PRES DU GANGE ET DU CIEL

INDE : CARNET DE VOYAGE - "Bénarès"
Impressions d’un matin à Varanasi (Bénarès), couchées
sur mon carnet de voyage :
« A quelques coudées du fleuve, quand le matin s’ébrouait
de rêves à peine froissés par l’aube bourdonnante,
dans les ruelles de Bénarès, je laissais mes pas me guider
vers l’incroyable Hasard qui me servait de compagne.
Quand devant moi, surgit un petit Temple coloré.
A l’infranchissable entrée, défendue par une indolente bête (…) »
J’en ai fait ce poème :
Près du Gange et du Ciel, il est bien des refuges,
Dévorant le silence aux syllabes mystiques,
Quand l’Espace est miroir et que tous les déluges
S’affalent sans désirs sous nos vaines suppliques.
Inverser le regard et dompter l’illusion ?
Embarquer pour le rêve où se mêle et s’achève
Le premier de mes pas, serti de confusion,
Où viendra se poser l’abandon de la trêve ?
Entre cendres de lune à la senteur vorace,
Quand le chant du Sadhu* réveille mon ivresse
Et consume à jamais mon reflet qui s’efface,
Il me faut avancer pour saisir la Promesse.
Labyrinthe et torpeur, confusion des contraires,
Je vacille et soudain, quand le Temps se dénude
Pour laisser à la Vie ses ombres solitaires,
Je dépose à ses pieds ma pauvre certitude.
Illustration : photo Philip (Temple & vache sacrée, ruelle de Bénarès)
Illustration : sitar & tablas, musique traditionnelle de l'Inde
https://www.youtube.com/watch?v=9XERKkmrO8c
* Un Sadhu est un moine mendiant
Impressions d’un matin à Varanasi (Bénarès), couchées
sur mon carnet de voyage :
« A quelques coudées du fleuve, quand le matin s’ébrouait
de rêves à peine froissés par l’aube bourdonnante,
dans les ruelles de Bénarès, je laissais mes pas me guider
vers l’incroyable Hasard qui me servait de compagne.
Quand devant moi, surgit un petit Temple coloré.
A l’infranchissable entrée, défendue par une indolente bête (…) »
J’en ai fait ce poème :
Près du Gange et du Ciel, il est bien des refuges,
Dévorant le silence aux syllabes mystiques,
Quand l’Espace est miroir et que tous les déluges
S’affalent sans désirs sous nos vaines suppliques.
Inverser le regard et dompter l’illusion ?
Embarquer pour le rêve où se mêle et s’achève
Le premier de mes pas, serti de confusion,
Où viendra se poser l’abandon de la trêve ?
Entre cendres de lune à la senteur vorace,
Quand le chant du Sadhu* réveille mon ivresse
Et consume à jamais mon reflet qui s’efface,
Il me faut avancer pour saisir la Promesse.
Labyrinthe et torpeur, confusion des contraires,
Je vacille et soudain, quand le Temps se dénude
Pour laisser à la Vie ses ombres solitaires,
Je dépose à ses pieds ma pauvre certitude.
Illustration : photo Philip (Temple & vache sacrée, ruelle de Bénarès)
Illustration : sitar & tablas, musique traditionnelle de l'Inde
https://www.youtube.com/watch?v=9XERKkmrO8c
* Un Sadhu est un moine mendiant
15 commentaires
Rachelle · le dimanche 14 avril 2024 à 18:10
Philip (Jardin de Lune) · le dimanche 14 avril 2024 à 19:07
Merci chère Rachelle.
On est meilleur conteur quand on a vécu les choses. C'est le cas ici.
Je n'oublierai jamais, entre mille choses, cette vache sacrée (et maigrichonne) qui m'empêchait de rentrer dans un joli temple coloré !
Te parler de l'Inde ? Il faudrait mille pages.
Je t'en dirai des petits bouts, au fur et à mesure d'autres poème sue ce pays.
Un choc quand on découvre l'Inde.
Incroyable !
Un exemple, de grands singes dans les couloirs du métro de New Delhi, un éléphant (presque peinturluré de rose, au milieu de la circulation) l'ashram ou vécurent un temps les Beatles, les ablutions à l'aube dans le Gange (je m'y suis baigné en même temps, mais ...vacciné contre le choléra) des rencontres, etc, etc...
