Aux sombres inconstances (Tenebris tenebrarum)

Aux sombres destinées qu’en troupeaux assoiffés,
A jamais ébahis se pressent en mugissant,
Je dédie ce chant las, piaffé, tant étouffé,
Qui rutile en pleurant ces démons rugissants
Et que, par trop choyés s’effacent à contre cœur
Ces tableaux enfantés du fond de la géhenne,
Comme des songes fourbes et sans nulle rancœur,
Impriment à nos émois le parfum des antiennes.
Aux sombres inconstances et aux serments froissés,
Aux oraisons fanées de tant de désespoirs,
Vers les rives du Styx, je laisse aux noirs pavés,
Le murmure envoûtant des tristes abattoirs,
Qui, pauvres archanges, au cœur des ténèbres,
Versent dans l’athanor le parfum des remords,
Qui doux comme la moire en habit funèbre,
Aux divines marquises et aux vieux chercheurs d’Or
S’évertuent à mourir en comptant leurs tourments.
Tandis que loin s’épuisent et remontent le Temps,
Quand vient le bel instant des viles nuaisons,
Les noires processions ont fleuri en pleurant
Au creux de nos soupirs et de nos déraisons.
Alors viendra le soir aux nuées funestes,
Où le ciel s’obscurcit au pied du Golgotha,
Quand rougit l’horizon et ses chants célestes,
Là, somnole la honte au creux des sourds trépas.
A jamais ébahis se pressent en mugissant,
Je dédie ce chant las, piaffé, tant étouffé,
Qui rutile en pleurant ces démons rugissants
Et que, par trop choyés s’effacent à contre cœur
Ces tableaux enfantés du fond de la géhenne,
Comme des songes fourbes et sans nulle rancœur,
Impriment à nos émois le parfum des antiennes.
Aux sombres inconstances et aux serments froissés,
Aux oraisons fanées de tant de désespoirs,
Vers les rives du Styx, je laisse aux noirs pavés,
Le murmure envoûtant des tristes abattoirs,
Qui, pauvres archanges, au cœur des ténèbres,
Versent dans l’athanor le parfum des remords,
Qui doux comme la moire en habit funèbre,
Aux divines marquises et aux vieux chercheurs d’Or
S’évertuent à mourir en comptant leurs tourments.
Tandis que loin s’épuisent et remontent le Temps,
Quand vient le bel instant des viles nuaisons,
Les noires processions ont fleuri en pleurant
Au creux de nos soupirs et de nos déraisons.
Alors viendra le soir aux nuées funestes,
Où le ciel s’obscurcit au pied du Golgotha,
Quand rougit l’horizon et ses chants célestes,
Là, somnole la honte au creux des sourds trépas.
17 commentaires
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 8 juin 2012 à 14:00
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
larose · le vendredi 8 juin 2012 à 16:08
Merci pour ce beau partage cher poète!!!
Bonne journée à toi
Bisous
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 8 juin 2012 à 18:06
oliverjane1950 · le vendredi 8 juin 2012 à 18:10
Sur les ténèbres les sujets ne manquent pas mais la voie lumineuse est plus vivifiante...
Mes amitiés. Oliver
http://www.mespoemes.net/oliverjane1950
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 8 juin 2012 à 20:01
Ah ah Gotik Girl, on aime les ambiances un peu gotho, à ce que je vois !!!! Tu as bien compris une de mes recettes pour donner une coloration à mes poèmes : la musicalité des mots en effet. Bisous du coeur.
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katarika · le vendredi 8 juin 2012 à 20:25
Un esprit gothique émane de ces lignes, d'ou une mélancolie qu'apaise le calme du mystère ... J'adore ce genre de texte ... C'est juste magnifique. Bravo.
Amicalement :)
http://www.mespoemes.net/katarika
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 8 juin 2012 à 21:38
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Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le vendredi 8 juin 2012 à 22:12
Je te fais consulter le dico ? Mais c'est une très bonne chose ! Si tu savais le nombre de mots de la langue française que l'on n'utilise plus et qui pourtant ne sont pas du vieux français. Et puis, comme ces mots deviennent de plus en plus rares, leur musicalité n'en a que plus de charme ?Et ne les laissons surtout pas mourir, ils sont....immarcescibles !
