Dans le satin, l'or et le velours... (Martha II)

La jeune femme s’assit dans un geste gracieux, et je remarquais pour la première fois la pureté cristalline de son regard d’un vert profond.
- « Ainsi, elle se prénomme Martha » remarquais-je…..
C’était bien ce soir de novembre 193…. à Budapest. Celui d’un crépuscule froid et brumeux. Ma mémoire ne me trahit pas.
La ville, enveloppée de glace mais drapée de lumière, vibrait. Mais par-delà les bruissements éparpillés du Palais Károlyi et Martha, assise sage et silencieuse devant moi, mes yeux, mon âme, mon cœur se trouvaient transportés dans le satin, l’or et le velours…..
Son gracieux petit chapeau, qu’elle avait posé sur un coin de la table, était tombé sur le sol. Je le ramassais galamment et me présentais,
- Örvendek ! me répondit-elle avec une simplicité fragile.
- Én is örvendek, hercegnő (*)
De l’appeler ainsi « princesse » aussi galamment que naïvement, la fit rire aux éclats et je me mis à rougir. Sur la petite estrade, à quelques enjambées, l’orchestre de chambre avait pris place et les premières mesures, données par le violon, s’élevèrent au-dessus du brouhaha timide de la foule attablée. Martha se taisait et me regardait…..
Le temps s’est arrêté, un violon transi
A suspendu ses mots, de son magique archet,
Tandis que son rire aux couleurs d’ambroisie
Comme un caillou sur l’eau, roulait en ricochets.
L’ivresse opaline de son regard soyeux
Pénétrait mon âme, en célestes accords
Qui berçaient doucement mes soupirs ennuyeux
Comme meurent les nuits au fond des corridors.
Tandis que dans le ciel, le vol des oies cendrées
Qui remontent du Nord dans leurs cortèges las,
Sourient aux horizons de brume déchirée
Le soir est indolent, raillant ses falbalas.
Mais nous étions bien loin, dans un ardent Ailleurs,
Peuplé de mille mots que nos regards taisaient,
Dans cette nuit complice, ses secrets resquilleurs,
Qui n’avouaient jamais ces mots que j’enlaçais.
Et dans mon cœur épris se confondaient à l’infini, le satin, l’or, le velours…..
Sous les lustres arrogants, les formes fatiguées des banquettes endormies, Martha et moi, nous sommes enivrés d’une dernière valse.
Les derniers trams passaient, brinquebalants et grinçants de mille cris suppliciés, avant de s’engager sur le majestueux pont d’Herszebèt Hid, tandis que les musiciens rangeaient leurs instruments avec des gestes précieux, et que les serveurs commençaient à plier leurs tabliers.
Martha me souhaita une bonne nuit, me soufflant, dans un murmure satiné : « A demain, peut- être, mon ami, si tu reviens ici ».
- Merci, vous êtes gentille
Dans le satin, l’or et le velours……
« Par un lapsus elle a changé
Le « vous » stérile en un « toi » cordial.
Et dans mon âme éprise d’elle
Naissent des rêves de bonheur.
Songeur, je suis là devant elle,
Sans pouvoir la quitter des yeux
Disant « Que vous êtes gentille »,
Tout en pensant « Comme je t’aime »
(Pouchkine – poésies)
(* ) « Le plaisir est partagé, Princesse ! »
- « Ainsi, elle se prénomme Martha » remarquais-je…..
C’était bien ce soir de novembre 193…. à Budapest. Celui d’un crépuscule froid et brumeux. Ma mémoire ne me trahit pas.
La ville, enveloppée de glace mais drapée de lumière, vibrait. Mais par-delà les bruissements éparpillés du Palais Károlyi et Martha, assise sage et silencieuse devant moi, mes yeux, mon âme, mon cœur se trouvaient transportés dans le satin, l’or et le velours…..
Son gracieux petit chapeau, qu’elle avait posé sur un coin de la table, était tombé sur le sol. Je le ramassais galamment et me présentais,
- Örvendek ! me répondit-elle avec une simplicité fragile.