Et le choc de la misère ! (un homme mourant à mes pieds quelques heures avant de reprendre mon avion pour Paris, mort de misère et de faim, que les gens prirent sans émotion pour le mettre un peu plus loin sur un lit de poussière.
Voilà seulement quelques images.
Mais aussi la beauté des Temples, les musiques envoûtantes, les odeurs de l'encens et des épices...
Bonne soirée; Rachelle.
Amitiés.
plumeflore · le dimanche 14 avril 2024 à 19:53
je vous souha
plumeflore · le dimanche 14 avril 2024 à 19:54
Marc!
mariepaule · le dimanche 14 avril 2024 à 21:52
Le ciel que ses reflets vont sur le miroir Gange donne une illusion mystérieuse.
Cet endroit est mystique, alors le regard voit tout différemment et le chant du moine doit contribuer à la magie de ce lieu...
Cela doit être apaisant pour l'esprit d'être au bord du Gange...
Gros bisous
Om
vertflo · le dimanche 14 avril 2024 à 23:39
Voyage avec les mots, les images qu'ils nous donnent à la fois de la beauté et de la laideur d'un pays, éblouissant et fascinant certes par son patrimoine artistique et sa population mais aussi certainement assez déprimant quand on est comme ça confronté violement à la misère.
( c'est là que l'on doit se dire : on est quand même pas mal en France)
Je sais que tu es une personne de cœur, tu as beaucoup d'humanité dans tes propos et tu ne t'arrêtes pas aux barrières sociales d'un pays, tu cherches à le découvrir avec ses qualités et ses défauts, comme on cherche à découvrir une personne.
Perso et je ne suis pas un exemple à suivre, je ne pourrai jamais aller dans un pays où la misère est omniprésente, je ne supporterai pas, j'aurai envie de vomir à tous les coins de rue et cependant je sais que ce n'est pas comme ça que l'on peut cerner un pays, ses traditions et ses habitants.
C'est toi qui est dans le vrai car au moins tu peux en parler sciemment alors que moi, j'en parle d'après les images et les clichés que j'ai pu grapiller deci delà.
C'est un poème ''choc'' comme tu sais si bien les faire, un reportage enrichi par l' exhalation et la couleur de tes mots.
Super le trio Sitar tabla flûte.
J'écoute souvent ce style de musique surtout le soir.
Ca me fait penser mais dans un autre style plus électrique à J L Laughlin et le Maha Vishnu Orchestra, j'avais été le voir à Marseille à l 'époque, c'était fabuleux.
Pour répondre à un de tes coms, ne t'inquiète pas, j'écoute plus le chant des oiseaux que ACDC.
Ca me rappelle un groupe ou je jouais on s'appellait AC D' excès !
J'écoute moins de hard Rock et de métal qu'avant, je re écoute plutôt du Yes, Dream Theater, Uriah Heep, King Crimson mais aussi beaucoup de folk et même de l'accordéon ( il y a de superbes valses jazz musette) et avec un accordéon on peut jouer beaucoup de style.
J'ai un ami qui joue du Bach à l'accordéon.
C'est fabuleux.
Je te souhaite une bonne fin de soirée
Amitié
Claude
Philip (Jardin de Lune) · le lundi 15 avril 2024 à 07:34
Salut Claude !
A PROPOS DE L'INDE :
Mon poème n'évoque pas ici la misère, mais l'étonnement et l'ivresse d'esprit du voyageur qui découvre ce pays.
Un exemple : mon premier choc extravagant : les vaches sacrés qui encombrent la station de taxi quand on passe les portes de l'aéroport ultra moderne de New Delhi !
Mais aussi des choses merveillleuses qui côtoient la misère que l'on prend "en pleine gueule".
Connaître le pays est impossible.
Pas trop mal doué pour les langues, j'avais appris l'hindi en accéléré pendant 6 mois.
Mais il est compréhensible dans les grandes villes (Mais Bénarès est une petite ville de province de....2 millions d'habitants !). En dehors, ce sont des dialectes et les habitants ne parlent pas hindi. Mais l'anglais est pratique, reste du colonialisme britannique.
Si je peux parler de tout cela, c'est que j'ai la chance de pouvoir voyager.
Je pourrais te parler des rares échanges que j'ai pu avoir avec les indiens Navajos, en Arizona, peuple misérable, timide et renfermé, où règne hélas l’alcoolisme et le chômage. Etc…
Un précision, mon regard ne se pose jamais en voyeur.