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lesprosesdeslim · le samedi 9 juin 2012 à 08:31
un contraste bien réel! Un Philip au moral d'acier qui transparait si bien au travers de tes commentaires et un autre Philip aux prises d'une inspiration "gothique" plutôt très bien maitrisée. S'il est vrai que la tendance est aux frissons à la lecture de ce poème, il n'en demeure pas moins que l'on reste fasciné aussi bien par le choix judicieux des mots que par le cheminement mystique et envoutant de tes délires poétiques.
Tenebris tenebrarum, me semble t'il participe allègrement à cette "bipolarité" dont tu sembles, par le biais de ce double langage et double comportement, si bien dynamiser l'ensorcelante tendance. N'y vois là aucune forme d'ironie, bien au contraire mais il se trouve que tu débordes tellement d'imagination que j'en reste littéralement admiratif!!!
Merci pour tous ces frissons, je demande à en relire. Amicalement. Slim.
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le samedi 9 juin 2012 à 10:28
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domidom · le samedi 9 juin 2012 à 14:44
Après tant de discours intarissables, il me reste plus rien à ajouter.... (Sombres ténèbres), c'est une vérité de la Palice, on n'a rarement vu des ténèbres clairs et ensoleillés, (je plaisante bien sur)....
Ce poème est très bien écrit, mais il nous plonge dans une sorte de Français oublié depuis déjà bien longtemps, et c'est vraiment dommage, personnellement, cet un écrit qui me donne quelques frissons...
Tant de noirceur dans ton imagination, j'espère que ce poème n'est pas à ton image....
Un peu compliqué pour moi, et je l'avoue sans honte, car j'ignore beaucoup de mots, je vais d'ailleurs faire des recherches pour augmenter mes petites connaissances, comme quoi, les écrits des uns et des autres sont toujours un enrichissement personnel....
Amitiés et bisous...Domie...
http://www.mespoemes.net/domidom
katarika · le dimanche 10 juin 2012 à 23:05
Merci beaucoup pour cette réponse riche et enchanteresse, rien que de vous voir parler de H.P Lovecraft, un de mes écrivains préférés et puis de Frank O'Gery en architecture, pour expliquer les choses, ça a façonné des images et sculpté des ombres, dans ma tête ... J'espère vraiment vous relire bientôt.
Bonne soirée :)
http://www.mespoemes.net/katarika
Loïc · le lundi 11 juin 2012 à 13:11
Enfin ton poème, lui, est loin de Lovecraft (à part le terme "mugissant"), qui ne prêtait même pas une ligne d'attention à d'autres mythologies, chrétiennes, grecques ou autres, que la sienne (il y a quelques mentions des Romains, je crois, notamment dans "Les Rats Dans Les Murs", si c'est le titre français, mais seulement pour mettre en valeur l'antériorité de ses divinités à lui). C'est sans doute ça le plus étonnant et le plus dépaysant dans son oeuvre : il prenait ses propres marques en les créant (même si, bon, des Dieux monstrueux, destructeurs et affamés, l'Humanité en a eu un brave paquet. Lovecraft basait sans doute vaguement ses Anciens sur les Titans, en les ajustant aux connaissances en astronomie du XXe siècle).
Quant au message du poème... Comme dans ton dernier que je viens de commenter, le thème des remords et de la honte est roi. Quelqu'un d'épris de psychologie comme toi doit pouvoir en tirer quelque chose !
Remarques :
-- Quels que soient tes canons très personnels pour les alexandrins, il y en a qui n'en sont pas : "Qui doux comme la moire en habit funèbre" et "Alors viendra le soir aux nuées funestes" ; ils font 11 pieds au mieux, jamais 12. Voulu ?
-- Orthographe : "le murmure envoÛtant", "ont fleurI".