- Én is örvendek, hercegnő (*)
De l’appeler ainsi « princesse » aussi galamment que naïvement, la fit rire aux éclats et je me mis à rougir. Sur la petite estrade, à quelques enjambées, l’orchestre de chambre avait pris place et les premières mesures, données par le violon, s’élevèrent au-dessus du brouhaha timide de la foule attablée. Martha se taisait et me regardait…..
Le temps s’est arrêté, un violon transi
A suspendu ses mots, de son magique archet,
Tandis que son rire aux couleurs d’ambroisie
Comme un caillou sur l’eau, roulait en ricochets.
L’ivresse opaline de son regard soyeux
Pénétrait mon âme, en célestes accords
Qui berçaient doucement mes soupirs ennuyeux
Comme meurent les nuits au fond des corridors.
Tandis que dans le ciel, le vol des oies cendrées
Qui remontent du Nord dans leurs cortèges las,
Sourient aux horizons de brume déchirée
Le soir est indolent, raillant ses falbalas.
Mais nous étions bien loin, dans un ardent Ailleurs,
Peuplé de mille mots que nos regards taisaient,
Dans cette nuit complice, ses secrets resquilleurs,
Qui n’avouaient jamais ces mots que j’enlaçais.
Et dans mon cœur épris se confondaient à l’infini, le satin, l’or, le velours…..
Sous les lustres arrogants, les formes fatiguées des banquettes endormies, Martha et moi, nous sommes enivrés d’une dernière valse.
Les derniers trams passaient, brinquebalants et grinçants de mille cris suppliciés, avant de s’engager sur le majestueux pont d’Herszebèt Hid, tandis que les musiciens rangeaient leurs instruments avec des gestes précieux, et que les serveurs commençaient à plier leurs tabliers.
Martha me souhaita une bonne nuit, me soufflant, dans un murmure satiné : « A demain, peut- être, mon ami, si tu reviens ici ».
- Merci, vous êtes gentille
Dans le satin, l’or et le velours……
« Par un lapsus elle a changé
Le « vous » stérile en un « toi » cordial.
Et dans mon âme éprise d’elle
Naissent des rêves de bonheur.
Songeur, je suis là devant elle,
Sans pouvoir la quitter des yeux
Disant « Que vous êtes gentille »,
Tout en pensant « Comme je t’aime »
(Pouchkine – poésies)
(* ) « Le plaisir est partagé, Princesse ! »
10 commentaires
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mardi 20 novembre 2012 à 16:18
Amitiés à toutes et à toutes. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
armandstas18 · le mardi 20 novembre 2012 à 17:19
http://www.mespoemes.net/armandstas18 philippe, je trouve ce texte qui passe de la description au poème, un modèle du genre; du salon feutré à la vie extérieure bruyante et contraignante, du désir suscité par la valse à l'amour peut-être...bravo
larose · le mardi 20 novembre 2012 à 17:29
C'est grandiose mon cher poète!!! C'est très beau, ça me ramène à l'époque de Sissi l'impératrice!!! Comme toujours une magnifique corbeille de mots diamantés!!! Merci pour ce beau partage!! Bonne soirée à toi!!! Biz
worrell02 · le mardi 20 novembre 2012 à 17:33
C'est amusant, car vois-tu, ce matin alors que je faisais de la marche à travers les bois, je me disais que ce serait bien si tu reprenais tes récits; celui-ci aussi bien que les autres! J'ai du le pensais si fort que tu as entendu ! (rire) Bizz
Amitiés
Ivy
http://www.mespoemes.net/worrell02
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mardi 20 novembre 2012 à 17:58
Merci d'être passé me lire et d'avoir aimé mon cher Armand. J'espère que tu as été lire le début de Martha, dans la liste de mes poèmes. Dès lors où j'ai eu des tas de choses à faire depuis deux semaines, je n'ai pas encore eu le temps de commenter tes poèmes. Je vais m'y atteler incessament. Pour revenir au concept de Martha, j'ai trouvé intéressant, sensible à ce que j'appelle "la musique des mots" plus qu'à la technique, de mêler des vers à de la prose, la partie en prose étant plus narrative, pour décrire l'ambiance alors que la partie en vers est destinée à mettre en valeur les ressentis du personnage. Il n'empêche que dans la mesure du possible, je me suis attaché à ce que le choix des mots de la partie en prose soit délicat pour coller à l'esprit poétique. Pour ce deuxième épisode j'ai intégré, à la fin, quelques vers de Pouchkine, en adaptant la fin de ma séquence entre Martha et le voyageur à ses vers (le tutoiement et la rmarque "vous êtes gentille). Amitiés, Armand.