A PROPOS DE LA MUSIQUE
Figure toi que le père de la compagne de mon ami qui était bassiste et chanteur du groupe était un avocat parisien d’affaire qui était l’avocat de John McLaughlin en France ! Mais je n’ai jamais pu le rencontrer.
Avec Mahavishnu, c’était fabuleux.
Comme toi j’écoute toujours Yes, Génésis, King Crimson et Dream Theater – groupe fabuleux de technicité et d’inventivité, que l’écoute le plus – et Marillion goupe de prog’ rock, que j’adore tout comme l’adore Loïc
Bonne semaine qui commence, Claude !
Philip (Jardin de Lune) · le lundi 15 avril 2024 à 07:39
Coucou Marie,
Oui, Bénarès a éminemment un côté mystique.
Pour être resté 5 jours pleins dans cette ville, je me suis laissé imprégner de cette ambiance abolument unique, pas seulement en Inde, mais dans le monde.
Apaisant, d'être au bord du Gange ? Oui et non.
Une partie des quais de Bénarès (les Ghats) est le lieu des crémations permanentes.
Mais il y a aussi les ghats où les hindous font leurs ablution, dans une ambiance de prières et de dévotion impressionnantes;
Couleurs, chants, odeurs contribuent à la magie des lieux, mais avec de très forts et déroutantes émotions.
Belle journée à toi, Marie.
Gros bisous.
Philip (Jardin de Lune) · le lundi 15 avril 2024 à 08:24
Bonjour, Marc,
Merci pour tes compliments qui me touchent.
Ma "collection" de souvenirs a la chance d'être bien fournie.
Et je dois dire qu'elle est aussi complétée par des souvenirs bien matériels que nous glanons aux quatre coins du monde.
Et, passionnés de photos, toutes ces images enrichissent également la collection de souvenirs !
Pour le reste, la "peinture" des détails poétiques (oui, c'est comme peindre un tableau) provient du sens des contrastes, et notre langue française nous offre toute une vaste variété de nuance.
Ainsi, dans ce poème, pour prendre un seul exemple, en un vers, on imaginera "ma personne (mon âme) se consumer, bruler et disparaître, s'effacer parce que la grandeur d'un chant mystique dépassera de loin notre faible humanité !"
Tout n'est que contraster...l'imagination est en arrière-plan, à ce moment là.
Je te souhaite une très bonne semaine, cher Marc.
Bien à toi.
Philip.
Susan*Coquelicot* · le lundi 15 avril 2024 à 09:10
Tes vers décrivent tes émotions et ton ressenti ..En côtoyant la misère mais aussi la chaleur humaine de ces gens !
*Entre cendres de lune à la senteur vorace,*
C'est très joli et c'est bien ..Mais sachant ce que sont les cendres, ça me laisse songeuse !
Merci pour ce carnet de voyage à Bénarès ..
Belle journée à Paris où le temps semble clément , le soleil est arrivé !
Gros bisous
Philip (Jardin de Lune) · le lundi 15 avril 2024 à 10:01
Il n'y a pas dans ce poème d'allusion à la misère.
Et c'était pendant les fêtes de Diwali (la fête de la lumière) et l'ambiance était joyeuse dans les rues.
Oui, l'allusion aux cendres (et la senteur vorace) est implicite, car les bords du Gange ne sont pas loin, où se déroulent les cérémonies sacrées de la crémation - en plein - air, très impressionnantes pour nous occidentaux.
Mais tout le poème est couleur et étonnement !
Belle journée.
Gros bisous
imparfaitlibre · le lundi 15 avril 2024 à 14:57
On ressent dans tes vers ce vécu qui t'a mené jusqu'aux portes de ce temple et de toute l'émotion qui a saisi ton corps et ton cœur lorsque tu as découvert ce lieu de culture complètement différente de la nôtre et dont la magie a envoûte ton esprit.
Une vache sacrée pour garder l'entrée de cet endroit privilégié, comme de quoi, là-bas, les vaches ont plus d'intérêt que les humains car la misère, la famine, la maladie et la mort restent monnaie courante dans ce pays qui fait surtout rêver les voyageurs !
Ton poème a, à la fois le parfum de l’authenticité et celui du mystère qui tourne la tête de celui et de celle qui se laisse envahir par l'émotion d'un moment, d'une rencontre, et dont l'imaginaire s'envole au-delà d'un simple ressenti.
