un personnage ou un lieu, c'est le moyen d'une "rapide exhaustivité" pour aller à l'essentiel….dans le détail.
Ah, tu voudrais "apprendre les accords de ma musicale poésie" ? (sourire). Ma recette ? D'abord, ce n'est que mon opinion personnelle. Je serais chagriné d'être le mentor de quelqu'un. Et je vais, en opposé, révéler aussi les défauts de mon écriture.
D'abord….l'enthousiasme.
Ensuite, de l'empathie, pour un personnage, un paysage et pour...l'idée elle-même.
Se sentir….au centre de l'idée quand on a l'inspiration. Ca, ça donne le fond.
Pour la forme, ressentir cette fameuse musicalité des mots.
Et après, ça vient (presque) tout seul.
Un exemple dans ce poème, le choix d'assonances: "l'heure n'est plus qu'un leurre", ou "hardes blafardes".
Le son des mots devient alors comme un hypnotiste léger.
Mais ne nous trompons pas. Quand je fais une allusion aux poètes que j'honore (ici Rimbaud) c'est déjà que, par passion, je connais bien la vie (et l'écriture) de ce poète.
Mais ça ne suffit pas pour en faire une copie. Ce peut être juste approchant. Dans un récent échange, mon ami Loïc me disait justement : "on peut s'y tromper, dans les expressions et le choix du mots. Mais ce poème, assez sombre, ne ressemble pas à du Rimbaud, qui était plus désinvolte ou gouailleur !"
Voilà en quelques mots un tout petit bout de réponse. Et encore merci pour tes compliments, Martine.
Amitiés. Philip.
milesscots · le dimanche 23 septembre 2018 à 19:34
Votre poème touche, notamment le dernier quatrain !
Oui ses derniers vers... ah Rimbaud ! Quelques années d'écriture et pourtant un grand nombre de génération touché par ses poèmes !
Bonne soirée,
Amicalement Miles
Philip (Jardin de Lune) · le lundi 24 septembre 2018 à 08:27
Bonjour Miles. Merci d'avoir aimé ce poème. Si tu as lu les réponses aux commentaires que j'ai faits ci-dessus, il est impossible d'affirmer que ce que j'ai écrit retrace la réalité des dernières années de la vie de Rimbaud. On a si peu de témoignages écrits de ces moments-là. Mais je l'ai imaginé, "à ma manière". Oui, Ferré était habité par Rimbaud. En si peu de temps, le jeune Rimbaud a illuminé à jamais la poésie.
Si je comprends bien, tu aimes beaucoup Rimbaud ? Qui ne l'aime pas ? A très bientôt, Miles, et prends soin de toi. Avec toute mon amitié. Philip.
Connectez-vous pour laisser un commentaire, ou créez votre site, c'est gratuit.