Pour ROSE : merci de ton chaleureux com'. Grandiose ? Peut-être pas. Mais il est vrai que j'ai essayé de mettre de la beauté et de la chaleur dans mes mots, en évitant le risque d'être "à l'eau de rose" (sans jeux de mot à ton égard). Mais tu verras, ma Martha n'est pas une Sissi, plutôt une Cendrillon. Mais, chuuuuut ! Ne dévoilons pas la suite. Bisous.
Pour IVY :
Merci pour ton com. Non, ce n'est pas la fin de Martha. Cela me manquait depuis quelques jours de ne rien avoir écrit. Quant aux autres récits en chantier, je vais les continuer également. Bisous.
Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
domidom · le mardi 20 novembre 2012 à 18:44
J'espère que tu vas de ce pas reprendre ceux qui sont en suspend, j'attend de te lire avec impatience....
A bientôt....
Bisous....Domie..
http://www.mespoemes.net/domidom
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le mercredi 21 novembre 2012 à 11:28
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
belespoirs · le mercredi 21 novembre 2012 à 16:27
http://www.mespoemes.net/belespoirs
contente de pouvoir lire la suite des aventures de Martha ! dans un univers bien particulier et si bien décri ! c'est un vrai plaisir !
merci de cette jolie suite à bientôt de te lire
Amitiés
lesprosesdeslim · le vendredi 23 novembre 2012 à 13:11
après avoir lu ce beau poème, je me suis senti comme enveloppé de satin d'or et de velours. Cela m'a étrangement projeté sur une magnifique oeuvre de Lamartine (Graziella) dans laquelle le poète nourrit une véritable histoire d'amour rien que par l'imagination et toutes les fortes impressions que pouvaient alors lui suggérer les agissements et les regards attendrissants de Graziella. Pourtant, comme dans ton poème, il n'y a jamais eu de déclaration. Tout reste confiné dans cette ambiance feutrée de musique et de romantisme dans laquelle l'esprit poète donne allègrement cours à son immense imagination. Cette dernière n'a plus de raison d'être si elle n'est pas marquée surtout par ce genre de rêves magnifiques que le grand amour sait si bien inspirer et qui graveront à jamais dans la mémoire de ceux qui ont le plaisir de te lire le souvenir exquis de cette belle Martha à jamais nimbée de soie d'or et de velours....Bravo pour ce bel écrit. Amitiés. Slim.
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) · le samedi 24 novembre 2012 à 17:23
Ah, que suis-je bête, voilà que par un lapsus, je réponds en com' à .....Martha !!!! Ooooooh, interprétation psychanalytique d'urgence SVP !!!! Tans pis, je laisse le com.
Pour BELESPOIRS :
Bon, ça tombe bien, cher Belespoirs, oui, tu pourras lire la suite des aventures de Martha, puisqu'il n'y a pas de risque à aimer un personnage purement imaginaire, comme un(e) ami(e) imaginaire.
Pour SLIM :
Eh bien disons, avec beaucoup de modestie, que Martha peut être ma Graziela. Il y a pas mal d'années, j'ai fait (plusieurs fois) le voyage en Italie qui conduit de Florence, à Rome et à Naples, comme le fit Lamartine (et Stendhal d'ailleurs). Si mes souvenirs ne me trahissent pas, la Graziela de Lamartine lui a été inspirée par une jeune femme très belle qu'il connut à Naples. Ton compliment sur ma Martha me touche beaucoup. Je ne sais si son portait sera gravé dans la mémoire (ou le coeur !) de ceux qui me lisent. Martha est intemporelle, elle incarne sans doute toutes les femmes, quelles qu'elles soient. Alors disons que ce poème est dédié à tous ceux qui aiment ou ont aimé. Amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier
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