Merci Philip pour ce voyage vers ce pays tant par les mots, la photo et la musique et pour cette sensibilité que tu réussis très bien à partager dans tes carnets de voyages.
Belle journée de Lundi à vous deux
Grosses bises cher Philip
Philip (Jardin de Lune) · le lundi 15 avril 2024 à 18:06
Hello Patricia,
Oh que oui, il y a du vécu dans ce poème.
Je disais que, passionné de photos, je mesure combien ces souvenirs sur papier (Aujourd'hui numériques) sont précieux comme autant de souvenirs et témoignages).
A la faveur de mon régime de cessation progressive d'activité, pour souffler un peu dans mon travail, j'avais cumulé des jours pour faire ce périple en Inde. Seul (Susan ne bénéficiait pas de ce régime de congés), et surtout pas en "voyage organisé".
Ce fut donc une immersion la plus authentique possible dans les lieux mythiques et mystiques de cette Inde incroyable.
Là-bas, la vie, la mort ont un sens différent.
Les voyageurs faisant du tourisme conventionnel ne verront pas trop la misère.
Mais il ne verront pas non plus tellement d'autres choses. Mon premier matin, après 9 heures de vols et une nuit impatiente, je courrais dans les rue du vieux Delhi.
Le choc était intense. J'y passais plusieurs heures contourant les vaches dans les ruelle, découvrant des temples à chaque coin de rue et ces hommes et ces femmes d'un autre monde. L'après-midi, je me faisais conduire en taxi, sur la tombe de Gandhi, puis visitait des monastère Siks. Contrastes, contrastes, contrastes.
Alors oui mon poème est authentique et l'imaginaire qui s'envole, ne l'est pas tant que ça !
Et c'est un plaisir de vous faire partager ces carnets de voyage.
Belle soirée, chère Patricia
Gros bisous.
cecel45 · le lundi 15 avril 2024 à 22:39
« INDE : CARNET DE VOYAGE - "Bénarès" »
À ma grande surprise, il ne s’agit pas d’un simple carnet de voyage même si je pensais lire du Philp Chevalier, c’est à dire le compte-rendu poétisé d’un super voyage en Inde.
Que nenni ! J’ai savouré avec délice un cocktail local que les Indiens eux-mêmes ne connaissent pas : un savoureux patchwork associant avec un talent fou
- un premier poème en prose : les charmes fabuleux de Varanasi (Bénarès),
- un tableau de maître aux images somptueuses,
- et les clichés photographiques de chaque lieu dignes d’un reportage.
La poésie de compte-rendu était largement suffisante. J’étais aux anges quand j’ai compris que ce n’était pas tout. Un poème, un autre, le même mais en bonne et due forme. Le bouquet final en quelque sorte.
Si j’ai l’air de plaisanter, c’est une erreur car je suis scotché .
Bravo l’artiste !
Amicalement,
Marcel
Philip (Jardin de Lune) · le mardi 16 avril 2024 à 12:09
Bonjour Marcel !
Tu me fais trop d'honneur, surtout que je sais que "tu ne plaisantes pas" et que tu es sincère.
En principe quand un poème se rapporte soit à un voyage, soit à l'instant d'une promenade (comme je suis passionné de photo), je m'arrange pour faire un triptyque :
le poème - bien sûr - une de mes photos s'y rapportant - et une musique en rapport ou qui s'accommode au sujet.
J'ai toujours aimé faire - pour mon propre compte, des carnets de voyage.
Pour ce voyage en Inde, j'avais un petit carnet pendant lequel je notais chaque détail.
Ce carnet n'est pas encore remis au propre sur mon ordinateur.
Je ne voulais faire que le poème. Mais pour attirer l'attention du lecteur sur la photo du Temple avec la vache sacré; j'ai rajouté en préambule, un extrait - embelli par quelques mots - de mes notes.
Et...ca a donné ce que tu as vu et lu.
Si tu as le temps de remonter à la dizaine de mes récents poèmes postés; tu verras que je joue les reporters, avec d'autres endroits (Venise, etc...) et toujours une photo.
Oui, l'expression "poésie de compte-rendu" me convient très bien.
"Talent fou !" est peut-être excessif, mais c'est trop gentil.
A très bientôt cher Marcel/
Avec mes amitiés
Philip.
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