Amitiés !
http://www.mespoemes.net/cellox
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mardi 12 juin 2012 à 09:38
Pour les aspects subliminaux du texte en relation avec le background psychologique du poème, voir ma réponse à ton com sur "le crépuscule de l'Homme". Pour les deux alexandrins que tu cites, j'ai pourtant compté, je vois bien mes douze pieds :
- Pour le premier, il me semble bien qu'on prononce bien ....comme la MOIREN habit funèbre. Ca fait bien douze (bien sûr il n'y a pas la césure au sixième pieds). Pour le deuxième, soit je mets une virgule après "soir", soit je laisse et on prononce SOIRAUX nuées funestes. Et j'ai de toute façon toujours mes douze pieds.
Explication, master ? Bouhhhh ! Pour une fois que je faisais un effort. Vais me mettre une pierre au cou et me jeter dans les eaux froides (et sombres) du Miskatonic. Amitiés Loïc. Philip.
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Loïc · le mercredi 13 juin 2012 à 01:42
-- "Qui doux comme la moire = 6
"en habit funèbre" = 5
Total 11, pas 12
-- "Alors viendra le soir" = 6
"aux nuées funestes" = 5
Total 11, pas 12 !
I can do this all day.
Ne me dis pas que tu comptes les E de fin de vers ?
Sinon, je n'ai pas compris ta tentation pour la virgule ; aucun type de ponctuation ne change rien au décompte des pieds d'un alexandrin...
Bon, je ne vais pas trop te jeter la pierre (des fois que tu te la mettrais autour du cou pour le bain dans le Miskatonic), mais le premier effort à faire (si tu te sens d'attaque) c'est de ne plus mettre des E prononcés à la césure (mais... que tu ne prononces pas, comme si c'était une fin de vers) ; ça, c'est vraiment heresy-1.0.1.
Exemples :
-- "Comme des songes fourbES et sans nulle rancœur", qui doit se prononcer "Comme des songes fourbEU-Z et sans nulle rancœur", tu vois le souci
-- idem pour "Aux divines marquisES et aux vieux chercheurs d’Or"
-- idem pour "Aux sombres inconstancES et aux serments froissés"
Tel quel, tu fais comme moi dans mes tous premiers poèmes : tu supposes que la césure se gère comme une fin de vers, alors que non ; les lois de l'intérieur du vers s'appliquent pareil à chaque pied tant qu'on n'est pas arrivé au 12e.
A cause de ça, certains de tes alexandrins dans chaque poème ne sont pas des alexandrins, quels que soient les standards plus ou moins relâchés (néo ou classique). Mais ça, je sais de qui c'est vraiment la faute : les chansons qui prononcent les E qu'elles veulent bien prononcer.
Pas ta faute, donc ; ne te jette pas tout de suite ; enfin sinon, bisous à Cthulhu si tu le vois.
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le jeudi 14 juin 2012 à 09:56
Ok, man, j'avais compris tout le contraire des règles (notamment fin et début de mot se terminant par des voyelles juste au passage de la césure). Oui, comme tu dis.....c'est la faute aux chansons dont on bouffe les E.
Je te parlerai sur ton mail, des vieilles filmographies sur les mythes de Lovecraft. Bon, m'en vais lire quelques pages du Nécronomicon. Amitiés Loïc. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
scorpionne · le mardi 29 mai 2018 à 13:14
Un poème sombre, dans lequel se mêlent noirceur, mélancolie et mystère. J'ai particulièrement apprécié :
"Tandis que loin s’épuisent et remontent le Temps,
Quand vient le bel instant des viles nuaisons,
Les noires processions ont fleuri en pleurant
Au creux de nos soupirs et de nos déraisons."
Pour les vers indiqués par Loïc dans l'un de ses commentaires :
- Qui /doux /com/me /la /moi/re en /ha/bit /fu/nèbre = 11
- A/lors /vien/dra /le /soir /aux /nu/ées /fu/nestes = 11
Pour le comptage des syllabes, il existe un site (c'est très pratique ; il compte à ta place *sourire*). Si ça peut t'aider, voici le lien :
https://www.scribblab.com/outils/syllaber
Bon mardi à toi Philip.
Très amicalement,
Jocelyne
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